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29 mai 2008

Les revenus des patrons du CAC 40 ont bondi de 58% en 2007

Révélations

Les revenus des patrons du CAC 40 ont bondi de 58% en 2007

Franck Dedieu - 27/05/2008 18:26 - L'Expansion.com

En cumulant fixe, bonus, stock-options, dividendes et jetons de présence, les émoluments des PDG du CAC ont encore battu des records, malgré les aléas de la Bourse. L'Expansion lève le voile sur les 5 leviers des patrons pour gagner plus.

DOSSIER

Revenus des patrons en 2007: + 58%

Attention, les rémunérations ici révélées sont susceptibles de heurter la sensibilité d’un public non averti. Les revenus encaissés en 2007 par les patrons des 40 plus grandes entreprises françaises ont augmenté… de 58 %. Une hausse ébouriffante, indécente pour certains, obtenue par l’addition de toutes leurs rémunérations.

Pour la première fois, L’Expansion a cumulé le salaire de base, le bonus, le gain encaissé sur les stock-options, les dividendes perçus et même les jetons de présence dans les autres grands conseils d’administration. En bas de cette longue colonne de chiffres, un total record pour les 40 patrons : 161 millions d’euros en 2007, contre 102 millions en 2006. Le gain moyen par tête atteint 4 millions et provient pour une part des profits réalisés en levant leurs stock-options. Les trois premiers du CAC 40 en ont tiré l’essentiel de leurs revenus en 2007 : Pierre Verluca (Vallourec) avec 18 millions d’euros, Gérard Mestrallet (Suez) avec 15 millions et Xavier Huillard (Vinci) avec 13 millions.

Des gains à faire hurler les salariés à la fiche de paie désespérément stable et au pouvoir d’achat en berne. Les patrons eux-mêmes risquent bien d’être embarrassés. A commencer par le premier d’entre eux, Laurence Parisot, qui à chaque excès prêche « la modération ». Trouble également probable chez les politiques de tous bords, condamnés à empiler les lois pour encadrer les salaires des patrons, apparemment sans succès.

Les raisons de la hausse des revenus des patrons sont pourtant connues et mécaniques. D’abord, les cours de Bourse ont été très élevés au premier semestre 2007, ce qui a fait grimper la valeur des stock-options. Mais, surtout, « le système fonctionne selon l’échelle de perroquet, décrypte Daniel Lebègue, président de l’Institut français des administrateurs. La transparence des salaires permet aux patrons de se caler progressivement sur les mieux dotés. Par ce jeu de contagion, les salaires augmentent. » Entre les salaires, les bonus, les stocks, les dividendes et les jetons de présence, chacun y va de son astuce pour gonfler ses gains. Revue de détail.

Salaire de base : + 5 %

Mieux que l’indice des prix. C’est un peu le salaire minimum des patrons. Que les profits soient remarquables ou les pertes abyssales, il tombe chaque mois. Les managers parlent d’ailleurs de rémunération… fixe. Un terme de moins en moins exact pour les grands patrons du CAC 40. Car cette forme de rétribution a augmenté en moyenne de 5 % en 2007. Certains d’entre eux se sont en plus offert des progressions à deux chiffres. C’est le cas de Guillaume Poitrinal, le patron de la société immobilière Unibail-Rodamco (+ 46 %), ou de Patricia Russo, la directrice générale d’Alcatel (+ 26 %), groupe dont les résultats évoluent pourtant plutôt dans l’autre sens (443 millions de pertes). Les jeunes promus du CAC 40 n’ont pas eu à se plaindre non plus l’année dernière : 36% supplémentaires pour Gérard Le Fur, devenu patron de Sanofi-Aventis le 1er janvier 2007, et 17 % de plus pour Jean-Pascal Tricoire, successeur d’Henri Lachmann à la tête de Schneider.

« Cette rémunération fixe représente les qualités intrinsèques du patron, sa valeur sur le papier avant prise en compte de sa performance », précise Pierre Bilger, l’ancien patron d’Alstom, devenu célèbre pour avoir rendu les 4 millions d’euros d’indemnités versés lors de son départ. Les disparités salariales traduiraient alors des différences de compétences. Un raisonnement gratifiant pour Jean-Paul Agon à L’Oréal, bénéficiaire d’un salaire annuel de 2 millions d’euros. Une logique offensante pour Jean-François Cirelli, lanterne rouge du CAC, rémunéré par Gaz de France 327 000 eu­ros par an seulement. Vaut-il vraiment six fois moins que son confrère ? « Ces différences ­tiennent en fait à l’histoire des groupes. Lindsay Owen-Jones, le prédécesseur de Jean-Paul Agon, percevait un fixe de 3,75 millions d’euros. Beaucoup moins bien rémunérer son remplaçant constituerait un camouflet, susceptible de distiller chez les actionnaires le doute sur ses capacités à faire aussi bien », explique un consultant en rémunération.

La question du salaire de base jette une lumière crue sur les inégalités dans le CAC 40, mais elle peut aussi semer la zizanie au sein des sociétés. « La garde rapprochée du patron peut se sentir maltraitée. Le n° 1 de la société ne devrait pas gagner 30 à 50 % de plus que le n° 2 », poursuit Pierre Bilger, attentif à la paix des ménages. Chez BNP Paribas, Baudouin Prot gagne 900 000 euros, soit près de deux fois la paie de Jean Clamon, son directeur général délégué. Un entretien de fin d’année animé en perspective !



Dans le groupe hôtelier Accor, Gilles Pélisson a reçu une prime exceptionnelle de 100 000 euros pour récompenser sa politique de cession d’actifs. Comme si la gestion des participations ne faisait pas partie du job normal d’un patron de multinationale ! Mieux, après la conquête du néerlandais Rodamco, le directeur général d’Unibail, Guillaume Poitrinal, s’octroie en guise de récompense un bonus en hausse de 143 % quand les résultats affichent un taux de progression presque dix fois inférieur (15,4 %). « Un rattrapage », précise en substance la société.

A l’origine de ces bizarreries salariales, les comités de rémunération, cénacles d’administrateurs chargés de réfléchir aux rémunérations patronales. La crème du CAC s’y retrouve souvent. Accoutumés à brasser des millions, ces décideurs statuent à huis clos, avec des références salariales bien à eux. « D’accord, une certaine consanguinité existe, mais au moins quatre comités sur cinq effectuent un travail très sérieux », tempère Philippe Poincloux, directeur général de Towers Perrin. Les comités calculent dorénavant les rémunérations à partir de critères financiers et comptables très élaborés. Armés de formules et de colonnes de chiffres, ils évitent ainsi de grossières erreurs d’appréciation. Mais ils savent aussi se montrer un peu souples. Le comité de Vinci s’autorise une « appréciation discrétionnaire » pour une partie du bonus présidentiel. Celui de Lafarge s’est même permis « exceptionnellement » de changer les règles de calcul au profit du président, Bruno Lafont. « Hors la présence » de l’intéressé précisent-ils dans le rapport annuel. Peut-être pour lui faire la surprise.

Stock-options : + 351 %

Gains record pour une année terne. A priori, rien ne prédestinait Pierre Verluca à se retrouver un jour sacré roi des stock-options. Fils de colonel, austère ingénieur de terrain et patron de la société la moins glamour du CAC 40 : Vallourec, spécialiste des tubes en acier sans soudure. Mais cette tuyauterie-là, les riches compagnies pétrolières en raffolent, et les boursiers aussi : depuis la nomination au directoire de Pierre Verluca, en 2004, le titre Vallourec s’est littéralement envolé (+ 1 100 %). Rien qu’en vendant un petit paquet de stock-options, le patron vient de gagner… 17,2 millions.

Premier au top 40 mais surtout cas d’école pour expliquer la magie des stocks : ses 76 000 options lui donnaient le droit d’acheter à un prix déterminé – en l’occurrence 10,57 euros – une action Vallourec pour la revendre immédiatement au prix du marché, 237 euros en juin 2007. Et empocher la différence (227 euros par action environ). Une technique largement utilisée en 2007 par les éminences du CAC, pour leur plus grand profit : ensemble, leur gain sur options se monte à 66 millions d’euros. Presque cinq fois ce que les mêmes ont empoché en 2006. Un record ! La plupart ont liquidé une partie de leurs stocks avant la chute des marchés, en août 2007. Sans doute sentaient-ils le vent boursier ­tourner. Mais ces ventes opportunes tiennent aussi à un facteur plus technique : « Ces juteuses options ont été attribuées au début de l’année 2003, en plein marasme boursier, donc à des prix très bas. Début 2007, quatre ans après, elles devenaient “exerçables” avec des perspectives de gain réelles. Certains patrons en ont alors profité pour engranger sans attendre une plus-value. Leurs homologues américains agissent depuis longtemps ainsi », explique Bruno Fourage, de Mercer Human Resource.

Gardons-nous donc des faux procès. Surtout après l’affaire Forgeard, le patron d’EADS soupçonné d’avoir vendu ses options avant la chute de sa société. Gérard Mestrallet, le patron de Suez, soucieux d’éviter de telles accusations, vient de mettre en place, pour lui et ses principaux collaborateurs, un système de programmation anticipée des levées de stock-options applicable à partir de 2008. En attendant, il a gagné en 2007 12,7 millions d’euros. Beaucoup trop ? « Depuis 1995, la capitalisation boursière a été ­multipliée par douze. Plusieurs dizaines de milliards d’euros ont été versés aux actionnaires. En réserver 0,3 % aux managers constitue une juste rémunération », se défend l’intéressé. En clair, peu importe le nombre de zéros sur le chèque si les cours de Bourse suivent. A l’échelle des milliards de profit, les gains des patrons représentent peu de chose.

Le patron du groupe de BTP Vinci, Xavier Huillard, finit l’année 2007 avec un gain de 11?millions d’euros. Un montant susceptible de faire saliver, mais cette somme n’équi­vaut qu’à trois jours de bénéfices du groupe. Evalué en termes de salaire moyen, il en va autrement : les plus-values sur stock-options de Pierre Verluca représentent trois siècles de travail du salarié moyen de Vallourec. Autre comparaison : pour égaler les 4,7 millions de gains réalisés avec ses stocks par le PDG de Veolia Environ­nement, Henri Proglio, il faut pour le ­salarié moyen être à la besogne depuis… la création de l’ancêtre du groupe, la Générale des Eaux, en 1853. « Le plus choquant, c’est que certains peuvent donner l’impression de gagner à tous les coups », ajoute Daniel Lebègue, le président de l’Institut français des administrateurs. Effec­tivement, avec les stock-options toute ­circonstance économique révèle une opportunité : en période de basses eaux boursières, il faut s’en attribuer des paquets dans l’espoir de les voir se gorger de plus-values plus tard ; mais quand les cours flambent, il faut les exercer pour toucher le pactole. « Pile je gagne, face tu perds » s’amusait Joseph E. Stiglitz, Prix Nobel d’économie.

Dividendes : + 52 %

Des coupons dont la part progresse. Comme tout actionnaire, les patrons touchent des dividendes, généralement après les assemblées générales de mai. Cette année encore, ils feront une belle moisson vu les profits record enregistrés en 2007. Au titre de cet exercice, les PDG du CAC devraient percevoir la somme globale de 5,8 millions d’euros, en hausse de 52 % sur un an. Ils se paient la sa­tisfaction de partager le gâteau des bénéfices avec leurs actionnaires, toujours prompts à les harceler pour délivrer des résultats. Cette nouvelle ressource patronale s’explique en fait par une mathématique élémentaire. Le montant des dividendes augmente continûment depuis quatre ans et, surtout, les patrons détiennent de plus en plus d’actions.

                               

Cas d’école : Henri de Castries, à la tête de l’assureur Axa. En 2001, le jeune dauphin de Claude Bébéar disposait de 75 000 actions. Aujourd’hui, il en revendique 1,4 million. Résultat : 1,6 million d’euros de dividendes encaissés, soit un tiers de sa rémunération. Les généreux coupons de Xavier Huillard lui assurent une rallonge de 30 %. La liste des patrons devenus « gros » actionnaires en peu de temps comprend aussi Carlos Ghosn (200 000 titres Renault) ou encore Baudouin Prot (près de 100 000 titres BNP Paribas). Mais alors, ne seraient-ils pas incités à augmenter le dividende juste pour arrondir leurs fins de mois ?

Tentant mais difficile à prouver. En tout cas, il leur prend une soudaine envie de détenir à titre personnel dans leur portefeuille des paquets de « titres maison ». Les bases de la gestion patrimoniale recommandent pourtant de diversifier ce portefeuille. « C’est une manière de dire aux investisseurs qu’ils croient à l’avenir du titre et surtout qu’ils assument avec eux le risque, explique Philippe Poincloux, directeur général de Towers Perrin. Au-delà du message, une récente loi les contraint à détenir une certaine quantité d’actions de leur entreprise. » Des patrons s’imposent même de garder les actions issues de la levée de stock-options. Histoire de ne pas empocher le gain tout de suite et donc de ne pas passer pour des joueurs de casino. Les titres d’Henri de Castries ou de Carlos Ghosn proviennent largement de leurs options. Une pratique assez élégante, surtout si un confortable coupon tombe chaque année.

Jetons de présence : + 6 %

A ce tarif, les absents ont tort. L’inventaire des rémunérations se termine par les jetons de présence. Quelques patrons siègent chez leur voisin du CAC 40 en qualité d’administrateur et perçoivent à ce titre un « petit plus ». Certes pas grand-chose au regard du reste, mais toujours bon à prendre. Le patron d’Essilor, Xavier Fontanet, se trouve ainsi joliment appointé avec ses 122 000 euros perçus du Crédit agricole et de L’Oréal. Le conseil du champion des cosmétiques est le plus chic et donc le plus rémunérateur : 95 000 euros, avec en prime la chance de s’asseoir aux côtés de Liliane Bettencourt, de sir Lindsay Owen-Jones ou encore de Louis Schweitzer. Très prisé également, le conseil de surveil-lance d’Axa. Gé­rard Mes­trallet en reçoit 57 000 eu­ros d’indemnités par an, plus 62 000 eu­ros en provenance de Saint-Gobain. Mis bout à bout, les jetons comptent en moyenne pour 1 % dans la rémuné­ration 2007 des patrons.

Au-delà des mon­tants, une question plus pratique se pose : comment un patron de multinationale peut-il trouver le temps de plancher sérieusement sur les dossiers d’une autre grande entreprise ? « Un mandat requiert environ un mois de travail » estime pour sa part le très consciencieux Daniel Lebègue. Même les moins méticuleux doivent y consacrer trois jours au bas mot. Le PDG de France Télécom, Didier Lombard, a siégé douze fois au conseil de STMicroelectronics en 2007. Une telle assiduité doit représenter un vrai sacrifice pour ce féru d’horticulture à l’emploi du temps déjà bien chargé.


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Les revenus des patrons du CAC 40 ont augmenté de 58 % en 2007

Jean-Paul Agon, PDG de L'Oréal.       

AFP/PIERRE VERDY

      Le plus gros salaire est détenu par le directeur général de L'Oréal, Jean-Paul Agon, avec 2 millions d'euros.

Les revenus des patrons du CAC 40 ont augmenté de 58 % en 2007

Les résultats, calculés à partir de l'addition de l'ensemble des rémunérations, prennent en compte le salaire de base, le bonus, le gain encaissé sur les stock-options, les dividendes et les jetons de présence des conseils d'administration. Le montant total des rémunérations des 40 plus grands patrons s'élève à 161 millions d'euros en 2007, contre 102 millions en 2006, une moyenne de 4 millions d'euros par tête.

Le journal explique les raisons de cette hausse"pourtant et connues et mécaniques", notamment des cours de Bourse très élevés au premier semestre 2007, ce qui a fait grimper la valeur des stock-options. Mais, pour Daniel Lebègue, président de l'Institut français des administrateurs, cité par le journal, il s'agit surtout d'un effet de contagion : "Le système fonctionne selon l'échelle de perroquet. La transparence des salaires permet aux patrons de se caler progressivement sur les mieux dotés. Par ce jeu de contagion, les salaires augmentent." 

LES PLUS-VALUES SUR LES STOCK-OPTIONS AUGMENTENT DE 351 %

En tête de ce palmarès, Pierre Verluca, patron du leader mondial des tubes en acier Vallourec, a touché 18,12 millions d'euros en 2007, selon L'Expansion. Une somme engrangée grâce à la levée de ses stock-options, qui lui ont rapporté 17,22 millions d'euros, le titre s'étant envolé de 1 100 % depuis sa nomination au directoire du groupe en 2004. En deuxième position, Gérard Mestrallet, PDG de Suez, a encaissé 15,54 millions d'euros, devant Xavier Huillard, directeur général de Vinci (BTP), qui a touché pour sa part 13,10 millions.

Le salaire de base des dirigeants du CAC 40 a augmenté de 5 % en moyenne en 2007, mais certaines personnalitées affichent de très grosses progressions comme Guillaume Poitrinal, le patron de la société immobilière Unibail-Rodamco (+ 46 %), ou Patricia Russo, la directrice générale d'Alcatel (+ 26 %) avec 1,2 million d'euros. Le plus gros salaire est détenu par le directeur général de L'Oréal, Jean-Paul Agon, avec 2 millions d'euros. Mais ce sont surtout la levée des stock-options qui font exploser les rémunérations des grands patrons. Les plus-values encaissées en 2007 ont augmenté de 351 % par rapport à 2006, atteignant la somme totale de 66 millions d'euros. La plupart des dirigeants ont liquidé une partie de leurs stocks avant la chute des marchés, en août 2007, souligne L'Expansion.

Quant aux bonus touchés par les grands patrons, ils ont augmenté de 5 % en 2007. "Les appels 'à la mesure'  lancés par le Medef auraient donc été entendus", souligne le journal qui rappelle que le patron de la Société générale, Daniel Bouton – au septième rang en termes de salaire avec 1,25 million d'euros en 2007 – a renoncé à ses bonus à la suite de l'affaire Kerviel des 5 milliards d'euros de perte.

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POLEMIQUE Huchon s'insurge contre le "Livre noir" des régions

 

POLEMIQUE

     

Huchon s'insurge contre le "Livre noir" des régions

NOUVELOBS.COM | 29.05.2008 | 10:09

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Alors que l'UMP dresse un "bilan catastrophique" de la gestion de ces collectivités par le PS, le président socialiste de la région Ile-de-France dénonce "une campagne de désinformation".

Le président de la région Ile de France, Jean-Paul Huchon (Reuters)

Le président de la région Ile de France, Jean-Paul Huchon (Reuters)

Jean-Paul Huchon, président PS de la région Ile-de-France, a dénoncé mercredi 28 mai "la manipulation" et la "campagne de désinformation" de l'UMP qui vient de publier son "livre noir des régions socialistes". Dans cet ouvrage, l'UMP dresse un "bilan catastrophique" de la gestion de ces collectivités par le PS. Il pointe une hausse de la fiscalité au profit notamment des frais de communication.

"Rythmer la valse électoraliste des ego"

Dans un communiqué cosigné par Marie-Pierre de la Gontrie, première vice-présidente, Jean-Paul Huchon récuse "une campagne de désinformation qui vise à masquer les propres errements budgétaires du gouvernement, ses déficits abyssaux, dénoncés par la Commission européenne, et à rythmer la valse électoraliste des ego de certains" des responsables de l'UMP.
Affirmant que le budget régional est "équilibré, contrairement à celui de l'Etat", il souligne que l'Ile-de-France a contenu sa dette à 2,4 milliards d'euros, "soit 0,2% de la dette publique".
Selon lui, ce sont "les carences" de l'Etat et les compétences qu'il a transférées qui ont pesé lourdement. "En Ile-de-France, l'Etat doit 355 millions d'euros pour 2007/2008, pour ces nouvelles missions", assure-t-il.
Jean-Paul Huchon affirme également que "pour la deuxième année consécutive, la fiscalité régionale n'a pas augmenté en 2008" et que les tarifs des transports publics, dont la région assume la charge avec les départements franciliens depuis 2006, "n'ont jamais augmenté au-delà de l'inflation depuis cette date".
"Seuls un quart des Franciliens, propriétaires et assujettis à l'impôt sur le revenu, ont vu leurs contributions régionales augmenter de 6 à 8 euros par an et par foyer", conclut le président de région.

"Explosion" de la fiscalité, selon l'UMP

"L'explosion" de la fiscalité tient une place prépondérante dans "le livre noir" présenté à la presse par Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, et Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration.
"La pression fiscale moyenne a augmenté de 35% entre 2004 et 2007", selon M. Karoutchi qui a cité le Languedoc-Roussillon, l'Auvergne et l'Ile-de-France où l'augmentation dépasse 60%.
Sur l'ensemble du territoire, a renchéri Brice Hortefeux, "la gestion socialiste s'est traduite par une ponction supplémentaire sur le contribuable de 2 milliards d'euros" par an.
Selon les responsables régionaux UMP présents à la conférence de presse, les investissements en matière de développement économique ont été réduits tandis que l'endettement des régions s'est considérablement accru en raison de dépenses de fonctionnement. Particulièrement visés, celles dédiées à la communication, la "représentation" et le recrutement des personnels (hors transferts liés à la décentralisation).
La Bourgogne a ainsi triplé en 4 ans son budget de communication (de 1,1 million d'euros, à 3,7 millions). Même constat en Bretagne, où les frais de colloques et de réceptions ont augmenté de 249% depuis le début de la mandature, toujours selon l'UMP.
Selon lui, les "nombreuses interventions hors compétences" qui ont fait "exploser" les budgets régionaux, procèdent de la volonté de s'instaurer en "véritables contre-pouvoirs au gouvernement" et les ont amenés à ne plus investir dans les champs de compétences qui leur sont dévolus.
Brice Hortefeux a également récusé "le discours systématique" des régions pointant un désengagement de l'Etat.

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Le Monde sert la soupe à Auchan

Le Monde sert la soupe à Auchan

Par Samuel, blogueur un brin énervé par la longue complainte corporatiste et misérabiliste d'Arnaud Mulliez dans Le Monde lundi dernier.



Photo Poilûdo, Flickr

Photo Poilûdo, Flickr

Je n'ai rien contre le principe des interviews, mais quand elles énoncent des énormités, il est du devoir du journaliste d'apporter, ou de faire apporter par un autre interviewé, le contrepoint nécessaire.

Aujourd'hui, c'est Auchan qui passait à la soupe dans le Monde. Les réponses de Monsieur Mulliez ne sont qu'une longue défense corporatiste de la «pauvre grande distribution», qui se la joue en victime de la grande industrie (du genre maiiiis non, la grande distribution ne va pas étrangler les PME, en fait, ce sont les grands industriels qui se servent des PME comme bouclier humain). Je n'ai retenu qu'une réponse, la dernière, comme exemple, car c'est le sujet que je maîtrise le mieux.

Question : La LME (loi de modernisation de l'économie) veut limiter à soixante jours le délai maximal de paiement après réception de la facture. C'est plutôt une bonne chose pour les PME ?

Réponse : Cela fait bien longtemps que les PME escomptent leurs traites. Encore une fois, ce sont les grands industriels qui profiteront de cette mesure. Nous allons devoir restreindre nos investissements, payer des frais financiers et donc, sans doute, augmenter les prix dans nos rayons. Ce sont des questions à plusieurs centaines de millions d'euros par enseigne.

Ça, je ne peux pas laisser passer !

La grande distribution, quand elle achète, paie à 90 jours, sauf pour les produits frais, qui sont à 30 jours ou 20 jours. Par contre, quand Auchan vous vend, c'est paiement comptant ! pas question de sortir avec la marchandise sans être passé à la caisse. Résultat, Auchan fait un bénéfice fabuleux en plaçant cet argent entre le moment où il est payé et celui où il paye son fournisseur. Quand Monsieur Mulliez annonce qu'il va devoir payer des frais financiers, je me marre ! Il touchera juste un peu moins de produits financiers ! Il continue en annonçant qu'il va devoir réduire les investissements. Cela fait bien longtemps que la France est saturée en hypermarchés. Auchan n'investit presque plus rien en France. C'est en Chine, en Inde et dans les pays émergents que vont les investissements. Quel impact pour la France qu'Auchan investisse un peu moins en Chine ? Aucun !

Et menace suprême, Auchan va devoir augmenter ses prix. Parce qu'actuellement, Auchan n'augmente pas ses prix ? Si bien sûr ! La détermination du prix de vente au consommateur par Auchan dépend de beaucoup de facteurs, le délai de paiement n'en est qu'un parmi d'autres et ce n'est certainement pas le plus déterminant. Des économistes en parleraient mieux que moi, mais comme critère de fixation du prix, il y a d'abord le prix d'achat par Auchan ! Et là, Monsieur Mulliez oublie de dire que la même loi instaure la négociabilité des conditions générales de vente (et donc des prix) entre fournisseurs et distributeurs. Monsieur Mulliez va donc pouvoir négocier sur les prix et croyez moi, il ne va pas s'en priver. Et s'il arrive à obtenir des baisses de prix de la part de ses fournisseurs, croyez vous qu'il baissera ses prix de vente aux consommateurs ?

Voilà un lobby en pleine action, jouant le misérabilisme, sans aucun contrepoint de la part du journaliste. C'est pourtant le rôle que l'on attend d'eux : remettre en perspective !


Jeudi 29 Mai 2008 - 07:37

Samuel

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La bataille de Ronchamp

Vue non datée de la chapelle Notre-Dame-du-Haut, à Ronchamp, conçue et réalisée par Le Corbusier en 1955.       

D.R.

      Vue non datée de la chapelle Notre-Dame-du-Haut, à Ronchamp, conçue et réalisée par Le Corbusier en 1955.

La bataille de Ronchamp

Certes, tout est fait dans les règles : la Commission nationale des monuments historiques a donné son accord le 28 juin 2007, des permis de construire ont été délivrés les 11 et 13 mars 2008. Mais la polémique fait un peu désordre, au moment où la France propose à l'Unesco "l'oeuvre architecturale et urbaine de Le Corbusier" pour inscription en 2009 sur la liste prestigieuse du Patrimoine mondial de l'humanité.

Il est bien embêté, Renzo Piano : "J'ai accepté ce projet pour des choses légères et fragiles, le silence et la foi. Et je me retrouve pris dans des affrontements, mis en accusation..." Dans la succursale parisienne de son "Building Workshop", l'architecte joue les artisans de quartier, à deux rues de son Centre Pompidou, qui fit déjà un joli scandale au début des années 1970. Il démonte les maquettes, montre les plans. "Regardez, j'ai écouté les remarques, fait des amendements. Mes bâtiments sont plus bas que la chapelle, on ne les verra pas. Je ne comprends pas..."

L'antique querelle des anciens et des modernes, rejouée au sein même de l'ère du béton ? Pas seulement. Pour mieux comprendre, il faut grimper sur la colline. On a beau l'avoir vue dix mille fois en photo, la chapelle de Ronchamp fait toujours son petit effet. C'est une sculpture autant qu'un monolithe, d'où se dégage une puissance tellurique et l'émotion de l'art. Un édifice asymétrique, irrégulier, presque gauche, et pourtant d'un équilibre miraculeux. Des murs courbes d'une blancheur immaculée, une coque de crabe en béton brut en guise de toit, trois tours blanches qui émergent telles des calottes et diffusent une douce lumière vers l'intérieur, intime et grandiose comme une grotte.

Prompt à chanter ses propres louanges et à pourfendre d'imaginaires persécuteurs, l'architecte écrit à sa mère en 1955 : "C'est l'oeuvre architecturale la plus révolutionnaire qu'on ait faite depuis longtemps. (...) Mais le diable doit ricaner dans un coin et il a pour habitude de ne pas rester inactif. Rome a l'oeil sur Ronchamp. J'attends des orages. Et attention, les vilenies, les bassesses."

Où se cache le diable ? Peut-être dans le succès même des lieux. 100 000 personnes visitent la chapelle chaque année, dont une bonne moitié d'étrangers. Pour l'essentiel, des amateurs d'architecture. Oh, bien sûr, le pèlerinage qui gravit depuis le Moyen Age les pentes de la colline chaque 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge Marie, a toujours cours. Et la chapelle accueille quelques messes, des baptêmes, de rares mariages. Mais l'esprit religieux s'est effacé dans l'ombre du monument.

"Il faut donner au lieu une valeur ajoutée spirituelle", l'Association Œuvre Notre-Dame-du-Haut en est convaincue. C'est cette structure qui gère le site, dont elle détient la propriété matérielle, mais aussi les droits artistiques, au grand dam de la Fondation Le Corbusier. "Ce patrimoine se banalise. Aujourd'hui, le public est habitué à l'architecture moderne, il veut autre chose", explique Jean-François Mathey, président de l'association. Son père, le conservateur d'art François Mathey, a été à l'origine de la commande de la chapelle à Le Corbusier... et du projet du Centre Pompidou.

La solution : installer une communauté religieuse sur un terrain que possède l'association à côté de la chapelle. En 2005, accord est conclu avec l'ordre contemplatif des clarisses. Celles-ci sont prêtes à vendre leur couvent de Besançon, où elles sont implantées depuis le XIIIe siècle, pour financer la construction d'une nouvelle fraternité. "C'est une solution équilibrée : la colline est habitée, cela permet de garder les lieux ouverts en permanence, mais il n'y a pas de privatisation de la chapelle", estime M. Mathey.

Commande est donc passée à Renzo Piano d'un ensemble d'une douzaine de cellules pour les religieuses, d'hébergements temporaires, de salles de restauration et de réunion, d'un oratoire de 25 places pour les prières quotidiennes. Plus un nouveau bâtiment d'accueil des visiteurs pour remplacer l'épouvantable porterie qui défigure l'entrée du site. Soit 1 500 m2 de surface à construire, pour un coût de 9 millions d'euros, dont un tiers serait consacré aux plantations censées camoufler les édifices et l'envahissant parking, sous la binette d'un paysagiste réputé, Michel Corajoud.

Conscient d'avoir à gérer un voisinage délicat, Piano joue une partition discrète : des constructions semi-enterrées dans la pente, dont les toits de zinc en trapèze ou en triangle se soulèvent à peine de terre au milieu des arbres pour ouvrir vers la vallée une façade de verre. "Les bâtiments sont comme des feuilles qui se décollent de la forêt, explique l'architecte. Mais ce n'est pas pour les cacher ! Mon langage n'est pas en compétition avec celui de Le Corbusier. C'est le langage honnête pour ce projet. Ce ne sont pas les bâtiments qui s'effacent, ce sont les clarisses."

A cinquante mètres de la chapelle, la pente où doivent s'élever les bâtiments des soeurs a été déboisée et nettoyée, mettant au jour une évidence : on est proche de la chapelle. Très proche. Or il est un point sur lequel s'entendent les nombreux exégètes de Ronchamp : la chapelle et la colline forment un tout, une oeuvre unique, indissociable. Le Corbusier a composé ici une "acoustique du paysage", jouant avec les quatre horizons, orchestrant des percées sur la plaine de la Saône, la trouée de Belfort, les ballons d'Alsace, les monts des Vosges, semant sur le terrain des ponctuations et des points de vue, une pyramide de pierres, la maison du chapelain, le campanile. Modifier la colline, c'est abîmer l'oeuvre.

Le Corbusier était très attaché à l'aspect pelé de la colline, or non seulement le projet actuel la construit, mais il se cache en plantant des arbres ! Ce n'est pas parce qu'on a affaire à Renzo Piano qu'on lui donne un blanc-seing", proteste le conseiller d'Etat Jean-Pierre Duport, président de la Fondation Le Corbusier. En réalité, l'ancien préfet est assez ennuyé. Mis au courant du projet dès l'origine, il n'a d'abord rien trouvé à y redire, avant d'être débordé par une partie de ses troupes. "Il y a des avis pour et contre très tranchés. J'essaye de dégager une solution acceptable", résume M. Duport.

Emmenée par Dominique Claudius-Petit, fils d'Eugène Claudius-Petit, le ministre de la reconstruction qui fit beaucoup travailler "Corbu", l'Association des amis de Le Corbusier soutient activement l'arrivée des clarisses. A l'opposé, d'autres membres du conseil d'administration, comme l'architecte Michel Kagan ou l'historien Jean-Louis Cohen, luttent pied à pied contre le projet de couvent.

Dans cette bataille, la Fondation a recruté un arbitre de poids : Le Corbusier lui-même. L'historien Gilles Ragot a épluché les écrits de l'architecte pour rédiger un rapport aux conclusions sans appel : Le Corbusier serait contre. A l'appui, les lettres adressées par l'architecte à l'abbé René Bolle-Reddat, chapelain historique de la chapelle. Entre 1959 et 1963, le chapelain, soutenu par l'association Œuvre Notre-Dame-du-Haut, avait tenté de construire une maison d'accueil pour 120 pèlerins et amateurs d'architecture. Un projet bien plus vaste que celui mis en oeuvre par Renzo Piano, mais situé sur la même pente. "Corbu" s'y était opposé d'une plume farouche : "Ronchamp est finie ; on ne va pas la commencer à nouveau" (juin 1960) ; "C'est de la folie ! Laissez donc Ronchamp tel qu'il est. Vous ouvrez la porte à des abominations !" (juillet 1961) ; "Il ne faut pas aménager. (...) Je vous en supplie. Maintenez cet état si saisissant" (juillet 1962).

Pour les adversaires du projet Piano, l'affaire est entendue : il faut déplacer le couvent nettement plus loin. Cela suffirait-il à calmer les esprits ? Pas sûr. Car les "durs" de la Fondation voient d'un mauvais oeil l'arrivée des religieuses. Michel Kagan prévient : "Il faut refuser d'annexer Ronchamp à une transformation par trop religieuse." Pour Jean-Louis Cohen, "respiritualiser Ronchamp, c'est du baratin au service d'une affaire immobilière. Les clarisses ont plus de 75 ans. Qui garantit que leur fraternité ne deviendra pas un hôtel ?"

Au pied de la colline, le nouveau maire, Jean-Claude Mille (divers gauche), observe ces polémiques, un oeil sur les intérêts de la commune. "Un deuxième architecte très connu, ça peut nous amener du monde, espère-t-il. Le centre bourg a du mal à vivre, des commerces ferment, le Musée de la mine se meurt..." Loin des querelles artistiques, le village voit dans son patrimoine religieux l'occasion d'un réveil salutaire. Quitte à réinventer les échoppes de marchands du temple, buvettes et crucifix, qui cernaient la chapelle dans les premières années ?

Grégoire Allix

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PS : dix questions pour un congrès

François Hollande lors de ses voeux à la presse le 10 janvier 2008.       

AFP/PATRICK KOVARIK

      François Hollande lors de ses vœux à la presse le 10 janvier 2008.

PS : dix questions pour un congrès

L'enjeu du congrès qui s'annonce est donc de relever ces trois défis : le projet, la stratégie, les rôles respectifs du parti et du candidat. Ce sont les conditions nécessaires pour pouvoir être en situation de vaincre en 2012.

J'avais pris l'engagement, en 2005, de ne pas prétendre à ma propre succession. Je le respecte, après plus de dix ans passés à la tête du PS. Je suis conscient des atouts considérables que recèle cette formation politique : le dévouement de ses militants, la densité de son réseau d'élus, la crédibilité dans son exercice du pouvoir – local comme national. Mais je suis lucide sur ses fragilités : individualisme des comportements au sommet, étroitesse sociologique de sa base, vulnérabilité de son assise électorale.

Je sais aussi que l'unité est un combat, tant la propension aux querelles – parfois tactiquement entretenues – est récurrente. Et je ne me reprocherai jamais d'avoir su les surmonter dans des moments difficiles (2002, 2005, 2007). La première qualité de mon successeur sera d'y parvenir sur la base d'une ligne politique cohérente présentée par une majorité regroupant, autour d'un contrat, ceux qui pensent tout simplement la même chose.

Aujourd'hui, le PS est devant ses responsabilités. La droite échoue. Le sarkozysme ne marche pas. Ce mélange détonant en campagne, explosif au pouvoir, fait de fausses promesses et de culte de la méritocratie, ne donne rien de bon en termes économiques : l'offre productive comme la demande solvable sont découragées – et pas davantage en termes sociaux : le salariat subit seul la pression de l'adaptation à la mondialisation et les Français sont mis en conflit quant à la gestion de leurs propres intérêts; l'individualisation est érigée en système. Et le modèle est exhibé au plus haut niveau : "L'Etat, c'est le Moi".

La gauche n'a pas simplement à préparer une victoire électorale. Elle doit mener une offensive idéologique. Faire la démonstration, notamment auprès des couches populaires et moyennes, que ce sont ses valeurs, ses propositions, ses méthodes qui correspondent aux aspirations de la France dans le monde tel qu'il est. Face à l'ampleur de la mutation économique, énergétique, démographique, géopolitique, l'intervention de l'Etat, la nécessité d'un effort partagé et l'émergence de la cohésion sociale ne sont jamais apparues aussi évidentes.

Les socialistes ne peuvent, à l'occasion de leur congrès, en rester aux pétitions de principe ou à une bataille de mots. Ils doivent savoir poser les légitimes décisions de personnes et de leadership au terme d'un débat et non à son commencement. Ils doivent régler les dix grandes questions qui leur sont posées dans leur rapport aux Français.

Comment être plus fort dans la mondialisation ?

Depuis au moins cinqans, la France décroche. Le déficit du commerce extérieur atteint 40milliards d'euros, quand l'excédent allemand dépasse 200 milliards. La modération des coûts salariaux et la déréglementation du droit du travail n'y feront rien. La cause tient au retard pris dans l'investissement productif, au défaut de spécialisation industrielle, mais aussi à une porosité par rapport aux produits venant de pays à bas coût. Ajoutée aux délocalisations, cette dégradation de notre position commerciale nous expose à une dépendance accrue à l'égard des capitaux étrangers.

La réponse passe par la définition d'un pacte de croissance et de compétitivité associant Etat, partenaires sociaux et collectivités locales, dont l'objet essentiel serait de mobiliser les financements pour relever le niveau d'investissements privés et publics du pays.

Comment être plus juste dans la répartition ?

Les inégalités se creusent depuis cinqans. La dérive des rémunérations les plus élevées, conjuguée à la détaxation des patrimoines et des revenus des capitaux, a engendré une perte de confiance d'autant plus grande que l'Etat-providence est contesté dans son efficacité comme dans son équité.

La politique fiscale ne peut pas être un projet, mais il n'y a pas de projet sans stratégie fiscale. La campagne de Nicolas Sarkozy l'a démontré, et je continue de penser qu'il aurait fallu le contester sur ce terrain-là avant que l'injustice du paquet fiscal n'ouvre les yeux à beaucoup. Mais il était trop tard.

Les socialistes doivent y revenir en évitant les caricatures : tant que les déficits perdurent, il ne peut y avoir de diminution globale des prélèvements – sinon les allégements fiscaux sont payés à crédit par les Français au bénéfice des plus favorisés! De même doit être proposée une réforme fiscale qui harmonise les impositions entre le travail et le capital et qui fasse du revenu réel la base du prélèvement local comme social. Mais c'est au niveau de l'entreprise que se situe le cœur même de la répartition, et le salarié doit d'abord être rémunéré par son salaire, au risque sinon d'en faire, avec la protection sociale qui lui est liée, une peau de chagrin. Et la fiscalité des entreprises doit d'abord prendre en compte cette dimension plutôt que de privilégier l'intéressement et les revenus accessoires.

Comment préparer le vieillissement de la population ?

L'allongement de l'espérance de vie – progrès majeur de civilisation – oblige à prévoir le financement des retraites, mais aussi à organiser la vie sociale au-delà de la période d'activité et à couvrir les aléas de la dépendance. Ce n'est pas qu'une problématique électorale – avec le poids des plus de 60ans dans les votes – mais un sujet politique majeur en termes de mode de vie, d'équilibre des générations et de financement. Elle oblige à repenser les rapports au temps de travail, qui ne doit plus être conçu sur la semaine ou même sur l'année, mais sur l'ensemble de la vie professionnelle; les règles de calcul de la retraite devront prendre en compte cette nouvelle organisation du travail, laquelle doit offrir cette souplesse, à condition de préserver l'employabilité de chacun.

De même, les socialistes ont à promouvoir une politique familiale dynamique permettant l'accueil et la réussite de l'enfant afin de conjuguer un niveau élevé à la fois de natalité et d'activité des parents. Enfin, la charge de la fin de vie et de la dépendance conduit à délimiter la part de la responsabilité individuelle et de la solidarité nationale. Et, face à la logique assurantielle, il faut assumer le financement collectif d'une large part de cet aléa.

Comment mener solidairement la mutation énergétique ?

La hausse du prix du pétrole, aussi spéculative qu'elle soit, annonce ce que l'on sait depuis longtemps : la fin programmée des énergies fossiles à l'horizon de 2040/2050. Il convient de hâter la transition d'un mode de développement vers un autre, en compensant les conséquences sociales douloureuses pour le plus grand nombre.

Des choix sont nécessaires : en matière d'énergies renouvelables, de modernisation sécurisée de la filière nucléaire, d'incitations fiscales massives sur les économies d'énergies, le transport collectif et les véhicules propres, mais aussi en matière d'aménagement du territoire, en valorisant les villes et en proposant des logements et des commerces intégrés. Les règles du marché seront féroces dans l'ajustement énergétique. Les plus pauvres n'y résisteront pas, et des conflits d'un type nouveau sont à craindre. C'est là que les socialistes peuvent réhabiliter le rôle de la puissance publique, de l'intérêt général, du long terme et de la justice sociale.

Comment maîtriser sereinement l'immigration ?

La chimère de "l'immigration zéro" a vécu, même à droite. Les contraintes de la démographie et les besoins de l'économie ont fini par avoir raison des plus démagogues. Mais le caractère incontrôlé du processus, l'inexistence de l'accueil, la ségrégation accentuée de l'habitat font de cette tension un ressort à leur instrumentalisation politique. La gauche a tout avantage à une politique de vérité : il faudra régulariser sur la base de critères les étrangers présents depuis plusieurs années sur notre territoire, justifier le raccompagnement dans des conditions humaines de ceux qui n'y ont pas droit, organiser des règles avec les pays d'émigration et définir avec les Européens une politique commune de contrôle, mais aussi de développement (d'abord avec l'Afrique), sans laquelle les frontières, même protégées par je ne sais quel barbelé, ne résisteront pas.

Comment régler démocratiquement la présidentialisation de nos institutions ?

Depuis le quinquennat et l'inversion du calendrier, les socialistes tournent autour du pot. Il est vrai que la manière avec laquelle Nicolas Sarkozy y est tombé prête à réfléchir. Il faut admettre le fait présidentiel au sein de l'exécutif. Mais reconnaître cette prééminence oblige à renforcer les droits du Parlement, à démocratiser les modes de scrutin – à l'Assemblée nationale comme au Sénat –, à organiser un véritable pluralisme dans l'audiovisuel et à rendre indépendantes les fonctions juridictionnelles à travers la composition du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de la magistrature.

La réforme actuellement en débat ne va pas jusque-là. Mais aux socialistes de faire la lumière sur leur propre schéma institutionnel. Je refuse le régime présidentiel, mais j'écarte tout autant le régime primo-ministériel. Je propose la solution de l'équilibre entre l'exécutif et le législatif et le lancement d'une nouvelle étape de décentralisation qui deviendra la vraie réforme de l'Etat, si elle clarifie les compétences, unifie les modes de scrutin et modernise la fiscalité.

Comment relancer le projet européen ?

Le débat institutionnel a suffisamment divisé les socialistes pour que l'on ne se plaigne pas de son dénouement. Une autre phase s'ouvre : celle des contenus et des politiques. Nous avons à faire des choix : quelles frontières et jusqu'où? Quelle défense et avec qui? Quelle protection de notre espace européen? Quelles politiques communes, quels investissements et dans quels secteurs? Quels rapports avec l'Allemagne? Les socialistes français ont besoin de rehausser leur crédibilité européenne. Elle en a pris un coup. Et, ce qui est attendu d'eux, c'est un engagement renouvelé sur l'avenir de l'Europe. Il est espéré de nos électeurs qui, ayant voté oui ou non, sont européens, et surtout de nos partenaires qui constatent que le président actuel est plus atlantiste que son prédécesseur, mais n'est pas plus européen.

Comment rendre cohérente la parole socialiste ?

La déclaration de principes qui est soumise au vote des adhérents du PS a été élaborée et approuvée par l'ensemble des sensibilités qui le structurent. Bel acte de rénovation. Depuis le temps que l'on nous sommait de faire notre aggiornamento ou notre Bad Godesberg, voilà qui est fait. Le PS est plus uni sur l'essentiel qu'il ne le laisse paraître. Alors, où est le problème? Il est dans la difficulté, avivée par le quinquennat, de maîtriser le processus présidentiel. Là se situent toutes les ambiguïtés de la préparation de notre congrès et la complexité de la tâche du prochain premier secrétaire. Respecter les ambitions légitimes de celles et ceux qui peuvent prétendre et ne pas renoncer à la sienne.

J'estime que c'est fin 2010 que le choix devra se faire et que, d'ici là, c'est un travail collectif que nous devons mener sur le projet et sur les modalités du rassemblement de la gauche. Cette gestion du calendrier exige une cohérence dans la direction du PS. Notre diversité est une chance, à la double condition de mener les débats nécessaires, mais aussi de les clore par une décision qui s'impose à tous. La discipline de vote – celle issue des délibérations des instances représentatives des adhérents et a fortiori des militants eux-mêmes – est la première condition de la crédibilité du PS. C'est la clé. On ne peut prétendre vouloir lutter contre l'individualisme qui ronge notre société et l'installer au cœur de notre propre formation politique.

Comment rassembler la gauche ?

Le PS domine électoralement la gauche. Il n'en a pas le monopole. Des cultures politiques demeurent : écologique, communiste, républicaine, radicale. Elles ne se dilueront pas avant longtemps dans un parti unique.

En revanche, un rassemblement de la gauche de gouvernement, dans une structure fédérative, est possible dans un délai rapide. C'est dans ce cadre que s'élaborerait le futur contrat de gouvernement et que s'organiserait la prochaine majorité parlementaire. C'est également là que serait décidée la présentation d'un candidat commun au premier tour de l'élection présidentielle, à partir d'une procédure qui pourrait être élargie aux citoyens eux-mêmes.

Comment élargir pour gagner ?

Arithmétiquement, la gauche n'est pas majoritaire. Mais l'a-t-elle jamais été? La victoire vient forcément d'un processus d'élargissement. Conduit-elle à un changement d'alliances? Du côté de l'extrême gauche, elle est improbable programmatiquement et elle est refusée politiquement. La stratégie du nouveau parti destiné à se substituer à la LCR n'est pas de participer à une coalition avec la gauche, mais de la mettre en cause, voire en accusation. Il ne vise pas à créer un aiguillon mais une coupure.

Quant au MoDem, il est soumis à l'ambition présidentielle de François Bayrou, qui, jusqu'en 2012, opposera une fin de non-recevoir à toute sollicitation. Et les convergences ne peuvent simplement se réduire à l'anti-sarkozysme. A nous de convaincre les électeurs que, pour changer effectivement de politique, le Parti socialiste donne davantage de garanties.

Si les socialistes répondent à ces dixquestions, les Français s'intéresseront à nous parce que l'on aura su s'adresser à eux. La gauche se structurera autour du PS, car nous aurons su lui offrir une perspective, et l'opposition aura gagné en crédibilité ce qui, en ces temps de transgression et de confusion, sera précieux pour la démocratie.

Le prochain premier secrétaire doit avoir l'autorité, la légitimité et la majorité lui permettant de donner de la force à l'expression du PS. Mais cette réponse sur le leadership ne peut être la seule. Elle doit procéder d'un grand débat politique permettant cette cohérence pour l'action.

François Hollande, Premier secrétaire du Parti socialiste


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