La «Gauche moderne» de Bockel cherche sa place

Le parti à la gauche de la droite organise ce week-end son congrès fondateur. Mais la formation peine à faire entendre sa voix social-libérale dans la majorité.

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LAURE EQUY

Jean-Marie Bockel à Paris, le 24 juillet.

Jean-Marie Bockel à Paris, le 24 juillet. (Reuters)

    En pèlerin de l’ouverture, Jean-Marie Bockel veut tenter une nouvelle percée à la gauche de la droite. Son parti, Gauche moderne, qui revendique mille adhérents roulant pour Nicolas Sarkozy «en conservant leurs valeurs de gauche», tient son congrès fondateur, ce week-end à Suresnes (Hauts-de-Seine). Un an après sa création. Non content d’avoir conquis une brochette de transfuges, le président de la République encourageait alors chaudement les initiatives visant à exploiter son filon.

    Son ralliement, juge le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, «n’avait un sens qu’en étant accompagné d’une démarche collective, organisée». Mais la formation de l’ex-blairiste du PS peine à faire entendre sa partition social-libérale dans la polyphonie des composantes de la majorité. «L’apport est encore modeste mais on ne prétendait pas autre chose», avoue un proche.

    Lancé pour promouvoir les réformes «que la gauche n’a pas su faire», Gauche moderne a buté contre une série d’obstacles. La cote de popularité du chef de l’Etat, en chute libre dès décembre, l’a d’abord privé d’un précieux argument de vente. Puis, le score des municipales a déçu: une centaine d’élus et la mairie de Mulhouse conservée de justesse par Bockel.

    «On n’était pas prêts, on existait à peine. Après les municipales, on a été un peu neutralisés», confie Serge Federbusch, animateur de la fédération de Paris. «Faire plus aurait été mission impossible», justifie un proche de Bockel. Après le scrutin de mars, le secrétaire d’Etat demande confirmation à Sarkozy de la pertinence de ses offres de service. Et convoque une Journée nationale à Paris, après trois mois de stand-by.

    L’idée de fédérer un pôle de gauche de la majorité n’a, par ailleurs, jamais pris, les autres ministres d’ouverture ne voulant pas rempiler pour un nouveau parti. Eric Besson, lui, «n’était pas dans une logique de parti mais de cercle de réflexion», avance l’entourage de Bockel, ne voyant «aucune rivalité mais une complémentarité». Fondateur du club Les Progressistes, «juridiquement un parti» qu’il préfère nommer «mouvement», le secrétaire d’Etat à la Prospective ne veut pas «faire de benchmarking: le jeu des médias a été de tenter de nous opposer ce qui n’a pas de raison d’être».

    Mais Bockel sent le vent tourner: «La diabolisation du Président s’est atténuée, surtout depuis la crise financière, et l’idée de réformer le pays en sortant du choc frontal droite-gauche» fait son chemin. Surtout, la «tragédie grecque» jouée par ses ex-camarades socialistes, «plombés par leur manque d’audace», conforte, selon lui, son analyse. Il y voit, «sans [s’en] réjouir», une «opportunité: Il y a un engouement des sympathisants PS qui, déjà avant le congrès de Reims, n’en pouvaient plus des querelles et de l’incapacité du parti à se rénover.»

    Des déçus qu’il espère capter aux régionales de 2010. Et le secrétaire d’Etat assure avoir toujours le soutien de l’exécutif. Il dit parler à l’oreille du Président, chaque mardi au petit-déjeuner de la majorité. L’occasion d’avancer ses propositions comme la flexisécurité ou la création d’un impôt uniforme, la flat-tax. «Nous sommes des alliés libres, balance-t-il. Si la majorité se droitise ou prend des positions conservatrices, on peut partir.»

    Pour l’heure, Bockel garde son comité de soutien gouvernemental. Si les ministres d’ouverture ne sont pas au menu du week-end - Fadela Amara sera représentée par un conseiller et Besson, en déplacement à Vienne, est excusé -, François Fillon, Rama Yade, Brice Hortefeux, Roger Karoutchi, Yves Jego et le conseiller spécial de Sarkozy, Henri Guaino feront notamment le déplacement.

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