11 octobre 2008
Le "lobby écolo" s'affirme sur la scène mondiale
AFP/LLUIS GENE
Jan Schipper, un des membres de l'Union pour la conservation de la nature, lors d'un congrès, le 6 octobre, à Barcelone.
Le "lobby écolo" s'affirme sur la scène mondiale
LE MONDE | 10.10.08 | 16h55 • Mis à jour le 10.10.08 | 18h52
BARCELONE ENVOYÉE SPÉCIALE
Ces dernières semaines, Léon Rajaobelina se réveille chaque matin avec appréhension avant de vérifier que JPMorgan Chase est toujours debout. Il ne craint pas pour ses propres économies, mais pour les millions de dollars qu'il a confiés à la banque américaine en tant que président de la Fondation pour les aires protégées et la biodiversité de Madagascar. Le Camerounais Paul Noupa ne craint pas l'effondrement des cours de Bourse, mais il redoute que les plans de sauvetage des établissements bancaires occidentaux n'amputent les financements publics de la communauté internationale dont il dépend pour lutter contre l'assèchement du lac Tchad.
A Barcelone (Espagne), où se réunit le Congrès mondial de la nature, du 5 au 14 octobre, la crise financière est en toile de fond des discussions car tout le monde pressent que l'environnement en sera l'une des victimes collatérales. Ce rassemblement organisé tous les quatre ans par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) est l'un des meilleurs baromètres des espoirs et des rancoeurs de cette communauté des défenseurs de l'environnement. Peu connue du grand public, hormis pour la publication annuelle de la liste rouge des espèces menacées, l'UICN constitue le plus ancien - il vient de fêter ses soixante ans - et le plus vaste réseau des associations dédiées à la nature. Le plus influent aussi : " Un club où beaucoup de choses se décident", croit savoir Mamadou Diallo, qui a longtemps représenté l'Afrique de l'Ouest au sein de cette organisation atypique. Car ce vaste "lobby écolo" réunit des ONG, des Etats et s'appuie sur plus de 11 000 experts scientifiques.
UNE TRIBUNE UNIQUE
Près de 8 000 personnes venues de 177 pays participent au rendez-vous organisé dans la capitale catalane. Chacune avec son agenda, consciente de disposer d'une tribune unique, veut profiter de l'occasion pour faire entendre sa voix, échanger avec ceux qui, sur d'autres continents, mènent les mêmes combats et, pourquoi pas... s'attirer la générosité de philanthropes comme Ted Turner, magnat américain des médias, le prince Albert II de Monaco ou d'autres. Les mastodontes anglo-saxons comme Conservation International, WWF (World Wide Fund) ou Nature Conservancy côtoient des présences plus inattendues comme celle de l'Institute of Public and Environmental Affairs, une ONG basée à Pékin et dirigée par Ma Jun. Ce journaliste converti à l'écologie a dévoilé l'existence d'une liste de 30 000 industries locales et étrangères opérant sur le territoire chinois sans respecter les normes de pollution. Pour autant, le congrès mondial n'a rien d'une réunion de militants radicaux et baroudeurs. "Nous sommes une plate-forme de dialogue", estime Julia Marton-Lefèvre, la directrice générale de l'UICN aux allures de diplomate.
Certains verront là la limite de l'organisation, d'autres, au contraire, sa force. Car tous les acteurs amenés à jouer un rôle dans la résolution de la crise écologique peuvent ici se mettre autour d'une même table pour débattre de sujets qui vont désormais au-delà de la création d'aires protégées pour lutter contre l'érosion de la biodiversité, rôle historique de l'UICN. L'écologie se pense large, l'UICN aussi. "Nous ne pouvons plus penser la conservation des écosystèmes en ignorant la question de la pauvreté, le choc énergétique ou le changement climatique", admet Me Marton-Lefèvre qui, pour faire progresser la cause, a décidé de jeter des ponts vers des institutions jusqu'alors à mille lieues de la conservation de la nature. Une brochette de militaires a ainsi fait son entrée à Barcelone. "Nous voulons travailler avec eux à identifier les conflits potentiels liés à l'effondrement des écosystèmes", explique Wouter J. Veening, de l'Institut néerlandais pour la sécurité environnementale.
Les entreprises occupent depuis quelques années une place reconnue. Quitte, pour l'UICN, à perdre une distance critique dont certains membres s'offusquent lorsqu'ils constatent que le géant minier Rio Tinto peut discourir à sa guise sur sa "contribution nette à la biodiversité". Ce alors que, quelques semaines auparavant, le fonds souverain norvégien s'est retiré de son capital pour sanctionner ses pratiques environnementales. Ce frottement avec le monde économique est pourtant devenu indispensable. "Pour ne plus séparer économie et environnement, il faut donner un prix au carbone et un prix à la biodiversité", a affirmé Björn Stigson, le président du World Business Council for Sustainable Development ( Conseil mondial des affaires sur le développement durable), dans un discours qui a mis du baume au coeur des écologistes. Un programme vis-à-vis duquel l'UICN compte bien, au demeurant, mobiliser sa capacité d'expertise au cours des prochaines années.
5 OCTOBRE 1948.
L'Union pour la conservation de la nature (UICN) est créée à
Fontainebleau, là où, à la demande de l'école des peintres de Barbizon,
fut délimitée en 1861 la première aire protégée du monde. 874 ONG et 84
pays en sont membres. Elle est financée à plus de 65 % par une dizaine
de donateurs bilatéraux.
1963.
Publication de la première liste rouge des espèces menacées qui est mise à jour chaque année.
1999.
L'UICN obtient un siège d'observateur auprès des Nations unies.
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Jörg Haider, leader de l'extrême droite autrichienne meurt dans un accident de voiture

REUTERS/DANIEL RAUNIG
La police autrichienne inspecte le véhicule de Jörg Haider.
Jörg Haider, leader de l'extrême droite autrichienne meurt dans un accident de voiture
LE MONDE | 11.10.08 | 08h27 • Mis à jour le 11.10.08 | 09h56
REUTERS/LEONHARD FOEGER
Jörg Haider venait de réussir à hisser son parti de l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ) à la quatrième place de l'échiquier politique du pays lors des élections du 28 septembre.Son retour, tonitruant, sur la scène politique autrichienne aura été de courte durée. Le chef du parti populiste autrichien BZÖ et gouverneur de Carinthie, Jörg Haider s'est tué, samedi 11 octobre, dans un accident de la route, a annoncé la police de Klagenfurt (sud), la capitale de la Carinthie dont il était le gouverneur depuis 1999. "Il est mort aux premières heures du jour, samedi, à Klagenfurt", a annoncé l'agence APA en citant le permanencier de la police municipale.
Selon les premières indications, Jörg Haider, âgé de 58 ans, circulait seul à bord de sa voiture de service sur une route nationale au sud de la capitale de la Carinthie lorsque son véhicule a quitté la voie pour une raison encore inconnue. Peu avant l'accident, il venait de doubler un autre véhicule dont la conductrice a alerté la police. Sa voiture a effectué plusieurs tonneaux après avoir quitté la chaussée. Grièvement blessé à la tête et au thorax, il est décédé peu après des suites de ses blessures. "Pour nous c'est la fin du monde", a commenté Stefan Petzner, le porte-parole et vice-président du Mouvement pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ) de Jörg Haider. A moins que cela ne sonne, plus humblement, le glas de cette formation qui ne vivait que grâce à la personnalité de son chef charismatique, véritable animal politique présent sur la scène politique depuis des décennies.
Les débuts de Jörg Haider remontent en effet à 1970. Il dirige alors les jeunes du Parti libéral (FPÖ), un conglomérat de deux grands courants, l'un de droite nationaliste, l'autre de droite nationaliste dont le seul point commun était de ne pas supporter la mainmise des grands partis. En 1979, Jörg Haider entre au parlement. Mais c'est en 1986 qu'il déboule véritablement sur la scène politique autrichienne. Avec l'aide du courant National-allemand, il fait alors main basse sur le FPÖ en éliminant l'aile libérale. Le FPÖ vire radicalement à droite.
Trentenaire dynamique, Jörg Haider se taille alors un franc succès en dénonçant la dérive des partis traditionnels, notamment les socialistes empêtrés dans une suite de scandales financiers et d'abus clientélistes. Il profite également de la vague nationaliste qui a porté l'ancien secrétaire général de l'ONU Kurt Waldheim – qui sera ensuite rattrapé par son passé d'officier dans la Wehrmacht – à la présidence de l'Autriche en faisant du "respect pour la génération des soldats", c'est-à-dire les combattants des armées nazies, un cheval de bataille.
Trois ans plus tard, en 1989, il arrache la Carinthie aux sociaux-démocrates et en devient gouverneur grâce à une alliance avec le Parti conservateur. Poste auquel il doit renoncer temporairement, en 1991, à la suite de ses déclarations complaisantes à l'égard de la politique pour l'emploi du IIIe Reich. Il reconquiert Klagenfurt en 1999 pour en faire son fief.
Les législatives de 1999 sonnent comme une déroute pour les deux grands partis autrichiens submergés par la vague FPÖ. Ce parti recueille alors 29,6% des suffrages et devance le parti conservateur. La participation de ministres FPÖ au gouvernement du conservateur Schüssel déclenche les sanctions européennes. En 2000, Jörg Haider surprend tout le monde et les Autrichiens en premier lieu en abandonnant la tête du parti qu'il continue cependant de gérer de Klagenfurt. De plus en plus contesté par l'appareil, il provoque la scission du FPÖ en 2005 et fonde le Mouvement pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ).
DEUXIÈME FORCE POLITIQUE DU PAYS
En attendant, une grande partie de la classe politique saluait, samedi, à l'instar du président de la République, Heinz Fischer, "un homme politique de grand talent capable de soulever l'enthousiasme même s'il a suscité beaucoup de critiques". Son rival à l'extrême droite et successeur à la tête du FPÖ après la scission de 2005, Heinz-Christian Strache, a, quant à lui, honoré la mémoire de "l'une des personnalités politiques les plus marquantes de la deuxième République". Il y a quelques jours encore, les deux hommes s'étaient rencontrés pour évaluer les possibilités d'une réunification de leurs partis. La disparition de Jörg pourrait hâter le mouvement, sous la bannière Sa disparition ouvre probablement la voie à une réunification de l'extrême droite sous la bannière de Heinz-Christian Strache.
Avec 29% des voix aux élections législatives du 28 septembre, la droite populiste s'était à nouveau imposée comme la deuxième force politique du pays. Et l'Autriche se retrouve dans une situation quasiment identique à celle qui prévalait en 1999. C'était la période dorée de Jörg Haider, dont le parti avait alors formé une coalition avec les conservateurs. Il y a quelque jours, Jörg Haider évoquait d'ailleurs une possible participation à un gouvernement avec les conservateurs.
Les banques d'affaires s'enrichissent en conseillant les Etats pour qu'ils sauvent... les banques !
Les banques d'affaires s'enrichissent en conseillant les Etats pour qu'ils sauvent... les banques !
LE MONDE | 10.10.08 | 14h52 • Mis à jour le 10.10.08 | 20h06
LONDRES, CORRESPONDANT
Tel n'est pas le moindre paradoxe de cette crise financière qui en compte tant : les banques aident les gouvernements à sauver... les banques. "La récente tempête a démontré simultanément la vulnérabilité des banques d'investissement et, en même temps, le rôle crucial qu'elles jouent pour aider les pouvoirs publics à sortir les établissements de crédit de l'ornière" : comme l'indique l'hebdomadaire britannique spécialisé Financial News, au cours des dernières semaines, les exemples de ce cordon ombilical entre l'Etat et le saint des saints de la haute banque internationale abondent.
C'est le cas des trois géants américains Goldman Sachs, Morgan Stanley et Merrill Lynch, qui ont été sauvés grâce à l'intervention du Trésor des Etats-Unis. Simultanément, ces mêmes enseignes ont été omniprésentes dans les opérations de renflouement de leurs confrères. Goldman Sachs a conseillé le Trésor britannique pour la nationalisation de Northern Rock et la Kuwait Investment Authority dans sa prise de participation dans Merrill Lynch.
A Washington, le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, ex-président de Goldman, a confié à son plus proche collaborateur, Neel Kashkari, autre "ancien" de la firme, la mise en oeuvre du plan de sauvetage bancaire le plus important de l'histoire des Etats-Unis (voir Le Monde du 9 octobre 2008). Morgan Stanley a joué un rôle clé dans la nationalisation de Bradford & Bingley et de la Glitnir Bank en Islande, tout en secourant le premier assureur au monde, AIG. Cette prestigieuse "investment bank" new-yorkaise a également piloté le renflouement des caisses hypothécaires américaines, Freddie Mac et Fannie Mae, et a bouclé la fusion HBOS-Lloyds. Agissant aux côtés de BNP Paribas, Merrill Lynch a conseillé le gouvernement français dans le dossier Dexia. Pour sa part, UBS a acheminé l'aide de l'Etat au trio Barclays-Lloyds-Royal Bank of Scotland.
"CONFLITS D'INTÉRÊTS COLOSSAUX"
Comment expliquer cette symbiose entre la puissance publique et les VRP d'élite du capitalisme, présents dans toute la palette des métiers financiers ? "Le principe de base est que l'administration ne dispose pas du savoir-faire nécessaire pour jouer cette partie de Monopoly de la finance. Aussi, dans l'urgence, les hauts fonctionnaires préfèrent-ils céder des affaires explosives à ces artistes de la créativité débridée en se bornant à fixer un cadre politique et des fourchettes de risques", explique Peter Hahn, professeur à la Cass Business School. On pourrait ajouter que la haute fonction publique et la banque partagent le même goût pour la patience, le travail en équipe et le goût du secret.
Pour ces flamboyants prestataires de services modèles, pareille association est prestigieuse et permet de tisser des liens au coeur même de la machine étatique qui peuvent s'avérer utiles dans l'avenir. Un peu partout dans le monde, les gouvernements aiment s'entourer de la fine fleur des fusions-acquisitions à qui l'on prête un exceptionnel entregent.
En théorie, ce type de mandat étatique n'est pas très bien rémunéré. Aux Etats-Unis, les commissions sont plafonnées. Bercy verse en moyenne 500 000 euros aux banques-conseil tandis que le ministère britannique des finances pratique une tarification à peine plus généreuse. Mais ces derniers temps, les honoraires ont explosé sous l'effet conjugué de l'urgence, du risque d'implosion des banques en crise et du manque de supervision gouvernementale. Ainsi, l'opération de nationalisation de Northern Rock a coûté au contribuable la somme rondelette de 100 millions de livres (124,6 millions d'euros) en commissions bancaires.
"Ces intermédiaires sont au centre de conflits d'intérêt colossaux. Dans le cas de Northern Rock, un bureau de consultant ou un cabinet d'audit aurait pu faire aussi bien beaucoup moins cher", souligne M. Hahn.
Les krachs boursiers, une vieille histoire

Associated Press
La foule paniquée devant Wall Street, le 24 octobre 1929.
Les krachs boursiers, une vieille histoire
LEMONDE.FR | 10.10.08 | 16h52 • Mis à jour le 10.10.08 | 17h15
Le krach boursier, terme qui est
actuellement à l'œuvre sur les marchés, est une baisse soudaine et
précipitée – aux alentours de 10 % en une même séance – des actions
touchant une place financière ou plusieurs d'entre elles. L'une des
caractéristiques principales du krach est l'effet de panique qui voit
les investisseurs vendre tous en même temps, créant ainsi une spirale
baissière que rien ne peut arrêter. Le terme de "krach" apparaît lors
de la chute des Bourses de Vienne et de Berlin en été et en automne
1873. C'est donc un phénomène ancien, et l'Histoire a été ponctuée de
krachs plus ou moins spectaculaires.
LES PRINCIPAUX KRACHS DE L'HISTOIRE BOURSIÈRE
- 1637 : krach de la tulipe. La "tulipomanie" fut, en Hollande, la première bulle spéculative économique et financière de l'histoire moderne. La spéculation était fondée sur le commerce des bulbes de tulipe, dont les prix atteignirent des sommets. Ainsi, en 1623, le bulbe d'une variété rare affiche 1 000 florins, en 1625, 2 000 et en 1637, 5 500 (le revenu annuel moyen de l'époque est de 150 florins). Mais en février 1637, les cours s'effondrent, déclenchant une véritable panique. En 1642, après le krach, le prix de la tulipe n'était plus qu'au dixième de sa valeur et cent ans plus tard à deux centièmes.
- 1720 : la faillite de Law. Elle est provoquée par l'action de John Law, financier irlandais qui avait été chargé de restaurer les finances du royaume de France très endetté. Law va introduire le papier-monnaie en 1716 et créer une banque privée qui deviendra la Banque royale en 1718. Les actions de la banque montent en flèche au début. Mais le public finit par perdre confiance dans les billets, une nouveauté en France, et exige leur remboursement en or et en argent. La valeur des billets émis dépassant de beaucoup l'encaisse de la banque (valeur des billets et dépôts), celle-ci fait faillite. Les actionnaires perdent tous leurs investissements et Law prend la fuite. Ce premier krach en France fâchera durablement les Français avec la Bourse.
- 1873 : krach de la Bourse de Vienne. L'unification allemande de 1871 favorise le développement économique du monde germanique. Mais le développement de la concurrence entraîne ensuite une baisse des profits des banques. Les actionnaires s'inquiètent et la Banque de Budapest doit faire face à des demandes de remboursement ; elle ne peut faire face et se retrouve en cessation de paiement. D'autres banques sont ensuite touchées et la crise s'étend ailleurs en Europe. Les Bourses chutent, d'abord à Vienne – la Bourse de l'Empire austro-hongrois –, puis dans le reste de l'Europe.
- 1882 : krach de l'Union générale. La faillite de cette banque catholique française entraîne celles de nombreux agents de change. Les Bourses de Lyon et Paris sont ébranlées. La crise de plusieurs années qui s'ensuit affectera surtout les mines, la métallurgie et le bâtiment, entraînant son cortège de misère, chômage et conflits sociaux violents comme à Anzin (Nord) et Decazeville (Aveyron).
- 1929 : krach à Wall Street. C'est le plus connu et le plus grave par son ampleur et ses conséquences. Il fait suite à la vague de spéculations à partir de 1927 aux Etats-Unis en raison de la forte croissance de l'économie américaine. Le fait que 80 % des transactions sur les actions se font à crédit rend très risqué un retournement du marché qui rendrait le remboursement des titres impossibles. C'est ce qui se passe fin octobre 1929. Le jeudi 24 octobre, l'indice Dow Jones de la Bourse de New York perd plus de 22 % en début de séance, mais se redresse et limite sa baisse à 2,1 % en clôture. Il replonge ensuite de 13 % le 28 octobre et de 12 % le 29. Puis les Bourses ne cesseront de reculer. Cette crise donne un coup de frein aux spéculations boursières. Elle marque le début de la Grande Dépression aux Etats-Unis et d'une crise économique mondiale, qui affecte l'Europe dans les années 1930. Favorisant par ses effets – une très forte hausse du chômage notamment – la montée du nazisme et du fascisme en Europe, elle est un des facteurs de la seconde guerre mondiale. Ce n'est qu'en 1954 que la Bourse américaine retrouvera son niveau d'avant le krach.
- 1987 : krach du 19 octobre à Wall Street. A la suite d'un déficit commercial important et d'un relèvement des taux directeurs de la Bundesbank, le Dow Jones perd 22,6 % en une journée. Les autres places boursières chutent également, mettant en lumière l'interdépendance des marchés financiers mondiaux. Il s'agit du premier krach de l'ère informatique.
- 1998 : krach russe. Au mois d'août, le rouble perd 60 % de sa valeur en onze jours (dont 17,13 % le 27 août). La Russie connaît une crise économique et monétaire en partie liée à la crise financière asiatique de 1997. Le fonds spéculatif américain LTCM, qui menait des opérations sur les titres obligataires, n'évite l'écroulement que grâce à l'intervention de la banque centrale américaine, qui veut éviter un effet dominos sur les marchés financiers.
- 1998 : crise asiatique. Elle frappe des pays émergents considérés comme des modèles de développement avec une forte croissance économique, mais de gros déficits extérieurs que venaient financer les flux de capitaux étrangers. Elle éclate en Thaïlande le 2 juillet 1997, lorsque les autorités décident de laisser flotter le baht, la monnaie du pays, qui se déprécie fortement. La perte de confiance dans les monnaies asiatiques s'étend et entraîne la dépréciation d'autres monnaies de pays émergents asiatiques ; elle conduit à l'insolvabilité de nombreuses banques, qui entraîne un effondrement de l'activité économique. Les Bourses s'effondrent, mais les effets sur l'économie mondiale sont relativement limités.
- 2000 : éclatement de la bulle Internet. La bulle spéculative autour des valeurs boursières liées à l'Internet et aux nouvelles technologies se dégonfle. Après un record à 5 048,62 points le 10 mars, l'indice Nasdaq de New York, qui concentre les valeurs de l'Internet et technologiques, recule de 27 % durant les deux premières semaines d'avril et de 39,3 % sur un an. Cette chute se répercute sur tous les marchés liés à la "nouvelle économie". Elle se transmet ensuite aux autres marchés liés à cette "nouvelle économie".
- 2001 : le 11 septembre, après les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone, la Bourse de New York est fermée pour une semaine. A sa réouverture, l'indice Dow Jones perd 684 points (- 7,3 %).
- 2008 : la crise des subprimes. Due à une bulle immobilière aux Etats-Unis (qui existe aussi dans certains pays d'Europe), la crise des subprimes (crédits hypothécaires à risque) aux Etats-Unis se propage aux marchés financiers américains et mondiaux. Sur les neuf premiers mois de l'année, les principaux indices boursiers perdent plus de 30 %. La crise s'aggrave début octobre avec des chutes approchant 10 % sur de nombreux marchés mondiaux le lundi 6 octobre et le vendredi 10 octobre. Les autorités économiques tentent de réagir avec la politique budgétaire – plan de relance, mesures de recapitalisation des banques en difficulté – et monétaire – baisse des taux d'intérêt des banques centrales, injections massives de liquidités –, mais les Bourses pour l'instant cèdent à la panique. Les perspectives économiques en Europe et aux Etats-Unis se dégradent, et la récession pointe. La crise pourrait encore durer plusieurs trimestres. Le point bas des Bourses n'est donc peut-être pas encore atteint...
10 octobre 2008
Les députés de l'UMP "encadrent" le Grenelle
AFP/JACQUES DEMARTHON
Le ministre de l'écologie, Jean-Louis Borloo, assure avoir "l'engagement du président de la République et du premier ministre que le Grenelle II viendra au plus tard début 2009".
Les députés de l'UMP "encadrent" le Grenelle
LE MONDE | 10.10.08 | 08h47 • Mis à jour le 10.10.08 | 09h29
Le Grenelle de l'environnement est en passe de subir le même sort que la calotte glaciaire : au "contact" du débat parlementaire, il fond. Le projet de loi "GrenelleI" examiné à l'Assemblée nationale, depuis mercredi 8 octobre, réaffirme les "objectifs", les fameux "trois fois 20" : 20% de réduction des consommations d'énergie, 20 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et 20 % d'énergies renouvelables dans la consommation d'énergie en 2020. Pour les "moyens", il faudra attendre le "Grenelle II".
"Ce schéma général – la loi d'orientation et, ensuite, la loi d'application –, c'est nous qui l'avons demandé, affirme Patrick Ollier, le président (UMP) de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale. Nous avons aussi demandé qu'on écarte de ce texte les bonus-malus, surtout par voie d'ordonnance." Depuis la mise en place du Grenelle de l'environnement, les députés de la majorité n'ont pas caché leurs réserves sur un processus dont ils se sont plaints d'avoir été tenus à l'écart.
A l'heure de la transcription législative, ils reprennent la main, quitte à contraindre le ministre d'Etat, Jean-Louis Borloo, à habiller un recul en semi-victoire. "Ce que je ne voulais pas, c'est qu'après la loi d'orientation on me dise qu'il n'y avait plus de place dans le calendrier pour la loi d'application. J'ai l'engagement du président de la République et du premier ministre que le Grenelle II viendra au plus tard début 2009", assure M. Borloo.
CATALOGUE DE PROPOSITIONS
Le ministre de l'écologie a aussi dû consentir quelques inflexions par rapport au projet initial. "Il valait mieux, précise M. Ollier, parce que, sinon, il allait être battu en séance. J'ai fait comprendre au gouvernement qu'il n'y avait pas intérêt." M. Borloo propose une lecture plus accommodante : "On est en train d'apprendre de nouveaux rapports entre l'exécutif et le législatif. Ce texte était en quelque sorte un texte de réglage." Bref, tout va pour le mieux et ne peut encore aller qu'en s'améliorant.
Le rapporteur du projet de loi, Christian Jacob (UMP, Seine-et-Marne), se charge d'exécuter en douceur le résultat, qu'il juge "assez surprenant". "Il en ressort, dit-il, un projet de loi assez romantique, cadrant tout à fait avec l'esprit du Grenelle de l'environnement." De toute évidence, le souffle du romantisme s'arrêtera aux portes du Palais-Bourbon.
Se disant disposé à examiner le texte "avec bienveillance", le rapporteur plaide toutefois pour le "réalisme économique" : "La transition vers la croissance verte ne peut se faire qu'avec le monde économique, pas contre lui", souligne M. Jacob, insistant pour que cette transition soit "prévue de manière très mesurée". Ainsi, sur l'"épineuse question" de la taxe poids lourds, plusieurs amendements ont été rédigés afin d'obtenir une compensation pour les transporteurs.
Autre point ayant fait l'objet de nombreux arbitrages : la nouvelle norme de 50 kWh/m2/an d'énergie "primaire" dans les constructions neuves à compter de 2012. La bataille des lobbies entre "électriciens" et "gaziers" a été furieuse. Il en résulte un compromis "équilibré" censé n'en privilégier aucun.
Pour les députés de la majorité, "le Grenelle de l'environnement doit se solder par une neutralité budgétaire pour l'Etat". Ils écartent une extension des bonus-malus, coûteuse pour les finances publiques, et l'idée d'une "fiscalité écologique" qui pèserait sur les ménages. "Il y a encore, dans notre pays, de nombreuses personnes qui considèrent que l'environnement est le nouveau prétexte à la mode pour lever de nouveaux impôts", s'insurge le rapporteur.
Les parlementaires prétendent, enfin, veiller à l'"acceptabilité sociale" du Grenelle. "C'est au Parlement qu'il revient de fixer les critères, notamment socio-économiques, permettant de choisir entre les différents projets. Ce n'est pas aux ONG de faire des choix politiques qui excèdent leurs compétences", prévient M. Jacob.
Dépouillé de tout ce qui fâche, le "Grenelle I" risque dès lors de se réduire à un catalogue de propositions à la "normativité peu affirmée" et d'objectifs dont la mise en œuvre reste à définir. La majorité, en imposant ce déroulement, entend ainsi poser ses "conditions" avant l'examen du deuxième volet.
Première faillite d'un établissement financier au Japon
Première faillite d'un établissement financier au Japon
LEMONDE.FR avec AFP | 10.10.08 | 05h56 • Mis à jour le 10.10.08 | 08h23
La compagnie d'assurance japonaise Yamato Life, écrasée par une dette de 2,7 milliards de dollars, s'est déclaré en faillite, vendredi 10 octobre, devenant le premier établissement financier du Japon à tomber sous les coups de la crise mondiale du crédit.
Mais le gouvernement et les acteurs du marché ont souligné que Yamato, qui menait une stratégie d'investissements à risque, n'était pas représentative du secteur japonais de l'assurance et que sa faillite ne préfigurait pas un mouvement généralisé. "Yamato n'a pas fait faillite en raison d'un dysfonctionnement du système financier du Japon, ou d'un blocage des liquidités. Je doute que d'autres entreprises aient pris autant de risques", a noté Masanaga Kono, stratégiste chez Société Générale Asset. Le ministre de l'économie, Kaoru Yosano a souligné, lui, que Yamato, qui n'était pas cotée à Tokyo, était la plus petite entreprise du secteur et que son modèle de développement économique était unique.
Reste que la faillite survient alors que la Bourse de Tokyo connaît une nouvelle séance noire : à la mi-séance, l'indice Nikkei cédait près de 11 %. "L'annonce concernant Yamato a constitué une surprise et a alimenté les peurs", a souligné Tsuyoshi Segawa, de Shinko Securities.
La direction de Yamato a expliqué qu'elle avait réalisé des investissements à risque pour couvrir ses coûts opérationnels élevés, prenant notamment des parts dans des fonds spéculatifs. "L'ampleur de la chute mondiale des marchés déclenchée par la crise du subprime était inattendue", a poursuivi le président de la compagnie, Takeo Nakazono, lors d'une conférence de presse.Retrouvez moi : http://monmulhouse.canalblog.com/
09 octobre 2008
Un rapport préconise de développer le crédit hypothécaire en France
AFP/PASCAL PAVANI
Les auteurs du rapport du Conseil d'analyse économique pensent que le financement de l'accession à la propriété dans l'Hexagone "aboutit à rationner le crédit" au détriment de particuliers qui, tout en étant solvables, n'entrent pas dans les critères des banques. "
Un rapport préconise de développer le crédit hypothécaire en France
LE MONDE | 09.10.08 | 11h00 • Mis à jour le 09.10.08 | 13h35
Le Conseil d'analyse économique (CAE) n'a pas froid aux yeux : en pleine crise financière, il préconise de développer le crédit hypothécaire en France, dans un rapport sur le logement des classes moyennes, rendu public jeudi 9 octobre.
Cette recommandation va immanquablement faire débat, car la tempête qui dévaste les places financières depuis plusieurs semaines est née du marché des subprimes, ces crédits hypothécaires risqués accordés sans retenue par les banques américaines.
Il n'est "pas question de répéter les mêmes erreurs", insistent Jacques Mistral, directeur des études économiques à l'Institut français des relations internationales (IFRI), et Valérie Plagnol, directrice de la stratégie chez l'entreprise d'investissement CM-CIC Securities.
Les auteurs du rapport pensent que le financement de l'accession à la propriété dans l'Hexagone "aboutit à rationner le crédit" au détriment de particuliers qui, tout en étant solvables, n'entrent pas dans les critères des banques. "Une évolution est souhaitable", écrivent-ils, d'autant que la Commission européenne veut élargir le choix de crédits, notamment en assouplissant les conditions d'octroi du prêt hypothécaire.
Trouvant que le système français "repose trop exclusivement sur la stricte évaluation de la capacité de remboursement de l'emprunteur", le CAE suggère un "modèle de crédit immobilier hybride" : il prendrait en compte à la fois la solvabilité des ménages et "la valeur du bien acquis".
Pour s'engager dans cette voie, il convient de réduire les "coûts liés à la prise d'hypothèques". La distribution de crédits serait étroitement encadrée de manière à exclure les prêts "les plus risqués" (notamment ceux "de très longue durée"). Le CAE pense également que les prérogatives du Fonds de garantie à l'accession sociale doivent être renforcées, pour qu'il puisse "jouer un rôle de rehausseur de crédit et de garant de créance".
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Une crise de confiance inédite
Une crise de confiance inédite
LE MONDE ECONOMIE | 09.10.08 | 09h00 • Mis à jour le 09.10.08 | 09h01
Quelle douche froide ! Sept banques
centrales, y compris la Banque centrale européenne (BCE), diminuent de
concert, mercredi 8 octobre, leurs taux directeurs pour relancer la
machine économique – du jamais-vu depuis l'après-11 septembre 2001 –
sans réussir pour autant à enrayer la spirale baissière des Bourses.
Paris, Francfort, Londres ont continué de plonger, le Dow Jones
terminant, lui, à –2,21 %. Quelques heures plus tôt, "loin de toute pensée conventionnelle ou de dogmes dépassés",
comme le commentait Gordon Brown, le Royaume-Uni annonçait la
nationalisation partielle de ses huit plus grandes banques. Peine
perdue. Les marchés sont restés sourds. Et la confiance n'est plus là.
La crise de 2008 est devenue une crise de confiance, comme le furent beaucoup d'autres crises systémiques avant elle. Les experts des ressorts de la confiance en économie comprennent donc, en partie, ce qui est en train de se jouer aujourd'hui. Et qui illustre une fois de plus le fonctionnement particulier des marchés.
A la suite du krach boursier de 1987, des enquêtes ont été menées auprès des investisseurs afin de déterminer les raisons de la panique. Comme le raconte André Orléan, directeur de recherche au CNRS, une liste de dix nouvelles – hausse des taux d'intérêt, déclaration alarmiste du secrétaire américain au Trésor sur le dollar, etc. – pouvant être considérées comme responsables de la crise, leur a été proposée. Aucune ne fut retenue.
Les investisseurs, tant individuels qu'institutionnels, mirent en avant, pour expliquer leur comportement massif de vente, la chute de 200 points du Dow Jones à l'ouverture de la Bourse le 19 octobre 1987 et les chutes de prix à la fin de la semaine précédente. "L'effondrement des marchés a sa propre dynamique qui ne s'appuie pas forcément à court terme sur la réalité économique", explique M. Orléan. C'est le concours de beauté décrit par Keynes : la valeur réelle de l'actif compte moins que la représentation que le marché s'en fait.
Beaucoup d'autres points – mimétisme des comportements, incertitude sur la valeur présente et à venir des actifs, etc. – ont été mis en avant par les économistes. "Ce qu'il faut retenir, insiste Jean-Paul Pollin, professeur d'économie à l'université d'Orléans, c'est que les acteurs des marchés financiers ne réagissent pas forcément… selon les logiques de marché."
Les économistes américains Douglas Diamond et Philip Dybwig, rappelle M. Pollin, ont analysé, au début des années 1980, le cas des paniques bancaires. Si un épargnant fait un dépôt à sa banque, c'est parce qu'il pense que celle-ci lui en garantit la liquidité. Mais s'il voit des épargnants aller retirer leur argent, il se précipitera pour faire de même. Ce n'est pas une conduite absurde, au contraire. L'épargnant pense qu'il y a suffisamment de gens irrationnels pour menacer la fiabilité de sa banque, même pour de mauvaises raisons.
Même si la crise 2008 rappelle 1929, 1987 ou l'effondrement de la bulle Internet en 2001, les mécanismes de la perte de confiance gardent néanmoins un caractère inédit, lié à deux particularités : la nouveauté et la complexité des actifs qui ont causé le mal; et son spectre planétaire.
Aucun économiste ne s'avance pour préciser comment les actifs "pourris", au cœur de la panique boursière, et auxquels plus personne n'ose associer un prix, vont être purgés. Il n'y a plus de consensus – pourtant indispensable à la confiance – entre les acteurs du marché pour fixer la valeur réelle des produits qu'ils détiennent dans leurs portefeuilles. "Nous payons là le prix de l'innovation financière (produits dérivés et structurés) qui s'est fortement développée dans les années 1990, explique M. Orléan. Et nous assistons pour la première fois à leur crise."
ASYMÉTRIE D'INFORMATION
Comment
sortir, par exemple, du piège des Credit Default Swaps (contrats
d'échange de risque de défaut) dont le principe est celui d'une
assurance, à cette différence près qu'on s'y assure… contre le risque
couru par un tiers. L'économiste Paul Jorion évalue le marché américain
des CDS à 62000 milliards de dollars, un chiffre proche du total des
dépôts bancaires à l'échelle de la planète.
"Quand on pense, explique Pierre Cahuc, professeur d'économie à l'Ecole polytechnique, que certains établissements financiers proposaient à leurs clients des actifs dont la description tenait en un manuel de 150 pages, on comprend mieux que le marché interbancaire soit gelé. Chacun se méfie de l'autre."
En termes techniques, cela s'appelle une asymétrie d'information, décrite par George Akerlof, Joseph Stiglitz et Michael Spence (tous trois Prix Nobel d'économie en 2001) sur le marché des voitures d'occasion, où l'acheteur se demande toujours si le vendeur ne lui ment pas sur la valeur réelle de son véhicule. Mais pour beaucoup d'économistes, l'asymétrie d'information qui sévit aujourd'hui sur les marchés financiers est d'une proportion inégalée.
Deuxième point qui expliquerait pourquoi la confiance est si longue et si difficile à rétablir actuellement : le caractère mondial de la crise. Si plusieurs débâcles précédentes ont eu des retentissements planétaires, aucune n'a impliqué simultanément autant d'Etats que la crise de 2008. Après les Etats-Unis, l'Europe, les pays émergents…
Chacun s'interroge sur la possible défaillance d'une banque indonésienne, russe, coréenne, brésilienne. Et cette immensité n'est pas sans conséquence. Car si les marchés mondialisés coordonnent spontanément leur défiance, il n'existe aucune autorité internationale dont la légitimité permettrait de redonner la confiance.
Les Etats-Unis n'ont plus cette puissance, surtout pas à quelques semaines d'une élection présidentielle qui peut faire basculer leur politique économique; l'Europe a montré ses différends et le Fonds monétaire international (FMI) n'en a plus les moyens financiers. Fini le temps où un pays en crise appelait à sa rescousse une personnalité qui allait rassurer. Les périmètres des crises sont ans frontières. Le temps des Raymond Poincaré ou des Antoine Pinay sont révolus.
En procédant comme le 8 octobre à une baisse des taux concertés, les Européens, les Suisses, les Canadiens, les Américains, les Suédois, les Anglais, les Chinois ont montré que la voie de la coordination mondiale était possible. Elle est en tout cas indispensable pour restaurer la confiance et réussir à remettre le système en marche, partout en même temps.
07 octobre 2008
L'Ecureuil et les Banques populaires parlent mariage
AFP/PASCAL PAVANI
Le président des Banques populaires, Philippe Dupont (g) et celui des Caisses d'épargne Charles Milhaud (d), le 13 mars 2006. Ils avaient alors décidé de fusionner les activités de financement et d'investissement des deux groupes pour donner naissance à Natixis.
L'Ecureuil et les Banques populaires parlent mariage
LE MONDE | 06.10.08 | 11h10 • Mis à jour le 06.10.08 | 19h56
La crise financière et les difficultés
croissantes de leur filiale Natixis vont-elles accélérer un mariage
entre les Caisses d'épargne et les Banques populaires? La question d'un
rapprochement des organes centraux des deux groupes mutualistes – la
Caisse nationale des Caisses d'épargne (CNCE) et la Banque fédérale des
Banques populaires (BFBP)– devait être examinée lundi 6octobre, lors
d'un comité stratégique avec leurs quatre principaux dirigeants :
Charles Milhaud et Nicolas Mérindol côté Caisses d'épargne, Philippe
Dupont et Bruno Mettling côté Banques populaires. L'Elysée a été tenu
au courant dans le week-end de ce projet.
L'idée, ancienne, d'un mariage entre les deux banques à réseau s'était jusqu'à présent heurtée à des problèmes politiques d'équilibres financiers entre les réseaux, mais aussi d'hommes. La crise financière, et la restructuration qui s'engage à grande vitesse dans le secteur bancaire mondial, auront levé ces blocages. Pour toutes les banques, l'enjeu, face à la crise de liquidités qui menace de paralysie l'activité bancaire, est d'élargir leur base de dépôts.
NATIXIS EN DIFFICULTÉ
Le sujet est d'autant plus aigu aux Caisses d'épargne et aux Banques populaires, que celles-ci possèdent en commun une filiale d'investissement cotée, Natixis, dont ils détiennent chacun 34% et qui est très malmenée dans la tourmente actuelle. Son exposition aux crédits immobiliers à risques américains (les subprimes) étant élevée, et son modèle économique peinant à convaincre, celle-ci peine à se financer.
La situation financière de plus en plus tendue de Natixis a même alimenté les rumeurs d'une crise de liquidités aux Caisses d'épargne, et d'une insuffisance de capitaux propres, ce qu'ont démenti ensemble, vigoureusement, la semaine dernière, les Caisses d'épargne et la Banque de France. Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, est personnellement monté au créneau, pour rassurer les Français sur la situation de la banque du Livret A. En réalité, confie une source interne, "Natixis agit comme un siphon sur la trésorerie des deux groupes, solidaires de fait pour la gestion des liquidités ".
Ce sont les Caisses d'épargne, les plus réticentes jusqu'ici, qui ont inscrit à l'ordre du jour la question d'une fusion entre la CNCE et la BFBP. Leur décision aurait été précipitée dans la soirée de dimanche par l'annonce de la prise de contrôle de Fortis par BNP Paribas, l'un de leurs grands concurrents en France. M. Milhaud et M.Mérindol se seraient réunis au début de la nuit pour évoquer les conséquences d'un tel rachat. En outre, la nécessité de sauver Natixis a pesé.
Les Caisses d'épargne proposeraient en fait un accord global aux Banques populaires, portant sur l'ouverture de négociations sur le rapprochement de leurs organes centraux et également sur l'avenir de leur filiale commune Natixis. Les Caisses d'épargne demanderaient ainsi à leur partenaire de changer la gouvernance de Natixis –en optant pour un conseil d'administration– et d'en révoquer le management, jugeant que celui-ci n'a plus la confiance du marché. Elles veulent un nouvel exécutif pour porter un nouveau plan stratégique incluant des cessions d'actifs et des mesures de gestion de la liquidité énergiques, indique un proche de la direction.
Les discussions s'annoncent délicates. L'Ecureuil n'est pas prêt à accepter l'idée d'un mariage entre égaux comme le revendiquent les Banques populaires, estimant sa valorisation très supérieure à celle de son partenaire. Le groupe avancce un schéma où il détiendrait 65% du nouvel ensemble, ce qui lui confèrerait le contrôle de Natixis.
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Sarkozy : L'Etat ne "laissera pas tomber" les banques françaises
AFP/GREG WOOD
Après un lundi morose, les marchés européens restent dans le rouge, mardi 7 octobre.
Sarkozy : L'Etat ne "laissera pas tomber" les banques françaises

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