Mon Mulhouse3

Base d'articles de presse pour : http://monmulhouse.canalblog.com/ RETROUVEZ MOI sur : http://monmulhouse.canalblog.com/

25 juin 2008

Les biocarburants affament-ils le monde ?

Les biocarburants affament-ils le monde ?

René-Eric Dagorn

               

Fabriquer des carburants à partir des plantes a longtemps été considéré comme une solution d’avenir. Mais la montée en puissance des agrocarburants fragilise l’alimentation mondiale.

             

Pendant un siècle, l’économie mondiale s’est appuyée sur les combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel). Abondants, stables chimiquement – donc aisés à transporter –, pas chers, faciles à produire, les carburants issus des hydrocarbures représentent aujourd’hui 98 % de l’énergie utilisée dans les transports (routiers, ferroviaires, aériens). Mais le couple carburants fossiles/transports est considéré aujourd’hui comme ayant deux grands défauts. Même si la disparition du pétrole est très lointaine, il va se raréfier progressivement entraînant de possibles tensions géopolitiques entre pays producteurs – particulièrement au Moyen-Orient – et consommateurs ; et sa combustion dégage des quantités importantes de CO2, responsables en grande partie du réchauffement climatique (84 % des GES – gaz à effet de serre – viennent des émissions de CO2).

D’où la réactivation, il y a une vingtaine année, d’une idée ancienne : fabriquer des carburants à partir des plantes. « Réactivation » car on avait déjà utilisé des agrocarburants à la fin du xixe siècle et au début du xxe. Rudolf Diesel affirmait ainsi en 1912 que « les huiles végétales pourraient devenir aussi importantes que le pétrole aujourd’hui ». Et même si le pétrole fossile avait déjà gagné la partie en 1936, la France consommait encore à l’époque 400 millions de tonnes de bioéthanol. Mais la découverte des facilités des combustibles fossiles avait rapidement orienté différemment la production.

Quelles surfaces pour  les biocarburants ?

Aujourd’hui, «  il existe trois grandes filières d’obtention de biocarburants : la filière de l’éthanol, celle des huiles et celle des produits ligno-cellulosiques appelée aussi “de deuxième génération” car elle est en cours de mise au point alors que les deux premières sont fonctionnelles (1) ». La première filière utilise les plantes capables de fabriquer du sucre (cannes et betteraves à sucre), la deuxième les plantes oléagineuses (soja, tournesol, colza mais aussi palmier à huile et jatropha). L’intérêt de ces filières est évident : la biomasse végétale peut fournir une énergie durable, n’est pas liée à une région mondiale particulière – donc ne crée a priori pas de tensions géopolitiques – et, en théorie, se révèle faiblement émettrice de CO2, car pendant leur culture, les plantes piègent autant de gaz qu’elles vont ensuite en émettre au moment de leur combustion. La consommation actuelle de biocarburant est de 15,5 millions de tonnes/an : 6,4 millions au Brésil, 6,8 aux États-Unis et 2 dans l’Union européenne.

Mais les biocarburants ont aussi une grande faiblesse : ils entrent en concurrence avec les cultures alimentaires à un moment où l’on assiste à une mondialisation des goûts et à une demande de plus en plus forte, en Chine et en Inde, de viande et de pain dont les productions sont fortement utilisatrices de terres agricoles. Si la France voulait remplacer 10 % des carburants pétroliers par des biocarburants, elle devrait y consacrer 2,7 millions d’hectares soit 18,5 % de sa surface agricole utile (SAU) contre 320 000 hectares actuellement qui couvrent 0,97 % des besoins en carburant. Dans l’état actuel de productivité des agrocarburants, il faudrait deux fois la surface totale de la SAU française pour couvrir l’ensemble des besoins en carburant.

 

Les aliénés du moteur  à explosion

À l’échelle mondiale, la FAO a calculé que la SAU planétaire pourrait nourrir environ 10 milliards d’individus. Il faudrait donc trois planètes Terre – toujours dans les termes de productivité actuelle – pour couvrir à la fois la demande alimentaire et les besoins en biocarburants.

Comme le dit Fabrice Nicolino dans un pamphlet récent (2), à la fois essai, enquête et dénonciation apocalyptique de la concurrence agrocarburants/agroalimentaire : « Tout l’édifice repose sur elle, la bagnole. Sur le désir fou des humains d’avoir à portée de main cet énorme engin dévoreur d’espaces et de ressources. Les biocarburants, c’est pour elle. Et pour nous, les aliénés du moteur à explosion. L’explosion est là, d’ailleurs. » 

 

NOTES :

(1) Paul Mathis, Quel avenir pour les biocarburants ?, Le Pommier, 2007.

(2) Fabrice Nicolino, La Faim, la bagnole, le blé  et nous. Une dénonciation des biocarburants, Fayard, 2007.

À LIRE AUSSI

               

Un appel à une régulation politique mondiale ?

Retrouvez moi : http://monmulhouse.canalblog.com/



Posté par ERICCITOYEN à 07:46 - scienceshumaines.com - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 avril 2008

Les ambiguïtés du développement durable

Les ambiguïtés du développement durable

Sylvie Brunel

               

Et si le développement durable n'était qu'un cheval de Troie des pays du Nord pour dominer ceux du Sud, et remodeler les grandes zones d'influence des pays riches ?

             

   C'est au tournant des années 90 qu'émerge la notion de « développement durable », alors qu'au même moment, le concept de « développement » subit paradoxalement des remises en question virulentes en tant que reproduction ratée d'un modèle occidental historiquement daté. Il est extrêmement intéressant d'analyser comment le développement durable a pu s'imposer en évinçant le développement ? qui fut pourtant le mot d'ordre des années de la décolonisation et des indépendances ? et comment, mis à toutes les sauces (et surtout les sauces écologiques), il sert aujourd'hui de cheval de Troie à une recolonisation insidieuse des pays du Sud par ceux du Nord.

Du développement au développement durable

Initialement, le développement est bien un concept occidental : au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis et leurs alliés se donnent pour objectif de reproduire au Sud le processus d'industrialisation et de modernisation qui, depuis la révolution industrielle, a permis à l'Occident de dominer le monde par sa richesse et son niveau technologique. Derrière l'affichage moralisant de la lutte contre la misère, les véritables motivations du « monde libre » sont d'abord stratégiques : il s'agit de préserver des Etats vassaux des tentations du communisme et de s'ouvrir de nouveaux marchés. A cette fin, d'importants moyens financiers et techniques sont, au titre de « l'aide publique au développement », fournis aux jeunes nations nouvellement indépendantes, les enfermant dans le piège de la dépendance et de l'endettement.

Mais même s'ils ne le déclinent pas forcément comme leurs mentors l'entendent, prônant au contraire une « déconnexion » à base de nationalisations et d'autosuffisance, les pays du Sud vont très vite s'approprier le concept de développement, d'autant qu'ils sont confrontés à une importante croissance démographique. Le demi-siècle de l'après-guerre est ainsi une marche universelle et imparfaite vers un développement proclamé comme objectif. Développement que l'on peut définir, au-delà de tous les affrontements idéologiques qu'il a suscités, comme l'enclenchement d'un processus d'enrichissement et de diversification croissante des activités économiques mis au service de l'élévation du niveau de vie d'une société : le développement, c'est ce qui permet à l'être humain d'exercer pleinement son libre arbitre parce qu'il vit mieux et plus longtemps, parce qu'il a accès à l'éducation et à la santé, parce que les opportunités qui s'offrent à lui sont démultipliées.

Or par une étrange coïncidence, le développement se trouve discrédité au moment même où, avec la fin de la guerre froide, l'aide publique au développement s'effondre parce qu'elle a perdu son intérêt stratégique : avec la disparition de l'Union soviétique, le modèle libéral individu-marché-démocratie peut se déployer sans entrave, d'autant que la crise de la dette a ouvert la voie à sa généralisation dans les pays dits « en développement » par le biais des « plans d'ajustement structurel » (1).

C'est à ce moment-là qu'émerge le développement durable. Le concept n'est pas nouveau, il fermente dans les coulisses sous d'autres termes (2) depuis que les sociétés industrielles ont pris conscience des ratés de leur évolution : chômage croissant et crise de l'énergie des années 70, ratés du modèle technologique des années 80 (catastrophes de Seveso en 1979, Bhopal en 1984, Tchernobyl en 1986, etc.). Mais c'est la naissance d'une société civile mondiale, à la faveur de l'effondrement des barrières idéologiques et de la globalisation des réseaux d'information et de communication, qui permet son sacrement au premier sommet de la Terre, à Rio en janvier 1992. Le développement durable est ainsi le produit de la mondialisation et de la disparition du communisme, c'est-à-dire du corpus théorique qui faisait de la lutte contre la misère et de l'avènement d'un monde égalitaire la finalité de tout processus économique.

« Développement durable » : aujourd'hui, des entreprises aux Etats en passant par les ONG et les institutions internationales, tout le monde brandit le concept... en s'accordant rarement sur son contenu. Pléonasme pour les uns ? puisque tout développement a pour vocation d'être durable ?, oxymore pour les autres, pour qui il existe une incompatibilité fondamentale entre le développement, processus avant tout destructeur (des ressources et de la biodiversité), et la durabilité, la formule désigne en théorie un trépied magique alliant l'économie (croissance de la production), le social (meilleure répartition des richesses) et l'environnement (préserver la planète pour les générations futures).

En réalité, dès la conférence de Rio, l'environnement va occulter progressivement les deux autres volets. Il suffit de s'enquérir du développement durable sur les différents sites qui s'en revendiquent sur Internet pour constater que leur thématique est essentiellement environnementale : seules sont abordées sous cette enseigne les questions de désertification et déforestation, de pollution des eaux et de l'air, d'épuisement des ressources fossiles et, surtout, de modification climatique. Les innombrables conséquences du réchauffement sont déclinées de façon très alarmiste, tandis que la mise en œuvre du protocole de Kyôto (qui n'aura qu'une influence dérisoire sur le réchauffement climatique) donne lieu à une avalanche de chiffres : calcul des émissions de gaz à effet de serre, marchés des quotas d'émission, le développement durable est devenu le grand souk planétaire des calculs d'apothicaire. Quant à la lutte contre la pauvreté, elle est passée au second plan.

L'écologie supplante la lutte contre la pauvreté

Au bilan, tout se passe comme si le devenir de la planète avait occulté celui de l'humanité. Les pays du Sud eux-mêmes, après s'être agacés du glissement de la notion vers les préoccupations environnementales, ont désormais compris que brandir une « diplomatie verte » pouvait non seulement leur éviter des ingérences écologiques fâcheuses, mais aussi s'avérer extrêmement rentable. En se posant comme chantre du développement durable, le Brésil préserve ainsi sa souveraineté sur une Amazonie menacée d'internationalisation. En multipliant les réserves et les parcs naturels, l'Afrique monnaye chèrement son instrumentalisation comme dernière réserve exotique d'un Occident en mal de nature prétendument « vierge ».

L'écologie semble passée au premier plan des préoccupations (et des financements) de la coopération internationale. Désormais, c'est à une protectrice des forêts, au besoin par la lutte armée, qu'est attribué le prix Nobel de la paix. Et la formule de l'ex-Premier ministre indien Indira Gandhi, selon laquelle « c'est la pauvreté qui représente la première forme de pollution », est aujourd'hui appliquée malheureusement au pied de la lettre : les priorités de la coopération internationale depuis le début des années 90 sont de contenir les pauvres chez eux, par l'aide humanitaire et des barrières de plus en plus étanches aux migrations internationales. Tout est mis en œuvre pour convaincre le nanti (qu'il appartienne au Nord ou au Sud, car les élites tiennent aujourd'hui partout le même discours) que « la maison brûle (3) » et que nous n'agissons pas comme il le faudrait.

De nombreuses contrevérités

Pourtant, de nombreuses contrevérités circulent à propos du développement durable. Dans leurs combats généreux pour un monde plus juste, les altermondialistes eux-mêmes s'en font souvent les propagandistes, mobilisant autour de slogans et de combats erronés des citoyens déçus par les échecs et les piétinements de la politique traditionnelle.

- Le développement a été un échec, la pauvreté ne cesse de progresser dans le monde. Au contraire : alors que la population mondiale a doublé depuis 1960, l'espérance de vie a augmenté de moitié et la mortalité infantile a été divisée par deux. Le nombre de pauvres a diminué, même sans tenir compte de la Chine où il a été divisé par dix depuis la fin des années 70. De tels progrès humains sont incompatibles avec l'affirmation que l'état du monde ne cesse d'empirer. Il reste que plus de 800 millions de personnes souffrent de malnutrition et qu'un milliard de personnes restent extrêmement pauvres, dans les pays dits riches comme dans les pays pauvres. Mais tout se passe comme s'ils ne comptaient plus, comme si leur exclusion n'empêchait nullement le monde de tourner : le mouvement actuel de démantèlement des services publics et de l'Etat providence revient à n'accorder de l'attention qu'à ceux qui détiennent un pouvoir d'achat, aux consommateurs, ceux qui jouent le jeu de l'intégration. Ainsi, en prônant désormais avant tout le microcrédit et le commerce équitable, la coopération tend à rendre le pauvre responsable de son propre sort : il n'a qu'à créer son entreprise et il sera soutenu.

- Nous assistons aujourd'hui à la plus grande extinction animale et végétale de l'histoire de l'humanité. Erreur là encore : la disparition actuelle d'espèces végétales et animales consécutive à la progression de l'occupation humaine n'a rien à voir avec les extinctions massives des ères secondaire et tertiaire. La société développée est au contraire créatrice de biodiversité chaque fois qu'elle l'estime nécessaire : de multiples animaux condamnés à l'extinction ont été sauvés (le guépard, le tigre de Sibérie, le cheval de Prewalski...). Et la progression de la connaissance permet de mettre en valeur des milieux longtemps considérés comme sans intérêt (mangroves, montagnes, déserts froids, chauds ou verts), en découvrant de nouvelles espèces. Certes, c'est précisément parce que les cris d'alarme se multiplient qu'une vigilance accrue et des dispositifs de préservation sont mis en oeuvre. Mais le catastrophisme sert surtout à justifier la réorientation des priorités et des crédits vers la nature.

- Le niveau de vie des pays industrialisés n'est pas généralisable à l'ensemble de la planète. Cette menace sans cesse proférée, ainsi que sa variante (« Imaginez si chaque Chinois possédait sa voiture »), ne peut que plonger dans la perplexité. Faut-il en déduire qu'il est urgent de mettre un frein brutal au décollage économique du Sud, confortant ainsi les théories de Thomas Malthus selon lesquelles « le droit d'être nourri ne peut appartenir à tous (4) » ?

Si les nuisances fortes contre l'environnement sont plus le fait, aujourd'hui, des pays pauvres que des pays développés, c'est parce qu'ils n'ont pas encore les moyens financiers et techniques de protéger la nature : pour fabriquer le même produit (une voiture, par exemple), la Chine consomme dix fois plus d'énergie que le Japon et les Etats-Unis ; pour produire une tonne de légumes, la Tunisie gaspille dix fois plus d'eau que l'Italie. Mais le tableau d'une course sans fin entre la croissance des hommes et celle des ressources est sans fondement : les démographes s'accordent sur le fait que la population se stabilisera autour de 9 milliards d'êtres humains à l'horizon 2100, le principal défi à relever étant non celui du nombre mais celui du vieillissement.

L'environnement, alibi de la géostratégie ?

C'est en mettant en œuvre une coopération renforcée et de véritables transferts de technologies avancées que les pays en développement pourront effectuer le saut chronologique qui leur permettra de ne pas reproduire nos erreurs et de passer directement de techniques désuètes et polluantes à des processus « propres ».Il y a une certaine hypocrisie à dénoncer les atteintes à l'environnement commises par le Sud tout en édifiant, au nom de la propriété intellectuelle, un protectionnisme intransigeant sur nos avancées technologiques. Quand nous ne lui transférons pas, sans état d'âme, nos usines les plus obsolètes et les plus polluantes, voire les déchets ultimes dont nous ne savons que faire.

La Chine, qui émet aujourd'hui autant de gaz à effet de serre que les Etats-Unis, ne s'y est pas trompée et mène des recherches poussées, dans le domaine des biotechnologies notamment, pour répondre à la fois au défi du nombre et à celui de la préservation de son environnement.

Mais une société à deux vitesses est aujourd'hui en train de s'édifier. Le clivage ne passe plus entre le Nord et le Sud, entre les pays dits développés (qu'ont rejoints aujourd'hui de nombreux pays « émergés » comme la Corée-du-Sud, la Turquie ou le Mexique) et les pays dits pauvres. Les inégalités se creusent au sein même des territoires, entre les populations aisées et intégrées, qui peuvent vivre pleinement, en satisfaisant non seulement leurs besoins mais aussi leurs envies, et les populations exclues, trop pauvres pour pouvoir envisager l'avenir avec sérénité.

Le résultat, c'est que les riches édifient des barrières de plus en plus étanches pour se défendre des pauvres, chez qui l'on constate l'apparition d'une culture de la violence. Cette partition sociale est très nette en Amérique latine notamment, au Brésil par exemple, où les exclus vivent désormais en marge de la société intégrée, avec leurs propres territoires, les favelas, où la police ne pénètre plus (sinon sporadiquement pour des opérations de nettoyage aveugle), leurs propres lois, leur propre culture, tandis que les riches se barricadent et embauchent des gardes armés, dont ils sont en même temps les otages.

L'arrêt de la croissance préconisé par certains altermondialistes ne ferait que figer les injustices. Or il est pleinement possible, matériellement, techniquement, économiquement, d'assurer une vie correcte et décente à 9 milliards d'êtres humains.

Malheureusement, la coopération n'en prend nullement le chemin parce que lutter contre la pauvreté et les inégalités n'a jamais constitué, en dépit des grandes déclarations d'intention régulièrement affichées, sa première priorité. Il suffit de regarder aujourd'hui quels sont les pays les plus aidés et soutenus au monde pour constater à quel point les préoccupations stratégiques (sécuriser les approvisionnements en matières premières et en pétrole, empêcher la prolifération des intégrismes et des terrorismes dans les pays alliés, permettre aux pays les plus prometteurs économiquement de ne pas sombrer dans les crises financières) et la reconstitution de grandes zones d'influence (américaine surtout, mais aussi russe, chinoise, française, brésilienne, sud-africaine...) sont redevenues depuis le 11 septembre 2001 les maîtres mots de la diplomatie internationale. Avec le « développement durable » pour badigeonner de vertu cette vaste entreprise.

NOTES

1

[1] Mise en place, sous l'égide des institutions financières internationales (Banque mondiale et Fonds monétaire international), de politiques de rigueur financière et de privatisation censées permettre de dégager des ressources pour le paiement de la dette et conditionnant l'octroi de nouveaux financements.


2

[2] Ignacy Sachs évoque dès les années 70 la nécessité d'un « écodéveloppement ».


3

[3] Ouverture du discours très remarqué de Jacques Chirac lors du IIe sommet de la Terre à Johannesburg en 2002.


4

[4] T. Malthus, Essai sur le principe de population, 1798, rééd. Puf, 1980.



             


Sylvie Brunel


Professeur de géographie du développement à l'université Paul-Valéry (Montpellier-III) et à l'IEP-Paris, ancienne directrice de l'association Action contre la faim, elle a récemment publié Le Développement durable, Puf, coll. « Que sais-je ? », 2004.

   

Retrouvez moi : http://monmulhouse.canalblog.com/


Posté par ERICCITOYEN à 17:26 - scienceshumaines.com - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Changer de vie, le syndrome de la chambre d'hôte

Changer de vie, le syndrome de la chambre d'hôte

Héloïse Lhérété

               

Leurs parents partaient élever des chèvres dans le Larzac. Les cadres d’aujourd’hui quittent leur entreprise pour ouvrir des maisons d’hôte. Crise de l’âge adulte ou choix rationnel ?

             

Pour dissuader ses lycéens de faire les Beaux-Arts, l’École du cirque ou un deug d’arts du spectacle, un proviseur avait coutume de leur raconter cette histoire : « J’avais deux copains. Ils adoraient tous les deux la montagne. Chaque week-end, ils partaient ensemble en randonnée dans les Alpes. Le bac en poche, le premier d’entre eux choisit d’en faire son métier. Il devint guide de haute montagne. Aujourd’hui, il gagne difficilement le smic. Les randonneurs sont rares, et souvent médiocres. À mi-parcours, il doit souvent faire demi-tour. Les sommets, il ne les voit jamais. À 40 ans, il est usé. Mon second copain fit des études de commerce. Il est devenu directeur financier dans une grande entreprise. Chaque vendredi, il s’envole vers les plus beaux sommets d’Europe. Il s’offre les meilleurs guides, gravit les montagnes, s’éclate… Lequel des deux assouvit le mieux sa passion ? » Grâce à cette anecdote, le proviseur s’enorgueillissait de n’envoyer aucun bachelier vers des filières bouchées.
Seulement voilà : depuis trois ans, le proviseur a perdu son bagout. Car l’histoire a pris un tour inattendu. Le directeur financier, sans doute moins heureux qu’il l’affichait, a tout plaqué : son job, son entreprise, sa vie parisienne et son appartement cossu. Il a ouvert un gîte de randonneurs en Haute-Savoie… Ses enfants l’ont traité de fou. Lui se déclare enfin « en phase » avec lui-même.

Ce cas n’est pas isolé. Il suffit de se promener dans une campagne française pour prendre la mesure du phénomène. Des panneaux « chambres d’hôte » ont fleuri partout le long des routes. En vingt ans, leur nombre est passé de 4 500 à plus de 30 000, selon la direction du Tourisme du ministère de l’Emploi, qui ne recense que les maisons d’hôte labellisées par les principales organisations (Gîtes de France, Clévacances, etc.). Et chaque année, 2 500 Français créent un gîte rural, une aventure pourtant risquée.

La fin des parcours linéaires

Plus qu’à un changement de métier, c’est à un changement de vie auquel aspirent ces individus. Citadins pour la plupart, ils ont entre 30 et 50 ans, avec une tendance au rajeunissement ; ils sont « installés » sur le plan professionnel, en couple ou divorcés. Ils se disent prêts à quitter travail et confort, à s’éloigner de leurs amis, à « gagner moins pour vivre mieux ». Une fois leur projet abouti, ils parlent de liberté, d’harmonie, de renaissance. En kiosques depuis le 1er mars, le magazine Changer tout  résume l’ambition de leur reconversion. « Nous avions l’intention d’appeler ce journal Changer de vie, révèle sa fondatrice, Marie de la Forest. Mais au dernier moment, nous nous sommes rendu compte que ce titre était déjà déposé par Arthur, le producteur de télévision. » L’anecdote est révélatrice. Le changement personnel, valorisé depuis une trentaine d’années, serait-il devenu une incantation collective ?

Pour la sociologue Catherine Négroni, auteur de Reconversions professionnelles volontaires (Armand Colin, 2007), ce mouvement est à la fois individuel et social. Certes, l’individu, actif et volontaire, est le seul initiateur de sa reconversion. Mais la société, en érigeant en diktat le changement et la « vocation de soi », en fait une expérience sociale. Ce phénomène, poursuit la sociologue, résulte à la fois de la crise de l’emploi, qui encourage chacun à être plus mobile, et d’un bouleversement des valeurs qui cimentent société : « Jusqu’aux années 1970, le projet de vie des individus était surtout construit à partir des catégories de la famille heureuse, de l’accession à la propriété familiale. Aujourd’hui, il est davantage question de réalisation de soi, de quête de l’identité personnelle. » Le mythe du retour aux sources, l’engouement écologique, le rejet des transports en commun et des rythmes professionnels épuisants peuvent aussi constituer de puissants ressorts.

L’effet cocotte-minute

Si sept millions de citadins rêvent de refaire leur vie aux champs, tous ne passent pourtant pas à l’acte. « Il y a toujours un événement déclencheur », constate M. de la Forest. Elle-même a quitté Paris et son poste de directrice de la rédaction de Télé Star, il y a neuf ans, pour fonder sa propre agence à Lectoure, dans le Gers. « Mon fils, allergique à la pollution, a fait une crise d’asthme terrible, se souvient-elle. En quinze jours, j’ai tout vendu, et je suis partie m’installer dans le Gers. »

La sociologue Claire Bidart, qui a réalisé une enquête qualitative, utilise la métaphore de la cocotte-minute pour caractériser ce « scénario de crise » qui conduit l’individu à une remise en plat de son expérience. Une crise survient à l’issue d’une période de quelques mois, pendant laquelle la pression – professionnelle, familiale ou existentielle – ne cesse de monter. Une dispute avec un patron peut faire « sauter le couvercle ». Des événements privés – divorce, naissance, deuil ou problème de santé – peuvent aussi jouer un rôle clé dans la bifurcation. « L’importance du changement opéré provient de ce que cette crise traverse diverses sphères de la vie, le contamine mutuellement (…). Ici, tout est mêlé et accéléré », souligne la sociologue.

Il n’est guère étonnant, dès lors, que la bifurcation professionnelle et le déménagement prennent des allures de « conversion identitaire » (Claude Dubar, La Crise des identités, Puf, 2000). Elle oblige à une réflexion sur soi-même et à un inventaire des possibles. Le sujet négocie avec lui-même le prix de sa liberté. Cette introspection est un préalable à la planification de son projet, alors vécu comme un choix positif.

Le coût de la liberté

Il reste un mystère : pourquoi l’ouverture d’une chambre d’hôte reste le fantasme premier des Français qui souhaitent changer de vie ? Il existe après tout mille manières de refaire sa vie : partir à l’étranger, faire de l’humanitaire, passer un concours de la fonction publique, se lancer dans une carrière artistique… Dans Changer de vie. Se reconvertir, mode d’emploi (Village Mondial, 2002), Marie-Pierre Noguès-Ledru et Anne Claret-Tournier donnent des indices. À partir de récits de vie, les auteures dissèquent les motivations des candidats à la reconversion professionnelle. Elles établissent cinq catégories : se mettre au vert, se mettre à son compte, se consacrer aux autres, vivre sa passion, partir loin. Quelle activité, sinon l’hébergement touristique, permet de conjuguer toutes ces motivations ?

Pour se lancer, il est préférable d’avoir quelques subsides et un bon carnet d’adresses. Avec une rentabilité de 1 500 à 3 000 euros par chambre et par an (source : Agence pour la création d’entreprise), l’aventure tourne parfois court. D’où un tout nouveau phénomène. Forts des expériences, parfois malheureuses, de leurs aînés, certains jeunes anticipent. Dans les écoles de commerce, dans les couloirs de places financières, il arrive aujourd’hui de croiser de jeunes adultes de 20 ou 25 ans qui prévoient d’ouvrir une maison d’hôte « dans une quinzaine d’années ». Une crise du milieu de vie en somme inscrite dans leur plan de carrière.


Retrouvez moi : http://monmulhouse.canalblog.com/

Posté par ERICCITOYEN à 17:24 - scienceshumaines.com - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1