08 octobre 2008
Que sont-ils devenus (2) : Jean-Marie Bockel
Que sont-ils devenus (2) : Jean-Marie Bockel
Prise de guerre de « l'ouverture », le socialiste Jean-Marie Bockel a basculé du médiatique secrétariat d'Etat à la Francophonie et à la Coopération à celui, plus obscur, des Armées et Anciens combattants. Désormais, il visite les troupes, en incompris de la gauche et de la droite.
Jean-Marie Bockel reçoit Mario Nicolau Dos Reis (Jacques Robert - DMPA)
Il y a un an, Jean-Marie Bockel faisait belle figure parmi les
ministres d'ouverture : maire socialiste de Mulhouse, auteur d'une
motion dans les débats internes du PS, il avait quitté un parti qui ne
le reconnaissait pas pour porter ses valeurs au secrétariat d'Etat à la
Francophonie et à la Coopération du premier gouvernement Fillon. Mais
après avoir poussé violemment la porte battante de la Realpolitik en déclarant, en janvier dernier, vouloir la mort de la Françafrique,
il l'a reprise en pleine tête, se retrouvant dans l'ombre du
secrétariat d'Etat à la Défense et aux Anciens combattants où aucun
micro ne vient plus le déranger.
Un ministre classé secret défense
Placardisé Bockel ? « Le secrétaire d'Etat est très heureux de ses fonctions »,
assure-t-on à son cabinet où l'on souligne le caractère stratégique de
celui qui assure le service commémoratif de la République pour ces
anciens combattants qui ont « tout leur temps à eux », notamment pour se plaindre à leurs élus. « Alain Marleix n'avait pas les mêmes attributions, souligne Michel Suchod, son directeur de cabinet. Avec la défense, M. Bockel a dû gérer l'aménagement du territoire en fonction des 56.000 suppressions de postes dans l'armée. »
Colonel de réserve opérationnel, le secrétaire d'Etat est même qualifié
dans son cabinet de « vice-ministre de la Défense », notamment chargé
de surveiller le secteur de l'armement et autres domaines
confidentiels. En pratique, son agenda est surchargé de manifestations
mémorielles, visites aux troupes en Afghanistan ou en Afrique… Autant
de travail de représentation de la République qui ne draine guère
l'attention que de la presse régionale et des magazines militaires.
La malédiction de l'ouverture
Mais ce que regrette surtout le maire de Mulhouse, selon ses
collaborateurs, c'est le manque d'intérêt de la presse nationale pour
son activité politique. «
Il s'est battu pour le RSA, a soutenu le plafonnement des niches
fiscales ainsi que la taxation des stock-options et il défend la flat
taxe », énumère son directeur de cabinet. Tous les mardis matin,
Jean-Marie Bockel assiste à l'Elysée au comité de liaison de la
majorité comme représentant de son mouvement, Gauche moderne. Autant de
faits totalement ignorés des médias, si on excepte une brève interview dans Le Figaro sur les projets de son nouveau parti.
« Pour faire passer son message, un article dans Le Figaro ou Le Point ne sert à rien »,
explique-t-on au cabinet où l'on regrette le boycott par les médias de
gauche. Jean-Marie Bockel a sa petite idée sur ce « complot du silence
» : « Je soutiens aujourd'hui des propositions que beaucoup de rédactions aimeraient entendre dans la bouche des ténors de la gauche, nous explique le secrétaire d'Etat. J'ai tenté pendant 10 ans, en vain, de raisonner le PS, maintenant Gauche moderne est en amont de la réforme. »
Dans l'entourage d'un candidat au poste de Premier secrétaire, le sentiment de trahison est toujours d'actualité : «
Les niches fiscales et le RSA c'est très bien, mais pour ça il a dû
accepter les franchises médicales et beaucoup d'autres choses. »
A l'UMP, Bockel avait poliment été convié à un « petit déjeuner » mais
ce « sarkozyste de gauche » ne soulève pas d'enthousiasme.
A la veille du congrès fondateur de la
Gauche moderne, à Suresnes, la revue de troupe est encore légère. 600
adhérents revendiqués sur les « deux millions de Français de gauche qui ont voté Sarkozy en 2007 »,
cela reste un peu léger même si le parti a été créé du néant. Dernière
provocation en date, le maire de Mulhouse a lancé le nouveau slogan de
son mouvement : « la réforme juste », étonnante contraction des
rhétoriques de Sarkozy et de Royal. « Je ne suis pas centriste, je suis un homme de gauche, insiste Jean-Marie Bockel. L'alliance avec le président de la République est loyale et libre : si un jour je ne suis plus d'accord, je m'en irai. »
Mercredi 08 Octobre 2008 - 07:00
Sylvain Lapoix
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07 octobre 2008
Que sont-ils devenus (1) : Rama Yade
Que sont-ils devenus (1) : Rama Yade
En 2007, Rama Yade attaquait bille en tête Mouammar Kadhafi. En 2008, la jeune secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, comme plusieurs de ses camarades du gouvernement, a plutôt pointé aux ministres absents. Marianne2 est partie à la recherche de ces ministres disparus…
(cc – flickr – lemo*)
Aurait-elle fini par se résoudre au fait que sa fonction nécessite de
chasser le naturel et d'éviter à tout prix qu'il ne revienne au triple
galop ? C'est en tout cas ce que Rama Yade laissait entendre dans un portrait que lui consacrait le journal La Croix en mai dernier : «
Ministre, c'est dur. Je pensais que c'était plus joyeux, qu'il y avait
plus de bonheur. Or, c'est grave, il n'y a que des contraintes qu'il
faut gérer au mieux. Je suis chargée des droits de l'Homme et si je
parle modérément on me dira que je manque de courage, si je parle
beaucoup, comme pour Kadhafi, je suis convoquée à l'Elysée.»
Aujourd'hui, le discours a un peu changé. Du côté de son cabinet, on
explique que si la ministre se fait discrète, ce n'est pas parce
qu'elle a mis de l'eau dans son vin mais simplement parce que « l'actualité veut ça ».
Et pour preuve de son activité, on n'hésite pas énumérer ses derniers
déplacements à l'étranger (en Afghanistan pour saluer la mémoire des
dix soldats français tombés sous le feu des Talibans, à New York pour
participer à l'assemblée générale des Nations Unies et déjeuner avec
Condie Rice, l'autre « femme noire » présente « sur la scène internationale » dixit Nicolas Sarkozy ).
Son agenda fait pitié
C'est certain, ce n'est pas parce que les médias ne parlent pas d'un
des membres du gouvernement que ce dernier ne travaille pas. Mais là,
il faut bien reconnaître que l'agenda de Rama Yade semble avoir subi un
régime minceur. Celui de la première semaine de septembre, consultable
sur le site du ministère des Affaires étrangères, fait même peine à
voir. Invitée il y a quelques jours par les Grandes Gueules de RMC , la secrétaire d'Etat entonnait cependant le même refrain que les membres de son cabinet pour expliquer sa discrétion : « Les médias ne s'intéressent qu'à ce qui est spectaculaire ». Et d'ajouter : « Les droits de l'Homme, ce n'est pas une marche triomphale, c'est un combat. Un combat qui se mène au quotidien. » Mais c'est aussi apparemment un combat qui se mène dans l'ombre, à tel point que Rama Yade en viendrait presque à disparaître !
Restent les rumeurs. Depuis le début de l'été, on la dit sur le départ du gouvernement pour briguer un mandat de député européen. Le Figaro précise que «
le président de la République apprécie la secrétaire d'Etat aux droits
de l'Homme mais veut mettre fin aux critiques insistantes et répétées
formulées par les autres ministres, y compris Bernard Kouchner. » Selon eux, elle « ne (saurait) pas travailler en équipe » ! Pour L'Express
, ce n'est pas Rama Yade le problème, mais son secrétariat d'Etat aux
droits de l'Homme : Nicolas Sarkozy considèrerait que sa création était
finalement « une erreur »… La
jeune femme a pourtant démenti, sur les ondes de RMC, toute candidature
aux élections européennes. En revanche, elle a expliqué être « impatiente » d'avoir « une implantation locale », « une légitimité électorale ». C'est pourquoi elle « n'exclut rien ». Pas même de participer au prochain scrutin régional de 2010.
Un livre de souvenirs à paraître
Ça sent donc bien le départ pour Rama Yade. Et à l'heure du bilan, rien
de tel qu'un livre. De fait, un ouvrage publié aux éditions du Seuil
doit sortir le 23 octobre prochain. Les « épreuves » ne sont pas encore
prêtes mais le synopsis de cette « œuvre » intitulée « Les Droits de
l'Homme expliqués aux enfants de 7 à 77 ans » (sic) résonne déjà comme
un au revoir à sa fonction de ministre : «
A travers ce livre, Rama Yade révèle les coulisses de son activité,
sans rien cacher des contraintes de cette mission exaltante qui, à bien
des égards, participe au supplément d'âme de notre politique étrangère.
» Et comme avec Rama Yade le poste de secrétaire de d'Etat aux
droits de l'Homme devrait disparaître, ce supplément d'âme de notre
politique étrangère n'aura finalement été qu'une parenthèse…
Lundi 06 Octobre 2008 - 17:35
Gérald Andrieu
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06 octobre 2008
Les enfants malades des pesticides
Les enfants malades des pesticides
L'INSERM associe la présence de leucémies et de tumeurs cérébrales chez l'enfant, à l'utilisation des pesticides. Beaucoup de chercheurs étaient déjà arrivés à la même conclusion. Mais les producteurs de pesticides devront-ils rendre des comptes devant la justice ?
La France est le 4ème utilisateur mondial de pesticides.
Des chercheurs de l'INSERM, l'Institut National de la santé et de la
recherche médicale, associent l'apparition de cancers chez l'enfant à
l'utilisation de pesticides, dans une expertise publiée le 3 octobre.
L'INSERM n'est pourtant pas connu pour ses positions radicales contre
les pesticides. Il lui arrive même, à l'occasion, d'accepter d'être
financée par l'UIPP, l'Union des producteurs de pesticides. Alors quand
l'institut fait un pas sur ce terrain chaud bouillant, c'est qu'on est
en droit de s'inquiéter sérieusement.
L'institut est parti d'une hypothèse :
Les modifications de l'environnement pourraient êtres partiellement
responsables de l'augmentation de certains cancers. Chaque année, 1700
enfants de plus sont touchés pas un cancer, 470 sont atteints d'une
leucémie, 400 d'une tumeur cérébrale.
Après avoir croisé plusieurs études, et recueilli l'expertise de dizaines de chercheurs, l'INSERM considère que:«chez
l'enfant, l'utilisation domestique de pesticides, notamment
d'insecticides domestique, par la mère pendant la grossesse et pendant
l'enfance a été associée aux leucémies et, à un moindre degré, aux
tumeurs cérébrales ». Cela ne signifie pas que les pesticides
sont la cause de la maladie, mais qu'à chaque fois qu'elle se
manifeste, les pesticides ne sont pas loin. Pis, il est quasiment
impossible de protéger un enfant : «Les
pesticides sont retrouvés dans tous les compartiments de
l'environnement et peuvent donc conduire à une exposition de la
population générale par les aliments, l'eau de boisson, l'air intérieur
et extérieur et les poussières de la maison.»
«Les enfants souffrent d'un retard cérébral dans leur développement.» Philippe Grandjean, chercheur à Harvard
Jamais l'INSERM n'était allé aussi loin dans ses conclusions, pourtant,
il est à la traîne. Voilà bien longtemps que d'autres études ont établi
les mêmes liens entre le cancer chez l'enfant et la présence de
pesticides dans son environnement. En novembre 2006, un chercheur
américain du département de santé public d'Harvard, Philippe Grandjean,
publie une étude dans la revue scientifique the Lancet,
une référence. Il a analysé l'effet des pesticides sur des femmes
enceintes et sur leurs foetus. Marianne2 lui a demandé ce qu'il a
découvert : «Si la mère a été exposée
aux pesticides durant la grossesse, les enfants souffrent d'un retard
cérébral dans leur développement. Nous pensons que ces effets sont sans
doute permanents, ce qui signifie que ces enfants vont devoir vivre le
reste de leur vie avec un développement cérébral inachevé.».
Le professeur Granjean soulève un autre problème, et de taille,
l'impossibilité pour un malade d'attaquer en justice un producteur de
pesticide, faute de preuve : «Les
cancers apparaissent des années après l'exposition. Il est
rétrospectivement très difficile de produire la preuve de tous les
pesticides auxquels l'enfant a été confronté. D'autant que les
producteurs changent en permanence le nom des produits, le dosage des
molécules, rendant impossible leurs traçabilité».
Dans son compte-rendu, l'Inserm conclut par un aveu d'impuissance : " La
plupart des études souffrent d'une forte imprécision sur l'exposition
aux pesticides, souvent réduite à la notion d'utilisation ou non de
pesticides.»
Cette impuissance
laisse donc encore un peu de répit aux producteurs de pesticides, une
industrie en bonne santé, son chiffre d'affaires atteignant l'année
dernière 1,721 milliards d'euros. Bien que la vente de pesticides ait
diminué « les fabricants ont de la ressource », remarque amèrement Stéphanie, fille d'agriculteur, atteinte d'un cancer des ganglions: « L'autre
matin, en regardant mes boîtes de médicaments, je me suis rendu compte
que l'industrie qui fabrique mon traitement est la même qui vendait à
mes parents les pesticides qu'ils utilisaient sur leur champ.»
Dans le village de Stéphanie, en Seine et Marne, deux jeunes femmes du
village, elles aussi filles d'agriculteurs, ont un cancer des
ganglions.
Retrouvez un résumé de l'expertise collective de l'INSERM
Lundi 06 Octobre 2008 - 06:00
Virginie Roels
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05 octobre 2008
Gouvernement de crise : « Plus on prend de poids lourds, plus on coule rapidement »
Gouvernement de crise : « Plus on prend de poids lourds, plus on coule rapidement »
L'édito de Nicolas Domenach consacré aux hommes politiques susceptibles de participer à un « gouvernement de crise » a suscité de nombreuses réactions. Amère, la majorité des Mariannautes constate un non-renouvellement des politiques. Certains proposent, parfois avec humour, une alternative à ce système. D'autres, plus prudents, ne partagent pas l'analyse de l'auteur.
Dominique de Villepin, candidat à un « gouvernement de crise » ? (crédit : Wikimedia Commons)
L'article « Des poids lourds pressentis pour un gouvernement de crise »
n'a pas laissé indifférents les Mariannautes. Et a provoqué de nombreux
commentaires, agrémentés parfois de propos plus ou moins vifs à l'égard
de la « classe » politique. Des réactions souvent lucides, un brin
désabusées, parfois humoristiques, au triste spectacle qu'offre le jeu
politicien. Falballa constate avec amertume : «
Un gouvernement de crise avec Rocard et peut-être d'autres ambitieux
vieillissants et ramollis, qui sont prêts à renier leurs convictions
pour un maroquin... »
Pessimiste ou réaliste, Sergius63 livre cette réflexion : «
On comprend mieux aujourd'hui pourquoi Rocard s'est récemment fendu
d'un communiqué passant la brosse à reluire pour “Naboléon“. Ce n'est
donc pas qu'il est devenu gâteux, mais il est comme Kouchner il veut en
croquer à nouveau. » Pessimiste ou réaliste, notre Mariannaute ?
« On prend les mêmes et on recommence »
D'autres « commentateurs » ne mâchent pas leurs mots, tel Le vengeur masqué : «
On prend les mêmes et on recommence. Cela fait 30 ans qu'on prend
toujours les mêmes, responsables de toutes les horreurs venues et à
venir. Combien de temps les Français vont continuer à les soutenir par
des votes imbéciles (…), il est temps de tourner définitivement la page
(…). » Avant d'en appeler à une « révolution » aux valeurs réellement républicaines.
Kiravi, visiblement bien informé, rappelle ce petit détail non négligeable sur Alain Juppé «
condamné le 1er décembre 2004 à 14 mois de prison avec sursis et un an
d'inéligibilité, pour avoir trahi la confiance du peuple souverain ». Et laisse entendre que cet argument de poids suffit à ne pas faire confiance à certains politiciens, « pressentis pour un gouvernement de crise », déjà poursuivis par la justice. Quant à Zebre233, il rebondit avec humour sur le titre de l'édito : « Simple question de physique élémentaire: plus on prend de poids lourds, plus on coule rapidement. »
« Cherche homme politique intègre »
Carbone complète la liste de Nicolas Domenach : «
Il manque Jack Lang, Claude Allègre, Bernard Tapie, Jean-Marie Cavada,
Doc Gynéco à la Culture, Jean Sarkozy le bienheureux fils de Notre
Saigneur, les époux Balkany, Charles Pasqua, le juge Courroye, etc. » «
Décidément la soupe doit être succulente pour ces braves gens même, et
surtout, en temps de crise. Quand allons-nous cesser d'être manipulés ?
» Une autre liste d'éventuels candidats à l'entrée dans un "gouvernement de crise". Celle proposée avec humour par Gilles : « Il faut ressusciter Antoine Pinay et Jean Nohain, et en route pour “La piste aux étoiles“. »
Sylvie 75, elle, ne décolère pas : «
Allons-nous continuer à être gouverner par des gens en qui nous n'avons
pas confiance ? Si nous avons un moyen de refuser, il est temps de le
faire tout de suite, nous n'avons rien à perdre. »
Plus pragmatiques, des Mariannautes passent à la vitesse supérieure en
appelant à un renouvellement des politiques. A l'image de Bill, qui
lance cet appel du cœur : «
Peuple de France cherche homme politique intègre, non cumulard, ayant
un sens aigu de l'idéal politique et de l'intérêt national, dépourvu
d'intérêts personnels, ayant un profond dégoût du mensonge. »
Une analyse différente de l'éditorialiste
Petite transition humoristique de Telepipo, pour qui la lecture de l'article lui a provoqué « l'hilarité » : «
Pourquoi diable Sarko nous préparerait-il un gouvernement de crise,
alors que nos banques sont solides, que la politique appliquée est la
bonne, et que la merveilleuse loi Tepa fait le reste ??? nous aurait-on
menti ??? » Une petite pointe d'ironie adressée au gouvernement…
Des Mariannautes, plus prudents, ne reprennent pas forcément à leur
compte l'analyse de l'éditorialiste. En témoigne LISEE, qui ne voit pas
l'intérêt des hommes politiques, cités dans l'édito, de se rallier à
Sarkozy : «
Je serais tout de même étonnée que les Juppé, de Villepin et consorts
se rallient à Nicolas Sarkozy. Ils auraient plutôt intérêt à le laisser
se dépatouiller et à s'enfoncer dans une politique confuse, improvisée,
inadaptée à la France et à la crise actuelle mondiale. » Et de citer un exemple à l'appui de son argumentaire : «
Je pense en particulier à de Villepin qui, s'il s'en sort dans
l'affaire Clearstream, pourrait revenir par la grande porte de l'UMP. »
Donnons le mot de la fin à Bibi, qui émet également des doutes sur un éventuel gouvernement de crise : «
En supposant que cela se vérifie, nous échangerions un cheval borgne
contre un cheval aveugle car remettre en selle des gens qui ont échoué
systématiquement ne peut rien apporter de neuf. » Mais reste lucide quand même !
Dimanche 05 Octobre 2008 - 08:47
Stéphane Miet
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04 octobre 2008
Jouyet s'éloigne, Sarkozy sèche un meeting: drôle de présidence de l'Europe
Jouyet s'éloigne, Sarkozy sèche un meeting: drôle de présidence de l'Europe
Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, a suggéré qu'il abandonnerait son poste. Nicolas Sarkozy a laissé en plan 12.000 apprentis européens réunis à Bercy. Des signes d'un abandon de la grande ambition européenne du Président ?
Jean-Pierre Jouyet. Crédit : Bruxelles - CE
La présidence française de l'Union européenne (PFUE) était censée être
l'événement de 2008, elle sera peut-être l'un des plus gros flop du
quinquennat. En l'espace d'une semaine, deux signes violents ont marqué
la fragilité du projet européen du Président : les doutes exprimés par
son secrétaire d'Etat aux Affaires européennes dans Le Parisien du mercredi 1er octobre et l'absence de Nicolas Sarkozy a un meeting européen vendredi 3.
Jouyet : le mal aimé doute de sa vocation
Il a démenti partout, sur France Inter, sur son blog et auprès de tous les journalistes, mais les mots publiés dans Le Parisien sont restés : selon lui, le président de la République rentrera après la fin de la présidence française de l'Union «
dans une phase où il aura besoin de gens engagés politiquement, dans la
perspective des européennes. Or, ce n'est pas mon cas. »
Censé être le ministre de la PFUE (comme Borloo fut celui du Grenelle
et Hirsch celui du RSA), le secrétaire d'Etat a disparu dans la machine
élyséenne : « tout se décide à l'Elysée, Jouyet est complètement désinvesti, »
explique un responsable de la majorité. Certes, il continue d'inaugurer
les chrysanthèmes et d'être très présent à Bruxelles mais, d'après
certains observateurs, son rôle d'alibi commence à le lasser.
L'annonce n'est pas anodine : déclarer
à mi-chemin de la présidence française de l'Union que sa mission
s'arrêtera là sonne comme un aveu d'échec. Quant à l'excuse
politicienne, vu l'intérêt que le Président porte aux élections
européennes, elle ne tient guère la route : « les nominations pour les Européennes seront déterminées par la direction de l'UMP à la mi-janvier »,
précise Alain Lamassoure, secrétaire national du parti aux questions
européennes. Déterminer les candidats quatre mois et demi avant un
scrutin, ce n'est pas ce qu'on peut appeler de l'obsession électorale !
Meeting des apprentis européens : Sarkozy a-t-il boudé ?
Deux jours plus tard, alors que 12.000 apprentis venus des 27 pays de
l'UE bondissent à Bercy, Nicolas Sarkozy leur fait faux bond. Serait-ce
à cause des milliers de jeunes qui ont hué le nom du président du
Conseil européen lors de l'annonce de son arrivée ? Tout le
gouvernement s'efforce de soutenir que non : «
le Président était en entretien téléphonique avec Angela Merkel et
d'autres chefs d'Etat européens pour la réunion d'urgence de demain, explique-t-on chez Hervé Novelli, l'organisateur de l'événement. Il avait une réunion d'urgence avec plusieurs ministres à la mi-journée, il n'a pas pu se libérer. » Parmi les organisateurs, on soutient même que Nicolas Sarkozy ne devait pas intervenir à la tribune.
Mais le programme disponible sur le site de la PFUE apporte un démenti
formel à deux excuses : programmé à 10h15, le président du Conseil
européen devait prononcer un discours de 45 minutes et il était suivi à
12h30 par Christine Lagarde, un des ministres convoqués à la fameuse
réunion d'urgence et qui est pourtant montée à la tribune parler aux
apprentis.
Etrange également, le manque de
courtoisie du Président qui fait annoncer son arrivée puis se
décommande sans excuses. Pas très sympa pour le cabinet d'Hervé
Novelli, où l'on assure que cette réunion a constitué un « travail énorme » débuté en février 2008, ni pour les cinq ministres venus assister au show.
Eviter de perdre la face à la veille du mini sommet
On peut raisonnablement penser que l'éventualité pour le président en
exercice du Conseil de l'UE de se faire siffler publiquement à la
veille du mini sommet européen sur la crise financière a pu inquiéter.
Surtout après que l'Etat français ait été plus ou moins mouché par
l'Allemagne sur sa proposition officieuse de constitution d'un fonds
d'urgence de 300 milliards d'euros pour lutter contre la crise
financière. Vaut-il mieux dès lors sauver la face auprès de 12.000
apprentis européens ou éviter de la perdre aux yeux des chefs des Etats
membres ?
Vendredi 03 Octobre 2008 - 18:16
Sylvain Lapoix
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01 octobre 2008
Budget 2009 : au lieu de la relance, la rigueur
Budget 2009 : au lieu de la relance, la rigueur
Par Guillaume Duval, rédacteur en chef d'«Alternatives économiques». Malgré la dégradation de la situation économique, la politique budgétaire ne soutiendra pas l'activité l'an prochain. Elle sera même plutôt restrictive.
« Ni plan de relance ni plan d'austérité. » Telle
est la posture affichée officiellement par François Fillon à
l'ouverture de la saison budgétaire qui va voir se succéder, au cours
des prochaines semaines, le débat sur le budget de l'Etat et celui
autour du budget de la Sécurité sociale. Malgré la gravité de la
situation économique, il n'y a en effet aucun plan de relance en vue.
En revanche, la rigueur semble bien au rendez-vous.
Tout d'abord, avant même que les
nouvelles difficultés de la sphère financière fassent sentir leurs
effets sur l'économie réelle, l'ampleur du ralentissement de l'économie
se confirme. L'Insee a dû corriger à la hausse ses premières
estimations de pertes d'emplois sur le deuxième trimestre, passant de -
12 000 à - 29 000 emplois dans le secteur marchand. Le chômage a bondi
de quasiment 40 000 personnes au mois d'août dernier. Et les différents
organismes de conjoncture n'arrêtent pas de réviser, à la baisse cette
fois, leurs prévisions pour la France et l'Europe. Les seize principaux
instituts français n'anticipent plus que 1 % de croissance en 2008 et
0,8 % l'an prochain.
Dans de telles circonstances, on sait
depuis la crise de 1929 qu'un soutien public à l'activité est
nécessaire pour contrer la dynamique récessive. Sinon, elle risque de
s'autorenforcer : voyant que les consommateurs n'achètent plus, les
entreprises cessent d'investir et licencient, ce qui aggrave encore le
recul de la consommation... Mais, dans le cas de la France, se pose un
sérieux problème : les marges de manœuvre qui auraient permis un tel
soutien à l'activité ont déjà été utilisées à l'été 2007, au moment où
la croissance était encore forte, avec le fameux « paquet fiscal ». Du
coup, nous sommes déjà en butée vis-à-vis des règles fixées aux pays de
l'Union européenne par le pacte de stabilité (pas plus de 3 % du PIB
pour les déficits publics). Et le gouvernement entend respecter cette
limite au moment où la France préside l'Union.
Ceinture !
Exit
donc la relance. Mais évitera-t-on au moins la rigueur ? Pas vraiment.
Côté dépenses, le gouvernement entend accentuer le recul de l'Etat,
engagé depuis déjà plusieurs années. L'ensemble de ses dépenses devrait
atteindre 279 milliards d'euros en 2009, contre 271 milliards d'euros
prévus cette année, soit une progression de 2,7 %, équivalente à une
baisse en termes réels, une fois l'inflation prise en compte : elle est
en effet toujours supérieure à 3 % pour l'instant.
Malgré la dégradation du marché du
travail, les dépenses pour l'emploi sont ramenées à 11,8 milliards
d'euros contre 12,5 milliards cette année. Même le Revenu de solidarité
active (RSA) n'aura, malgré les débats passionnés qu'il suscite, que
des effets limités en termes de redistribution : généralisé à l'été, il
ne devrait représenter que 750 millions d'euros l'an prochain et, dans
certains cas, la situation financière de ceux qui le recevront se
dégradera même un peu au cours de la première année par rapport à la
situation actuelle, compte tenu de la disparition de la prime au retour
à l'emploi.
Parallèlement, le budget de
l'environnement ne devrait passer que de 9 milliards d'euros à 10
milliards d'euros. Les multiples engagements pris lors du Grenelle de
l'environnement et confirmés dans la loi en cours de discussion au
Parlement ne trouveront donc guère de traduction dans le budget 2009.
Plus grave encore du point de vue de
la conjoncture immédiate, le budget du logement et de la ville devrait
perdre 500 millions (- 6 %) en dépit des difficultés nouvelles du
secteur de la construction. Quant à la recherche et à l'enseignement
supérieur, l'enveloppe qui leur est consacrée ne progressera que de 3,4
%, soit une stagnation de fait malgré tous les discours. La
multiplication des tensions internationales n'empêchera pas non plus le
budget de la défense d'être mis lui aussi à la diète, avec 1,4 % de
hausse. Enfin, bien que les transferts de responsabilités de l'Etat aux
collectivités locales se soient multipliés ces dernières années, les
transferts de recettes correspondantes ne devraient progresser que de
51,2 milliards à 52,3 milliards l'an prochain, soit de nouveau une
baisse en termes réels. Le seul poste important qui augmente nettement
est celui... des intérêts de la dette publique : il passe de 42,8
milliards d'euros en 2008 à 46,0 milliards l'an prochain, + 7,5 %.
Nouvelle baisse des effectifs publics
Le gouvernement entend également accentuer la baisse des effectifs de
l'Etat malgré le retournement du marché du travail : 30 529 emplois
devraient être supprimés en 2009 sur 2 201 000, contre 22 900 cette
année. Principaux concernés : les enseignants. L'Education nationale
perdra 13 500 postes. L'enseignement supérieur et la recherche,
soi-disant prioritaires, se voient eux aussi privés de 450 emplois. Le
ministère de l'Ecologie, théoriquement chargé de tous les espoirs de «
croissance verte », paie également un lourd tribut : - 1 400 postes. En
proportion des effectifs, la saignée est même plus importante que dans
l'Education. Seules exceptions : la Justice, qui gagne 512 postes,
et... les services du Premier ministre.
Enfin, ce n'est pas grâce aux salaires
qu'il va distribuer que l'Etat soutiendra l'activité économique : la
masse salariale devrait passer de 85,8 milliards budgétés cette année à
86,1 milliards l'an prochain, soit 0,3 % de hausse. Même en prenant en
compte les réductions d'effectifs, on n'aboutit qu'à une hausse moyenne
par tête de 1,7 %. L'Etat ne prévoit manifestement même pas de
maintenir le pouvoir d'achat de ses salariés...
Côté recettes, la fête des baisses
d'impôts est bien finie. Seule nouveauté en la matière : la suppression
sur trois ans de l'impôt forfaitaire annuel (IFA) sur les entreprises,
une avance déductible de l'impôt sur les sociétés. L'impact en sera
cependant très faible l'an prochain. Et dans le même temps, les
entreprises devront financer l'extension à toute la France de la prime
transports qui existe déjà en région parisienne : elles devront payer à
leurs salariés la moitié des abonnements de transports en commun. Pour
leur part, les ménages employeurs verront la réduction des charges
sociales dont ils bénéficient ramenée de 15 % à 10 %.
Quant au RSA, il sera financé par un
prélèvement de 1,1 % sur les revenus du capital. Une mesure complétée
par un plafonnement de ce qu'on appelle les « niches fiscales » : il
s'agit des multiples dispositifs qui permettent de réduire
substantiellement son impôt, au point que nombre des plus riches
contribuables parviennent au final à ne payer aucun impôt sur le revenu
[1]. Mais la barre sera placée très haut : il est question d'un plafond
de réduction d'impôts à 50 000 euros... A ce niveau, seuls quelques
milliers de personnes seront concernées et la mesure ne rapportera que
quelques centaines de millions d'euros à l'Etat. Et comme elle ne
s'appliquera qu'aux déclarations 2009, elle n'aura de toute façon aucun
impact budgétaire l'an prochain. Même limitées, de telles mesures vont
dans le bon sens en termes d'équité, après les multiples réformes qui
ont profité surtout aux plus aisés ces dernières années. Elles n'en
concourent pas moins à rendre aussi plus restrictive la politique
budgétaire.
Sécu : ponctions autoritaires
L'Etat n'est toutefois plus le plus gros morceau en termes de politique
budgétaire : les dépenses de la protection sociale pèsent 1,7 fois plus
que le budget de l'Etat. A ce niveau également, la rigueur est à
l'ordre du jour. Le gouvernement a déjà décidé unilatéralement d'une
hausse des cotisations de retraite au 1er janvier 2009, pour récupérer
de l'ordre de 1,5 milliards d'euros supplémentaires. Initialement cette
hausse devait être compensée par une baisse des cotisations chômage,
mais compte tenu de la dégradation du marché du travail, celle-ci n'est
plus assurée. Au contraire, il est même probable que les conditions
d'indemnisation des chômeurs se durcissent. De plus, la hausse des
cotisations retraite n'empêche pas que les retraités continuent par
ailleurs de perdre du pouvoir d'achat. Quant à la forte hausse du
minimum vieillesse promise par Nicolas Sarkozy d'ici à la fin de son
mandat, l'horizon de sa mise en œuvre effective ne cesse de reculer...
Côté maladie, les mutuelles et les
assurances vont être taxées de 3 % de leur chiffre d'affaires, pour
récolter 1 milliard d'euros supplémentaires. Et de nouvelles
restrictions dans la prise en charge des dépenses sont annoncées pour
l'an prochain, après la mise en œuvre des franchises médicales cette
année.
Enfin, les versements effectués par
les entreprises au titre de la participation et de l'intéressement,
jusqu'ici totalement exonérés de cotisations, vont commencer à être
taxés pour renflouer la Sécu. S'attaquer aux « niches sociales »,
c'est-à-dire aux multiples dispositifs qui autorisent à verser des
rémunérations sans payer de cotisations sociales, représente, là aussi,
une rupture bienvenue avec les politiques menées jusqu'ici. Notamment
avec le dernier dispositif en date, et un des plus coûteux pour la Sécu
: la détaxation des heures supplémentaires décidée à l'été 2007. Mais,
dans le contexte actuel, de telles mesures concourent également à une
politique plus restrictive sur le plan macroéconomique...
Limitation des dépenses d'un côté et
hausse des prélèvements de l'autre, il s'agit bien d'une politique de
rigueur. Ceci dit, le déni gouvernemental n'est pas purement factice.
La droite cherche à éviter un coup de frein trop brutal car elle a tiré
les leçons des erreurs d'Alain Juppé et de Jacques Chirac en 1995. En
voulant rétablir l'équilibre budgétaire à court terme en pleine période
de marasme pour satisfaire aux critères de Maastricht, ils avaient à
l'époque sensiblement freiné l'économie. Et, au final, alourdi les
déficits publics au lieu de les alléger. Tout en facilitant également
le retour de la gauche au pouvoir en 1997... Nicolas Sarkozy et
François Fillon espèrent jouer plus fin.
Cette chronique a été publiée sur Alternatives Economiques .
Notes
(1) Voir « Comment payer moins d'impôts... », Alternatives Economiques n° 272, septembre 2008, disponible dans nos archives en ligne.
Mardi 30 Septembre 2008 - 12:08
Guillaume Duval
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30 septembre 2008
Les sans-papiers, un nouveau marché
Les sans-papiers, un nouveau marché
Derrière les modifications apportées par Hortefeux aux conditions de la rétention administrative, se profile une mise au pas des associations et une «concurrence libérale déplacée» dénoncée par la Cimade.
Manifestation de sans-papiers à Paris. Crédit : FlickR cc / Natshu
«Une atteinte majeure aux droits des étrangers et au rôle des associations.» Les dirigeants de la Cimade,
seule association habilitée à accompagner les étrangers dans les
différents centres de rétention administratives (CRA) depuis 1984, ne
décolèrent pas. Et pour cause. Malgré deux entrevues place Beauvau les
22 et 24 septembre, ils n'ont pas réussi à convaincre Brice Hortefeux,
le ministre de l'Immigration, de revenir sur sa décision : la Cimade
n'aura plus le monopole des centres de rétention administrative.
Tout a commencé cet été. Première
surprise, le 22 août, un décret réforme le dispositif d'aide aux
étrangers en situation illégale placés dans les centres et les locaux
de rétention administratifs (LRA). Il introduit la possibilité qu'«une ou plusieurs personnes morales» y exercent des missions d'information et d'aide.
Deuxième surprise, quelques jours plus tard : le 28 août est publié un
l'appel d'offres relatif au marché public de la mission d'«information, en vue de l'exercice de leurs droits, des étrangers maintenus dans les centres de rétention administrative». «C'est un coup porté à la Cimade», déplore son secrétaire général Laurent Giovannoni.
«Une logique de concurrence libérale déplacée»
Cet appel d'offres prévoit que les 30 CRA qui seront en activité au 1er
janvier 2009 (contre 27 actuellement) seront répartis en 8 «lots». Laurent Giovannoni dénonce la mise en place autoritaire de ces «lots éclatés pour lesquels des prestataires de service s'arracheraient des parts de marché».
En guise de réponse, Hortefeux propose la mise en place de rencontres
entre prestataires et l'évaluation au bout de six mois de la pertinence
du nombre de lots. Pas de quoi calmer la Cimade ! «C'est une logique de concurrence libérale déplacée en matière de défense des droits de l'homme», s'insurge son secrétaire général.
Un avis partagé par des associations d'aide aux étrangers, qui
s'interrogent sur le rôle qui leur sera dévolu dans les CRA. A l'image
de Pierre Henry, directeur de France Terre d'Asile. «La
rétention n'est pas un marché public comme les autres et cette mise en
concurrence, relayée par certaines associations, nous choque beaucoup»,
estime-t-il. Les associations préfèrent déployer une réponse commune
autour de la Cimade, qui prendra la décision, lors de son assemblée
générale extraordinaire du 4 octobre, de répondre ou pas à l'appel
d'offres.
Au cabinet d'Hortefeux, on explique que «la mission des associations qui seront présentes demain dans les centres est exactement la même que celle qu'avait la Cimade». A quelques petits détails près…
Des associations aux ordres
Ainsi, au grand dam des associations, les textes prévoient que les
personnes qui interviendront dans les CRA seront tenues à «une stricte neutralité». Sans oublier la fameuse «clause de confidentialité», sous peine de voir le ministère de l'Immigration
résilier la convention d'une association prise en faute. Une référence
à l'incendie du CRA de Vincennes après que plusieurs associations
eurent dénoncé les conditions de détention inhumaines de ce centre de
rétention ? Si Hortefeux a le choix entre «plusieurs personnes morales», sans doute sera-t-il tenté d'opter pour le moins communicant ? En clair, le ministre rêve d'associations aux ordres.
«Nous
avons expliqué au ministre que le nouveau dispositif prévu par le
décret et l'appel d'offres constitue une négation du rôle de la société
civile et de sa fonction essentielle de témoignage», indique Laurent Giovannoni. Hortefeux lui aurait donc promis de ne pas remettre en cause «la liberté d'expression des organisations prestataires». Voire…
Au lendemain de la rencontre entre Hortefeux et les responsables de la
Cimade, l'association précise qu'elle i[«avait en début d'année indiqué
au ministre [qu'elle] était disposée à ce que la mission de défense des
droits des étrangers en rétention soit assumée au plan national dans le
cadre d'un regroupement de plusieurs associations non
gouvernementales»]i. Bref, un gage de bonne volonté de sa part. Mais
Hortefeux, droit dans ses bottes, n'a retenu aucune des propositions
émises par la Cimade. Vincennes se paie cher.
Lundi 29 Septembre 2008 - 08:45
Stéphane Miet
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29 septembre 2008
Derniers jours avant la récession
Derniers jours avant la récession
Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Les Etats-Unis ne seront pas les seuls à payer pour les subprimes. L'Europe et la France vont elles aussi entrer en récession. Tout simplement parce que personne ne sera épargné.
« Les Etats-Unis vont connaître la pire récession depuis 40 ans. Moins trois pour cent pendant 18 mois. »
Qui parle ainsi ? Un grand économiste américain, interviewé dans les
Echos. La récession aux Etats-Unis parait assurée, pour une raison très
simple : les Etats-Unis qui ne vivent que dans l'endettement doivent en
ce moment apurer leurs dettes, nettoyer les écuries, se débarrasser de
leurs mauvaises dettes avant d'en faire de nouvelles. A moins que les
ménages américains se mettent soudain à épargner, ce qui est assez
improbable. Donc l'économie américaine, à moins d'un miracle, va entrer
en récession.
D'où la question subsidiaire : l'Europe va-t-elle entrer
aussi en récession ? Il faut dire que malgré tous les appels à la
confiance, à la sérénité et au moral des économistes, des hommes
politiques, des banquiers (ah ! les banquiers ! jamais ils n'ont été
aussi confiants les banquiers !) quelques signes laissent présager de
lendemains moroses. D'abord, la quasi faillite de Fortis, première
banque belge, seconde banque néerlandaise, premier employeur privé en
Belgique. Fortis avait racheté il y a un an tout juste, la banque ABN,
pour la somme de 24 milliards d'euros. Aujourd'hui elle en vaut 13 à
peine. Il y a un an, elle affichait 445 milliards d'euros d'actifs.
Aujourd'hui... qui sait ce que valent ses actifs !
Ensuite, il y a la faillite de Bradford et Bingley, un
fonds britannique spécialisé dans l'immobilier, que la Grande Bretagne
devrait nationaliser après avoir nationalisé, vous vous en souvenez, la
Banque Northern Rock.
La crise n'épargnera pas la France
Evidemment, la France ne sera pas épargnée. Si l'Europe entre en
récession, la France aussi. Les banques françaises sont-elles plus
solides que les banques anglaises ou allemandes ? Oui, car elles sont
polyvalentes et moins engagées dans l'immobilier. Mais elles sont très
engagées dans les produits dérivés, les produits assurantiels : et si
le marché des crédits hypothécaires fait sombrer le marché des produits
dérivés... Ce sera une crise profonde, type 29. On n'en est pas là.
En 29 on avait dit que seule la Russie isolée avait
échappé à la crise. Aujourd'hui aucune économie n'est isolée et
certaines souffriront plus que d'autres : celles des pays pauvres
notamment, déjà matraquées par la hausse du pétrole et des matières
premières.
La phrase du jour : «
Nous ne pensons pas que le plan Paulson changera beaucoup la donne ;
l'économie américaine est en récession et va probablement le rester. » David Rosenberg, Chef économiste chez Merryl Lynch
Lundi 29 Septembre 2008 - 08:43
Bernard Maris
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27 septembre 2008
Pelloux, la star des urgentistes, viré de son hôpital
Pelloux, la star des urgentistes, viré de son hôpital
Le président de l'Association des urgentistes a été remercié par la direction de l'hôpital Saint-Antoine. Selon lui, c'est parce qu'il dérange. Mais pour ses anciens patrons, il avait surtout pris la grosse tête.
Photo culture.culte-Flickr-licence cc
Cette fois, c'est fait. Patrick Pelloux, l'urgentiste le plus célèbre
de France, le lanceur d'alerte, le héros de la canicule de l'été 2003,
celui qui contredisait en direct les déclarations rassurantes du
ministre de la Santé d'alors, Jean-François Mattéi, et hurlait sa
colère de voir les urgence débordée par des vieillards en train de
mourir de chaleur, vient d'être prié d'exercer ses talents ailleurs
qu'à l'hôpital Saint-Antoine. En l'occurrence au Samu de Paris, où
Pierre Carli, le directeur, s'est empressé de le récupérer. La star a
été déchue. « On m'a jeté dehors comme un chien » explique-t-il, pas encore remis de l'humiliation. Pourquoi ? Chacun a sa version des faits.
Tout s'est noué entre le mois de juin et la mi-septembre. « On a monté une cabale contre moi », raconte Pelloux. Un véritable procès de Moscou. «
Une réunion a été organisée où certains se sont plaints de mon mauvais
caractère et de mes sautes d'humeur. Comme si dans un boulot comme
celui-là, quand il faut aller vite, le jour comme la nuit, il
n'arrivait jamais à personne de pousser un coup de gueule ! J'ai même
entendu que je n'étais peut-être pas à la hauteur professionnellement». Humilié, Patrick Pelloux se met… en arrêt maladie. Et la machine s'emballe.
Pelloux fait-il trop de bruit?
«
Quand il a été question de mon retour, mes chefs ont posé leurs
conditions : que mes activités syndicales en tant que président de
l'Association des urgentistes (Amuf) soient encadrées, et que je cesse
mes chroniques dans Charlie Hebdo. Inacceptable. » D'autant moins supportable que depuis quelques mois, Pelloux s'estime harcelé moralement. « Ça c'est passé à Saint-Antoine comme ça se passe souvent à l'hôpital entre les chefs et les médecins hospitaliers, poursuit-il. Je n'étais plus convoqué aux réunions, mon emploi du temps était épié. »
Il fait remarquer que s'il avait si mauvais caractère et que ses
compétences avaient été à ce point discutables, l'hôpital n'aurait pas
voté à l'unanimité en faveur de sa nomination au poste de responsable
de l'accueil des urgences. « En
réalité, c'est moi qui ai conduit le plan de secours lorsqu'il y a eu
cette énorme panne électrique à l'hôpital. Et j'ai expliqué à la presse
ce qui c'est passé, et j'ai notamment pointé les défaillances. Et ça
n'a pas vraiment plu.»
Qui sera étonné que du côté
de ses chefs, le son de cloche ne soit pas tout à fait celui-là ?
Bertrand Guidet, chef du pôle des urgences, tout en affirmant « chercher l'apaisement » et en se déclarant « très satisfait de la solution trouvée avec la mutation de Patrick au Samu » ne mâche pas ses mots. «
Gérer une personnalité comme lui n'est pas facile. Il a apporté
beaucoup au métier d'ugentiste, mais il faut bien reconnaître que la
star qu'il est devenu ne supporte pas bien d'être remis en cause par
ses collègues. Ça fait des mois qu'il fait de l'autoallumage. On lui a
demandé de mettre une sourdine ? Qu'il en apporte les preuves. »
Banale histoire d'hôpital ? Reste que depuis les journées d'août 2003
où Pelloux convoquait les caméras dans son service, la direction de
l'Assistance publique de Paris avait prié le médecin syndicaliste de
répondre aux interviews à l'extérieur de l'hôpital. Et que ses
incessantes prises de positions contre le Plan hôpital 2007 lui avaient
valu autant de mises en garde. Grosse tête, Pelloux ? Il aime les
plateaux de télévision, c'est une évidence. Mais il se pourrait aussi
que l'Assistance publique ait appliqué le bon vieux précepte « quand on
veut tuer son chien, on l'accuse d'avoir la rage ».
Samedi 27 Septembre 2008 - 10:16
Jean-Claude Jaillette
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24 septembre 2008
La gauche du parti arbitrera-t-elle les rivalités internes au PS ?
La gauche du parti arbitrera-t-elle les rivalités internes au PS ?
Par Eric Dupin. Le congrès de Reims bouleverse la géographie du PS. Les courants traditionnels ont éclaté et l'affrontement ne se limite pas à celui des deux principaux présidentiables, Royal et Delanoë. Dans la bataille quadripolaire qui s'annonce, la gauche du parti pourrait jouer les arbitres.
Benoît Hamon (c Pierre Morel pour Marianne)
La géographie politique du Parti socialiste est bouleversée à quelques
mois du congrès de Reims. Les quatre principales motions déposées hier
dessinent un drôle de paysage. L'affrontement annoncé, depuis des mois
et des mois, entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë a cédé la place à
une bataille quadripolaire aussi ambiguë qu'incertaine.
Les deux présidentiables les plus en
vue – celle qui a déjà été candidate et celui qui voudrait l'être –
sont certes toujours dans la course. Mais Royal et Delanoë ont dû
prendre des gants. Consciente de l'affaiblissement de son influence
dans le parti, la présidente de Poitou-Charentes s'abrite désormais
derrière Gérard Collomb et les barons d'une « Ligne claire » qui ne
mérite plus vraiment ce nom. Quant à l'ambition du maire de Paris, elle
doit encore plus être dissimulée depuis le ralliement de Pierre
Moscovici, l'homme qui était prêt à faire don de sa personne aux
socialistes pour leur éviter de passer sous la coupe d'un
présidentiable.
Les militants savent pourtant qu'en
choisissant l'une de ces deux motions, ils avantageront Royal ou
Delanoë dans la perspective de la présidentielle de 2012. Car ce n'est
pas l'orientation de fond qui diffère vraiment entre elles. La nuance
qui les distingue porte plutôt sur la pratique politique. La motion
Collomb-Royal porte en germe une mutation du PS tandis que la motion
Delanoë-Hollande incarne une certaine fidélité à sa tradition. Ce n'est
pas un hasard si c'est la question de l'alliance avec le MoDem –
envisagée par la première et rejetée par la seconde – qui apparaît ici
la plus clivante.
On n'en saurait cependant exagérer la
cohérence de ces deux motions. Le camp de la « mutation » est soutenu
par certaines grosses fédérations comme les Bouches-du-Rhône qui n'ont
jamais brillé par leur sens de l'innovation. Et le camp « traditionnel
» de l'appareil hollandais est tout de même appuyé par bon nombre de
rocardiens historiques. La confusion atteint cependant des sommets avec
la troisième motion, emmenée par Martine Aubry. Celle-ci mêle des
partisans de Laurent Fabius et de Dominique Strauss-Kahn. Elle balaie
tellement large qu'elle risque de donner le tournis aux militants. La
question stratégique de l'alliance au centre va d'ailleurs mettre mal à
l'aise le maire de Lille qui a passé un accord local avec le MoDem dans
sa propre ville. La motion Aubry pourra, au mieux, proposer une vaste
redistribution des cartes et, au pire, un front du refus aux deux
principaux présidentiables.
La motion Hamon va peser
Reste la motion la plus aisée à définir : celle du député européen
Benoît Hamon. Pour la première fois depuis des lustres, la gauche du PS
s'est unie autour d'un seul texte à proposer aux militants. Cette
motion rassemble à la fois les amis d'Henri Emmanuelli, ceux de Paul
Quilès et Marie-Noëlle Lienemann, de Jean-Luc Mélenchon et même de
Pierre Larrouturou. S'y mêlent à la fois des vétérans de la gauche
historique et des figures plus récentes. La clarté de son discours
devrait lui assurer une audience non négligeable.
Or il suffira que la gauche du parti
recueille entre 15% et 20% des mandats, un score qui semble tout à fait
à sa portée, pour qu'elle puisse être en position d'arbitrer l'issue du
congrès. Les motions Royal et Delanoë auront le plus grand mal à
s'allier, rivalité d'ambitions oblige. La motion Aubry tentera
également de jouer sa propre carte. L'appoint de la motion Hamon a donc
toutes les chances d'être décisif pour forger la future majorité du PS.
Mardi 23 Septembre 2008 - 17:14
Eric Dupin
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