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Un préfet noir, belle opportunité ou "petit coup spectaculaire" ?

                               

      


   

Pierre N'Gahane, préfet des Alpes de Haute-Provence (Rémi Leroux/Rue89)

Pierre N'Gahane a-t-il bénéficié d'un effet Obama? Pierre N'Gahane est-il une exception française? Un symbole? Pourquoi n'y a-t-il pas plus de Pierre N'Gahane en France?

Ce mercredi, le premier préfet noir de la République s'est plié au jeu des questions des nombreux journalistes présents dans les salons de la préfecture des Bouches-du-Rhône. Nommé préfet des Alpes de Haute-Provence en Conseil des ministres le matin, Pierre N'Gahane occupait depuis un an et demi les fonctions de préfet délégué à l'Egalité des chances à la préfecture de région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Il l'assure: sa nomination ne doit rien à l'Obamania ambiante. Ce que la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, avait déjà affirmé un peu plus tôt, rappelant qu'il s'agissait avant tout de "la reconnaissance des qualités d'un homme qui exerçait déjà les fonctions de préfet".

"Ma nomination était dans les tuyaux depuis quelques temps"

Cette promotion, explique Pierre N'Gahane, était "dans les tuyaux depuis quelques temps" et il s'agit d'un simple "hasard de calendrier dont il faut se réjouir".(Voir la vidéo)


Comme un fait exprès, en début de semaine, Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires (Cran), était reçu par le président de la République pour faire entendre ses arguments en faveur de la discrimination positive.

"Le pur produit de la méritocratie républicaine"

Il expliquait toute l'importance que les hommes politiques français se saisissent de l'élection de Barack Obama pour enfin "passer aux actes":

"La société française a fait des progrès mais ils ne sont pas assez importants par rapport aux défis qu'il fallait relever. Elle pourrait s'inspirer de ce qu'a fait la société américaine. C'est un chemin extraordinaire alors qu'il y a quarante ans les Noirs n'avaient pas le droit de vote!"

Pour Patrick Lozès, la nomination de Pierre N'Gahane est "de l'ordre du symbole, important, un signe donné par le président de la République mais un signe qui ne suffit pas":

"Il ne faut pas négliger la force symbolique de cette décision. Elle donne un horizon aux plus jeunes. On est aussi en train de dire à ceux qui sont les plus doués que les discriminations n'entraveront plus leur marche en avant."

Pierre N'Gahane est, insiste-t-il, "le pur produit de la méritocratie républicaine, qu'il faut saluer". Un argument qui fait s'étrangler Samuel Thomas, le vice-président de SOS Racisme, rarement sur la même longueur d'ondes que le représentant du Cran:

"On ne résoudra rien des problèmes de discriminations dans ce pays avec une politique spectacle. Présenter ce nouveau préfet comme étant le quota de noir de l'Etat français, c'est prendre le risque de le sacrifier, de lui faire porter une pression énorme, comme ce fut le cas pour Aïssa Dermouche."

Samuel Thomas met en opposition le ramdam médiatique autour du préfet N'Gahane et "la politique de discrimination d'Etat" menée notamment à l'encontre des sans-papiers:

"Comment un Etat peut-il justifier deux positions aussi radicalement opposées? Tout un coup, on va nous faire croire que la France est devenue anti-raciste parce qu'un préfet noir a été promu... C'est un petit coup spectaculaire, ce n'est en rien une rupture."

"Je ne suis pas une caution du gouvernement"

Faut-il alors voir dans la promotion de Pierre N'Gahane le signe d'un passage à l'acte sincère des politiques ou un nouveau coup de com' opportuniste de Sarkozy?

Pierre N'Gahane, lui, refuse qu'on le considère comme la "caution du gouvernement" et préfère insister sur son parcours, ses compétences. A ses yeux, il s'agit moins d'incarner cette "diversité" que d'accompagner "une évolution de la société qui va dans le sens de l'histoire":

"L'histoire de l'immigration en France s'est faite par couches successives. L'intégration des populations qui venaient d'autres pays d'Europe n'était pas acquise. Aujourd'hui cela évolue très positivement et quelques-uns ont déjà presque fini le parcours".(Voir la vidéo)


Très républicain dans sa conception d'une intégration "à la française", Pierre N'Gahane avait répondu sur ce thème à Rue89, au printemps dernier.

La notion de "parcours", de "cheminement" pour s'intégrer "à la communauté nationale" est revenue souvent dans son discours. (Ecouter le son)


Né au Congo-Brazaville d'un père camerounais contrôleur des impôts, Pierre N'Gahane est arrivé en France à l'âge de 20 ans. Il a notamment été doyen de la faculté libre des sciences économiques de Lille à l'âge de 33 ans. Pas prédestiné à embrasser une carrière dans le corps préfectoral, il a finalement accepté il y a un an et demi ce poste de préfet délégué à l'Egalité des chances à Marseille.

Une fonction qu'il a occupée pleinement, très "visible" sur le terrain, dans les quartiers marseillais notamment. Le 24 octobre dernier encore, il lançait le Club diversité, dont l’objectif est de favoriser l’implication de la société civile de la région Provence Alpes Côte d’Azur sur ce thème.

Dans une interview accordée au Figaro Magazine à paraître, Pierre N'Gahane estime "gênante" la notion de quotas. "Il faut d'abord privilégier la compétence des personnes", dit-il.

En juin, celui qui était encore préfet délégué à l'Egalité des chances nous avait cependant expliqué que "d'autres pays pratiquent cette politique (des quotas) sans que cela provoque autant d'émotion qu'en France". (Ecouter le son)


Nous l'avions par ailleurs interrogé sur sa vision de la politique d'expulsion massive conduite par le gouvernement alors que lui-même accueillait ce jour-là en Préfecture des personnes à qui il allait remettre leur certificat de naturalisation française:

"Vous devenez, leur avait-il expliqué, au même titre que les autres citoyens, dépositaires d'un précieux héritage, celui de la Nation. Et de son côté, la France est heureuse de vous accueillir en son sein."

Pierre N'Gahane avait ensuite mis en balance le nombre de naturalisations et d'expulsions dans les Bouches-du-Rhône, révélant les contradictions de l'administration. (Ecouter le son)


Photo: Pierre N'Gahane, préfet des Alpes de Haute-Provence (Rémi Leroux/Rue89)



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