10 juin 2008
Sarkozy promet de réformer l'Allocation adulte handicapé
EMPLOI
Sarkozy promet de réformer l'Allocation adulte handicapé
NOUVELOBS.COM | 10.06.2008 | 12:34
"Attribuée parfois de manière arbitraire", l'AAH doit devenir "un tremplin pour les personnes handicapées qui peuvent travailler", a annoncé Nicolas Sarkozy à l'ouverture de la Conférence nationale sur le handicap. Le chef de l'Etat a également promis la construction de 50.000 places en cinq ans pour recevoir les handicapés.

(Sipa)
A l'ouverture de la conférence nationale sur le handicap mardi 10 juin à Paris Nicolas Sarkozy a annoncé une réforme de l'Allocation adulte handicapé (AAH). Le chef de l'Etat a jugé qu'elle était "attribuée parfois de manière arbitraire" et "inadaptée" à ceux qui peuvent travailler.
Tremplin
Selon le président de la République, l'AAH doit devenir "un tremplin pour les personnes handicapées qui peuvent travailler".
"Je souhaite, a-t-il dit, que toute demande de perception de l'AAH soit
l'occasion pour la personne concernée de bénéficier d'un examen non
plus seulement de ses incapacités, mais aussi de ses capacités, et donc
de son employabilité".
La personne reconnue capable de travailler "bénéficiera automatiquement
de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé" et aura
ainsi accès aux "aides nécessaires à son insertion professionnelle".
Barème "refondu" et "reprécisé"
Par ailleurs, le chef de l'Etat a annoncé que le barème sera "refondu"
et "précisé", pour rendre l'AAH "plus homogène sur le territoire" mais
aussi pour mieux distinguer "ceux qui peuvent travailler et ceux qui en
sont incapables sans mettre en danger leur santé", ces derniers devant
bénéficier "en priorité" de l'allocation.
L'AAH enfin "sera désormais ajustée chaque trimestre, au vu des revenus
des trois mois précédents", et non plus "une fois par an et selon les
revenus perçus deux années auparavant", un décalage, souligne Nicolas
Sarkozy, qui "crée des situations incompréhensibles pour la personne
qui peut voir son allocation brutalement réduite, alors même qu'elle
vient de perdre son emploi".
Nicolas Sarkozy a par ailleurs demandé aux ministres en charge du
handicap, Valérie Létard et Xavier Bertrand, de "poursuivre la
concertation" pour que la réforme de l'AAH soit inscrite dans la
prochaine loi de finances.
A l'heure actuelle, l'AAH, dont le montant maximum est de 628,10 euros,
est perçue par quelque 810.000 personnes handicapées. Parmi elles,
270.000 sont reconnus aptes à travailler.
50.000 places nouvelles
Nicolas Sarkozy, a également annoncé la création, sur cinq ans, de "50.000 place nouvelles" pour les handicapés.
Relevant qu'"actuellement, il y a 15.000 enfants et 12.000 adultes sur
des listes d'attente", et que "des familles sont obligées d'aller
(trouver des places d'accueil) en Belgique", le chef de l'Etat a
dénoncé un "scandale". Le gouvernement va mener "un plan de création de
places. En cinq ans, on va construire 50.000 places nouvelles", a-t-il
poursuivi.
"Ces 50.000 places sont un effort indispensable pour ne plus laisser
les parents dans la crainte de mourir", sans savoir ce que deviendront
leurs enfants handicapés, a estimé Nicolas Sarkozy.
Pour les plus lourdement handicapés
Ce plan devra également s'adresser aux adultes les plus lourdement
handicapés. "Je tiens particulièrement à ce qu'un grand nombre de
places d'accueil (soient consacrées) aux pathologies lourdes", a-t-il
souligné.
Un plan triennal 2005/2007 a permis de financer 21.900 places d'accueil
supplémentaires. Fin 2007, la France comptait 171.000 places en
établissements et services pour personnes handicapées et 113.000 places
en Etablissements et service d'aide par le travail (ESAT).
"Le discours actuel marginalise les personnes"
Avant même l'ouverture de la Conférence, les associations avaient
rappelé au gouvernement leurs priorités : ne plus vivre au-dessous du
seuil de pauvreté parce qu'on est handicapé, pouvoir accéder à l'emploi
quand on en a les capacités.
A l'heure du "travailler plus pour gagner plus" et de l'accent mis sur
la valeur travail, les handicapés soulignent que beaucoup d'entre eux
ne peuvent pas travailler, quand d'autres, reconnus aptes, ne
parviennent cependant pas à trouver un emploi.
"Le discours actuel marginalise les personnes en situation de handicap
ou de maladie invalidante, dont la seule perspective est de vivre sous
le seuil de pauvreté", fait remarquer l'APF (Association des paralysés
de France).
L'association souligne que l'incitation à travailler est faible quand
on voit le montant de son allocation (AAH) réduit à la reprise d'un
travail, certains handicapés ne touchant pas plus en travaillant,
notamment en ESAT (établissement d'aide par le travail).
L'AAH sera revalorisé de 3,9% au 1er septembre et gagnera sur 5 ans
25%, comme promis par le président de la République, mais le montant
reste insuffisant, précisent les associations.
D'autant que les ressources du conjoint sont prises en compte pour
déterminer son montant, et qu'un délai d'inactivité professionnelle
d'un an est prévu pour en bénéficier, une désincitation à reprendre un
emploi.
De nombreux obstacles à l'emploi
Parmi les bénéficiaires de l'AAH, 270.000 sont reconnus aptes à
travailler, dont 160.000 seulement cumulent salaire et prestation.
Les obstacles à l'emploi sont nombreux : les travailleurs handicapés,
dont le taux de chômage (20%) a baissé mais reste plus du double de la
moyenne nationale, sont plus âgés que la moyenne (31% ont plus de 50
ans contre 16%) et ils ont un moins bon niveau de formation.
Seuls 19% ont au moins le niveau de bac contre 40% pour l'ensemble des publics.
Selon une étude réalisée à la demande d'Arpejeh, association créée par
plusieurs entreprises (SFR, Air France, LVMH, l'Oreal ...) pour
soutenir les projets d'études de jeunes handicapés, "il n'y a pas
égalité des chances entre élèves handicapés et non handicapés".
En 2006/2007, 69% des jeunes handicapés étaient en primaire. Ils ne
sont plus que 27% dans le secondaire et seulement 4% en études
supérieures, et cette déperdition n'est pas seulement due au handicap,
précise l'étude de TH Conseil, mais surtout "à des obstacles sociaux et
culturels".
Mais l'obstacle le plus important vient de l'entreprise elle-même. Plus
de 20% des 100.000 entreprises d'au moins 20 salariés concernées par
l'obligation d'employer au moins 6% de travailleurs handicapés, n'en
compte aucun et préfère payer des pénalités. Le taux en 2006, était de
4,4% dans le privé et 3,5% dans la fonction publique.
Privées ou publiques, les entreprises peuvent s'exonérer aussi en
s'engageant à des aménagements, ou en sous-traitant avec des ESAT, mais
ces "arrangements" se multiplient, note la Fnath (accidentés de la
vie), sans "contrôle suffisant".
Actuellement, 725.000 personnes handicapées occupent un emploi.
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