Très sollicitée pour aider l'économie, la Caisse des dépôts est face à des choix stratégiques

   Plus de 33 milliards d'euros ! La somme des aides que doit apporter la Caisse des dépôts et consignations (CDC) à l'économie française, à la demande de l'Etat, a atteint des montants astronomiques ces derniers jours.       

REUTERS/© Russell Boyce / Reuters

Plus de 33 milliards d'euros ! La somme des aides que doit apporter la Caisse des dépôts et consignations (CDC) à l'économie française, à la demande de l'Etat, a atteint des montants astronomiques ces derniers jours.

   

Plus de 33 milliards d'euros ! La somme des aides que doit apporter la Caisse des dépôts et consignations (CDC) à l'économie française, à la demande de l'Etat, a atteint des montants astronomiques ces derniers jours. A tel point qu'une réunion était convoquée au pied levé, vendredi 24 octobre, à la CDC, pour vérifier l'addition et surtout, en étudier les implications financières.

De la mise à disposition de liquidités pour les PME, les banques et les collectivités locales, jusqu'à l'injection de capital dans le "Fonds stratégique d'investissement" annoncé jeudi par le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, pour protéger les entreprises françaises, la CDC se trouve à chaque fois sollicitée. Elle devra, pour satisfaire ces nouveaux besoins, puiser sur ses ressources disponibles, sur ses capitaux, ou bien encore... s'endetter.

La mise à contribution de la CDC a pour effet de conforter sa place dans l'économie. L'institution financière créée il y a deux siècles s'impose désormais comme le deuxième soutien public à une économie en crise, après l'Etat. Ce fut déjà le cas par le passé, lorsque la CDC soutint la finance et l'industrie après la crise de 1929 ou lorsqu'elle finança l'effort de reconstruction de l'après-guerre.

Mais cette fois, l'intervention de la CDC soulève des questions délicates, que le gouvernement s'efforcera d'examiner de près. Sur le plan juridique, tout d'abord, Bercy devra s'assurer que l'aide de l'institution à l'économie est conforme au droit européen. Pour la première fois, en effet, l'Etat tente de "débudgétiser" une partie de sa dette en passant par la CDC. Et il n'est pas sûr que la Commission européenne n'y trouve à redire, en demandant à ce que soit qualifiée en dette publique la dette future de la CDC. D'un point de vue strictement juridique, l'institution est, en tant que société autonome de droit public, un démembrement de l'Etat.

Sur le plan économique, ensuite, l'effort demandé à la CDC aura des conséquences sur sa politique d'investissement. Ayant des ressources limitées, l'entreprise dotée de 20 milliards d'euros de fonds propres devra faire des choix stratégiques, pour remplir ses nouvelles missions.

 

"ON REMET TOUT EN CAUSE"

 

D'autant que ses propres profits de 2008 seront affectés par la crise financière. La baisse de la Bourse va, en effet, priver le groupe des plus-values sur son portefeuille de participations cotées, qui gonflent habituellement son résultat. En fonction de l'évolution des cours de Bourse, ses bénéfices pourraient s'établir entre 600 millions et 2,5 milliards d'euros. Quel qu'en soit le montant, la CDC devra verser un dividende d'au moins 550 millions d'euros à l'Etat - lié à son monopole sur la collecte des dépôts des notaires.

Daniel Lebègue, qui fut directeur général de la CDC entre 1997 et 2002, met en garde contre des choix dangereux : "Attention à ne pas immobiliser à l'excès le bilan de la CDC pour ne pas réduire ses marges de manoeuvre. Il ne faudrait pas non plus dégrader la qualité de ses actifs par des investissements dans des entreprises malades ou des secteurs risqués. Il en va de sa solidité financière et de sa réputation."

De leur côté, les syndicats tirent la sonnette d'alarme : "L'épargne de la CDC est censée être mobilisée pour financer l'intérêt général, notamment le logement social. On remet tout en cause, pour, en plus, faire courir des risques à la CDC !", souligne Jean-Philippe Gasparotto (CGT). Les syndicats s'inquiètent de voir la CDC "aux ordres de l'exécutif", comme si elle était une administration d'Etat, quand la loi la place sous le contrôle du Parlement.

Augustin de Romanet, l'actuel directeur général de la CDC, balaie les critiques : "La crise a montré que la liquidité était le bien le plus précieux et nous sommes la seule structure qui, grâce à sa mission de centralisation de l'épargne réglementée, dispose d'une liquidité abondante, explique-t-il. Nous allons gérer nos nouvelles missions au mieux des intérêts publics, celui de l'Etat et le nôtre. En gagnant de l'argent !"

Anne Michel



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