Le scandale Madoff pourrait entraîner de lourdes pertes chez BNP Paribas et Natixis

       

Bernard Madoff, gestionnaire du Madoff Investment Securities, a employé la technique dite de "la fraude pyramidale" ou "pyramide de Ponzi". Cette technique, née dans les années folles, revient à payer des intérêts à ceux qui vous ont confié leur fortune en se servant du capital apporté par les nouveaux clients.

Le jour où les investisseurs viennent à manquer ou que les anciens souhaitent récupérer leur capital, tout s'écroule. C'est ce second scénario qui a révélé l'affaire, dans la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 décembre, donnant raison à Warren Buffett et à sa maxime : "C'est seulement quand la marée se retire, que l'on voit ceux qui se baignent nus."

Depuis vendredi, tous les financiers de la planète font les comptes, atterrés. Grâce à un dispositif simpliste, un septuagénaire à l'allure bonhomme jette un nouveau discrédit sur toute la finance mondiale. Il entraîne dans sa chute une foule d'investisseurs trompés par les performances que le fonds Madoff promettait depuis près de quarante ans, aux Etats-Unis, en Europe et jusqu'au Japon.

Aux Etats-Unis, le chiffrage des dégâts reste imprécis. Mais les victimes se comptent par centaines : des gérants de fortunes et de fonds spéculatifs, des banques mais aussi des écoles, des universités et des oeuvres de charités. Dans son édition en ligne de dimanche, le Wall Street Journal mentionne plusieurs milliards de dollars de pertes pour des écoles juives et des oeuvres caritatives. Parmi elles, l'université de Yeshiva, la fondation pour l'humanité d'Elie Wiesel, l'écrivain rescapé de l'holocauste, ou encore la fondation Wunderkinder du réalisateur Steven Spielberg.

L'Europe n'est pas épargnée. En tête des victimes de celui que les marchés désignent comme "l'arnaqueur du XXIe siècle", figurent les banques espagnole Santander, avec une exposition de 2,33 milliards d'euros, et sino-britannique HSBC (750 millions d'euros). En France, deux banques surtout sont affectées : Natixis (450 millions d'euros), déjà affaiblie par la crise financière, et BNP Paribas (350 millions). En Grande-Bretagne, RBS et le fonds Man Group sont touchés, comme au Japon, la banque Nomura, chacun à hauteur de plusieurs centaines de millions d'euros. En Suisse, terre d'asile des grandes fortunes, l'exposition du secteur financier est estimée entre 6 et 13 milliards d'euros. Le plus touché est l'UBP qui "risquerait de perdre au moins 1 milliard", rapportent de bonnes sources.

Qui n'a pas investi dans Madoff Investment Securities ? "C'était magique", indique Alexandre Capez, trader chez Nomura à Londres, évoquant des promesses de rendement d'une régularité stupéfiante, de l'ordre de 7 % à 11 % par an...

Magique mais opaque ! Personne n'a su, ni pu percer les secrets de la technique de Bernard Madoff, qui entretenait le secret. "Il y avait deux camps, ceux qui se disaient "c'est trop beau pour être vrai" et ceux qui ne voulaient pas rater le coche. Moi-même j'ai été tenté d'investir mais le directeur de la banque a mis son veto", reconnaît Radan Statkow, du cabinet de gestion de grandes fortunes Bordier à Genève.

En 1999, Harry Markopolos, un concurrent de M. Madoff, a donné l'alerte. Incapable de répliquer les mêmes performances que son rival, il a envoyé un courrier à la SEC, le gendarme américain de la Bourse. "Madoff Securities est le plus gros schéma de Ponzi", y indiquait-il. LA SEC aura mené plusieurs enquêtes en 1992, 2001, 2005 et en 2007. Sans toutefois découvrir cette gigantesque escroquerie qu'a fini par dénoncer au FBI, jeudi, le fils de M. Madoff.

Claire Gatinois et Anne Michel


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