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Cancers et alimentation : « 21 pesticides par assiette »

Annie Sasco est responsable de l’équipe épidémiologie pour la prévention du cancer à l’Université Victor Segalen Bordeaux 2.DR

Chaque assiette contient en moyenne, 21 pesticides. Quels impacts ces résidus polluants ont-ils sur la santé ? Quelle alimentation est-il préférable d’adopter pour rester en forme ? Annie Sasco, médecin épidémiologiste nous répond.

 

Quel est l’état des connaissances actuelles concernant le lien entre l’alimentation et les risques de cancer ?
De nombreuses études réalisées au cours de ces 25 dernières années ont permis de montrer qu’une alimentation riche en graisses, notamment en graisses saturées d’origine animale, augmente les risques de cancers (surtout les cancers digestifs et hormono-dépendants : cancer du sein chez la femme, de la prostate chez l’homme) tandis qu’une alimentation riche en fruits et légumes diminue ces risques.
Ce qui me gêne c’est qu’aucune de ces études ne prend en compte la question de la contamination éventuelle de l’alimentation par des cancérogènes. Cette dimension est totalement ignorée, voire réfutée et ce même par de grands noms de la nutrition et de l’épidémiologie du cancer et alimentation.
Ainsi à l’heure actuelle, on ne connaît pas les effets des résidus de pesticides ou autres, contenus dans les aliments, sur la santé humaine. Même s’il existe des teneurs limites, ces teneurs ne sont pas calculées en prenant en compte le fait que chaque individu est exposé, tous les jours, à d’autres polluants.
Ainsi l’accumulation de ces composés potentiellement perturbateurs peut faire varier les risques d’augmentation de cancer selon la sensibilité et l’âge de chacun (les fœtus et les enfants sont plus particulièrement fragiles).

Vous avez participé à une expertise européenne sur les risques pour la santé humaine de la consommation de « viande aux hormones », que révèlent les résultats ?
La question qui est posée est celle de savoir si consommer de la viande qui provient d’animaux pour l’élevage desquels des promotteurs de croissance (hormones naturelles (oestradiol, testostérone, progestérone) ou synthétiques) est associé à un risque augmenté de cancer, troubles de la pubeté et de la reproduction ou autres effets néfastes.
Il est très difficile de démontrer de façon absolument indéniable que les personnes qui mangent plus de « viande aux hormones » ont davantage de risque que les autres de développer un cancer, car la maladie est favorisée par de multiples facteurs. Toutefois, nous savons aujourd’hui que la plupart des hormones contenues dans la viande, le lait ou celles qui sont ajoutées pour que les bêtes grossissent plus rapidement, peuvent être considérées comme des cancérogènes.
Or, même s’il n’existe pas de preuve absolue de risque, cet apport supplémentaire en hormone peut potentiellement avoir un impact, notamment chez les enfants prépubères ou pubères.
Aussi, il a été calculé qu’en moyenne, chaque repas consommé en France contenait 21 pesticides. Certes ce sont des résidus, et leurs teneurs sont limitées, mais entre l’adjonction des hormones, des pesticides, des agents de texture et de saveur, les conservateurs…il est aujourd’hui nécessaire de faire attention à ce que l’on mange.

Quel mode d’alimentation préconisez-vous pour rester en bonne santé ?
Je suis d’accord avec les recommandations du Plan national nutrition santé (PNNS) : manger cinq fruits et légumes par jour, réduire le sel, l’alcool, les produits riches en graisses.
Par ailleurs, manger des légumes « bio » permettrait bien sûr de diminuer le nombre de pesticides dans notre assiette, mais actuellement ces produits sont plus chers que les autres et je trouve cela inacceptable.
J’encourage donc les politiques ou les organisations, telles que l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à être plus stricts au niveau réglementaire et à demander aux industriels et aux agriculteurs de substituer, dans la mesure du possible, toutes les substances potentiellement toxiques par des produits sains, en particulier utilisant moins de pesticide.
Je ne vois pas pourquoi la France aurait besoin d’utiliser plus de pesticides que les autres pays et donc je pense qu’une bonne partie de ces produits pourrait donc être supprimée.

Anna Musso

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