Suppression de la pub: Sarkozy a recopié le livre blanc de TF1 !

Télérama s'est procuré un document secret qui a fait beaucoup parler de lui ces derniers temps: le livre blanc de TF1, censé avoir inspiré Nicolas Sarkozy lorsqu'il a annoncé sa décision de supprimer la publicité sur l'audiovisuel public. TF1, n'a effectivement pas à se plaindre, les correspondances entre le livre blanc et le projet de loi sont troublantes.



Suppression de la pub: Sarkozy a recopié le livre blanc de TF1 !

 

Le Canard Enchaîné avait déjà évoqué ce fameux « livre blanc de TF1 » qui aurait fortement inspiré le président de la République au moment d’annoncer la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. De nombreux députés UMP, invités à la table de Nonce Paolini y ont également eu accès.

Télérama 
s’est procuré ce document d’une vingtaine de pages et en livre sur son site des extraits qui montrent les compétences, en matière de lobbying, des dirigeants de TF1. Troublant.

« Le financement du service public de l’audiovisuel devrait être clarifié. France Télévisions regroupe de nombreuses chaînes, dont trois réseaux nationaux hertziens analogiques et capte ses ressources à la fois par un financement public et par des recettes publicitaires. Ce groupe finance ses besoins à hauteur de deux tiers par des fonds publics (le Contrat d’objectifs et de moyens de France Télévisions prévoit d’ailleurs une augmentation de 3% en moyenne par an de la ressource publique affectée à France Télévisions, et de plus de 3,5% en 2008) et un tiers par des recettes publicitaires. Cette « ponction », très significative sur le marché publicitaire, est pourtant minoritaire pour les besoins de financement du groupe public.

Le financement public dont bénéficie France Télévisions lui permet ainsi de mener une véritable politique de dumping entraînant une pression artificielle à la baisse du coût des écrans publicitaires et tirant l’ensemble du marché publicitaire vers le bas. Ce mode de financement mixte se révèle donc dangereux pour l’ensemble des acteurs commerciaux de la télévision. Afin de remédier au sous-financement structurel de la télévision, il conviendrait de prendre exemple sur le modèle britannique :
celui d’un service public de l’audiovisuel fort, dont les missions sont clairement identifiées et qui est financé exclusivement par des fonds publics. Cette approche aurait le mérite d’assainir le marché publicitaire français soumis enfin aux seules lois de l’offre et de la demande. Toute augmentation de la redevance pourrait être perçue comme légitime par les Français si elle leur permet de bénéficier d’un réel service public émancipé des seules contraintes d’audience ».

TF1 fait ainsi clairement apparaître son point de vue : la présence d’écrans publicitaires sur le service public dessert « l’ensemble des acteurs commerciaux de la télévision » et se prononce pour un service public échappant complètement aux contraintes d'audiences. De quoi éliminer rapidement l'un de ses principaux concurrents.

TF1 veut relancer la croissance du pays...
Dans la suite du document, la chaîne du groupe Bouygues se prononce  pour une dérégulation du marché publicitaire de l’audiovisuel, à coups d’arguments qui laissent pantois : c’est pour relancer la croissance que TF1 appelle la France à s’aligner sur les règles européennes. Noble ambition…

« Pour accroître l’investissement publicitaire en télévision, les pouvoirs publics doivent impérativement desserrer une réglementation malthusienne de la ressource. La publicité télévisée est, en effet, un véritable levier de relance de la consommation et, par conséquent, de la croissance économique ; elle stimule la demande, encourage la concurrence et développe l’innovation. Il apparaît, dès lors, paradoxal que, dans le même temps, les pouvoirs publics se montrent soucieux de relancer la croissance de notre pays sans chercher, par ailleurs, à libéraliser ce vecteur. Dès lors et afin de relancer d’une part la croissance et, d’autre part, le développement de son marché audiovisuel, la France, dont la réglementation se situe largement au-delà des règles minimales fixées par la Commission européenne, devrait s’aligner sur les règles régissant les marchés de nos voisins européens en adoptant les dispositions de cette directive ».

Du copier-coller ou presque...
TF1 fait alors une série de propositions :

- Le déplafonnement quotidien des 144 minutes afin de s’aligner sur le plafond européen de 12 minutes en moyenne par heure;

- Le passage de l’heure glissante à l’heure d’horloge : l’heure glissante est en effet une spécificité française en Europe qui complexifie la gestion de l’antenne;

- L’autorisation d’une seconde coupure publicitaire dans les œuvres, permettant notamment d’optimiser l’investissement dans les œuvres de 90 minutes, qui demeurent un genre apprécié du public mais extrêmement lourd à financer;

- Une libéralisation totale de l’accès du secteur de la distribution à la publicité;

- Un allègement des règles de parrainage (...)

Le recoupement réalisé par Télérama dit combien Sarkozy et les députés UMP ont été passionnés par cette exigeante littérature. TF1 n’aura pas eu à se plaindre, le gouvernement a décidé pour 2009 :

-Le déplafonnement de la publicité sur les chaînes privées en la portant de six à neuf minutes en moyenne par heure;

-Le passage de l’heure glissante à l’heure d’horloge;

-L’autorisation d’une seconde coupure publicitaire dans les films et téléfilms.

Il n’a pas libéralisé totalement l’accès du secteur de la distribution à la publicité, qui aurait déstabilisé encore plus la presse quotidienne, mais autorisé le placement de produits. Une forme de publicité déguisée et encore plus pernicieuse. Bel effort pour un projet qui visait à la suppression de la publicité.


Jeudi 11 Décembre 2008 - 13:47

Régis Soubrouillard


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