Pères au foyer

Un papa sur six prend au moins deux mois de congé pour s’occuper de son bébé. Selon les statistiques allemandes, l’introduction en 2006 du congé parental a grandement encouragé les nouveaux pères à assumer davantage de tâches éducatives. (photo: Keystone)

COUPLE. En Allemagne, toujours plus de pères décident de réduire leur temps de travail pour mieux élever leurs enfants.


Yves Petignat, Berlin
Lundi 8 septembre 2008



Volker Ratzmann, 48 ans, aurait pu devenir coprésident des Verts allemands. Mais le président du groupe parlementaire des «Grünen» au parlement régional de Berlin vient de retirer sa candidature contre le député vert au Parlement européen Cem Özdemir. «Pour des raisons très privées et personnelles.»

Sa compagne, la députée fédérale Kerstin Adreae, porte-parole des Verts pour la politique économique, devrait accoucher en mars. Or elle était pressentie pour être tête de liste de son parti dans le Bade-Wurtemberg pour les élections de l'automne 2009. Volker Ratzmann s'est donc effacé devant la carrière de sa compagne, qu'il juge prioritaire. «Je ne vois pas que le travail d'une députée au Bundestag et d'un président du parti soit compatible avec l'éducation d'un enfant». Il a décidé de se consacrer en priorité à son futur enfant.

De plus en plus de futurs pères ne veulent plus être pour leur enfant un «Grüss Gott Onkel» - un «bonjour mon oncle». Ils considèrent que leur carrière passe après l'équilibre familial. La ministre de la Famille Ursula von der Leyen, qui a fait du «développement du rôle du père» un des axes forts de sa politique, parle même «des nouveaux pères qui sont en train de changer l'image du patriarche chef de famille allemand».

L'expression «nouveaux pères allemands» est devenue un refrain à la mode dans les rubriques «Education» et «Société» des médias. Il est vrai que les «nouveaux pères» étaient déjà à la une des magazines dans les années 1980 et sont en passe d'être grands-pères. Alexandre Vialatte aurait dit que «les nouveaux pères remontent à la nuit des temps».

En aurait-on fini avec cette Allemagne conservatrice qui condamnait la mère de famille «aux enfants, à la cuisine et à l'église», le fameux «Kinder Küche Kirche», qui qualifiait de «Rabenmutter» - mères corbeaux - celles qui déposaient leur enfant à la crèche? «Les femmes veulent pouvoir conjuguer famille et profession. Pour cela, elles souhaitent un partenaire qui puisse assumer des responsabilités dans les deux domaines», affirme Ursula von der Leyen.

Selon les dernières statistiques, l'introduction en 2006 du congé parental a grandement encouragé les nouveaux pères à assumer davantage de tâches éducatives et du coup modifié l'image de la famille allemande. Le salaire parental, entre 300 euros et 1800 euros sur une durée de douze mois en principe, est rallongé de deux mois si les deux parents prennent congé en alternance. Désormais un papa sur six prend au moins deux mois de congé pour s'occuper du nouveau-né. Et la tendance est croissante. Deux tiers des Allemands pensent que c'est une bonne chose que le père change les couches et chauffe les biberons pendant que sa compagne reprend son emploi.

Christian, la trentaine, employé dans le secteur de la finance, vient de prendre un congé de plus de six mois pour s'occuper de ses jumeaux. «Avant de demander mon congé, j'avais peur de la réaction de mes employeurs, dit-il. Il y a quelques années, le congé parental était peu fréquent dans la boîte. Mais j'ai été étonné de leur compréhension. Dans notre répartition des rôles familiaux, cela n'a pas changé grand-chose avec ma femme, car nous étions déjà très complémentaires pour tout ce qui concerne les tâches ménagères.»

En 2006, toutes nos amies berlinoises «craquaient» dans le métro pour la grande affiche du père de famille assoupi, enlaçant son fils qui se penchait sur son visage. «Kinder kriegen aktive Väter» - les enfants reçoivent des pères actifs - proclamait la campagne médiatique du Ministère de la famille.

Dans une étude intitulée précisément «Les nouveaux pères», les chercheurs de Francfort Hans-Walter Gumbinger et Andrea Bambey relevaient que «l'image du rôle des hommes a radicalement changé en Allemagne durant la dernière décennie», même si ce n'est pas toujours dans un sens positif. Il ne se trouvait plus que 18% des hommes interrogés pour estimer qu'il n'y avait rien à changer à la répartition séculaire des rôles, ou 10% regrettant que leur compagne refuse qu'ils se mêlent des tâches d'éducation. Mais entre les «responsables de façade», qui veulent tout partager mais se trouvent vite débordés, et les «égalitaires» qui ont de bons sentiments mais retombent dans les clichés, l'étude mettait surtout en avant la grande angoisse des pères devant leur nouveau rôle. Près de 40% estimaient avoir échoué ou du moins ne pas être parvenu à exercer leur paternité comme ils l'auraient souhaité.

Pourtant, première conséquence du changement de mentalité, l'Allemagne est plus chaleureuse pour les familles. Les naissances ont un tout petit peu augmenté l'an dernier (+1%), même si, avec 1,37 enfant par femme, le taux de natalité reste l'un des plus faibles d'Europe.

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