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27 mai 2008

Faire de la com' sur Wikipédia sans passer pour un vandale

Faire de la com' sur Wikipédia sans passer pour un vandale

   

   

La notice de Patrick Balkany vandalisée sur Wikipédia.

Vous vous souvenez du Wikiscanner, qui permet de repérer les modifications de Wikipédia effectuées depuis les ordis de grosses boîtes? Parmi les institutions épinglées l’été dernier, plusieurs continuent à modifier des articles les concernant.

La mairie de Marseille, par exemple, sévit encore sur l’encyclopédie, barbouillant la page de Renaud Muselier pour rendre service à Jean-Claude Gaudin. Au ministère de l’Economie, on prend beaucoup de mal à polir l’image de Claude Allègre. La ville de Detroit, aux Etats-Unis, efface un paragraphe sur la condamnation de son maire au lendemain du jugement.

Peu de "wikitricheurs", mais beaucoup de dégâts

Des entreprises aux ONG en passant par les collectivités locales, de nombreuses organisations n’ont pas encore pris la mesure de ce que représente l'encyclopédie collaborative en ligne. Tous les jours, 10% des internautes consultent Wikipédia (d’après Alexa). C’est la première source d’information pour les étudiants, les journalistes et la plupart des décideurs. Une phrase mal tournée sur une notice influe beaucoup plus que le meilleur des communiqués de presse.

Le scandale du Wikiscanner, l’été dernier, a permis aux journalistes et à leurs lecteurs de laisser libre court aux théories du complot. Les modifications effectuées depuis des ordinateurs du Vatican ou de la CIA représentaient la preuve ultime: "ils" nous manipulent!

Dans certains cas, comme à la mairie de Levallois, la fréquence et le nombre des modifications pouvaient faire penser à une stratégie concertée. Mais la plupart de ces actions étaient simplement le fait d’employés à l’humeur fripouille. Pour les organisations, l’assimilation par les médias entre la marque et l’employé peut engendrer des dégâts considérables en termes de relations publiques.

Par ailleurs, tout le réseau d’une boîte peut se faire bloquer par les "wikipédiens" si un employé se fait trop vandale. Le ministère de la Justice américain en a fait les frais fin avril, après qu’un employé a fait obstruction sur l’article d’un lobby pro-israélien. Même chose pour le ministère de la Santé britannique, accusé d’hyperactivité.

Des règles spécifiques pour communiquer sur Wikipédia

Comment concilier Wikipédia et entreprise? Le ministère de la Justice néerlandais a pris une décision drastique: interdiction à tous les employés d’utiliser Wikipédia.

Certains, particulièrement mal inspirés, incitent les directeurs de com’ à vandaliser les pages assez discrètement pour ne pas se faire remarquer. C’est le cas de Jessica Bowman, directeur chez Business.com, qui préconise, entre autres manoeuvres à la petite semaine, d’enterrer les paragraphes contentieux sous des tonnes de texte futile.

Il existe pourtant d'autres façons de faire. Communiquer sur Wikipédia bouleverse les habitudes des relations publiques. Sans pour autant empêcher les entreprises de faire valoir leur version des faits. La communauté anglophone a créé des règles spécifiques pour les entreprises. Bien qu’elles n’aient pas été traduites en français, les grandes lignes restent les mêmes.

Le gouvernement allemand forme ses experts pour particiler à Wikipédia

Comme l’explique Julien Levrel, qui prépare une thèse de sociologie sur Wikipédia, l’encyclopédie se fonde avant tout sur les individus. Impossible de créer un compte corporate, puisque Wikipédia ne permet pas à plusieurs utilisateurs de partager le même identifiant.

Même son de cloche chez Wikimédia, qui gère tout ce qui ne touche pas au contenu de l’encyclopédie, où l’on martèle que seuls les individus importent, qu’ils soient mandatés par une organisation ou non.

Le service com’ d’une organisation devrait commencer par créer des comptes utilisateurs pour chacun de ses membres, dans le respect des règles de nomenclature. Bien qu’il soit formellement autorisé d’utiliser son vrai nom, la communauté préfère les pseudonymes.

Sans doute y a-t-il un pas psychologique à franchir avant que le dircom’ d’Air France intervienne sur Wikipédia en tant que Broubrou48...

Ensuite, il s’agit de respecter les règles applicables à tout Wikipédien. Julien Levrel cite en exemple le gouvernement allemand, qui a formé des experts pour qu’ils complètent l’encyclopédie. A la fois porteurs de connaissances et informés des us et coutumes du monde de l’open-source, ils en deviennent "sans doute les "meilleurs" wikipédiens."

Les communicants, affolés par l’irruption d’un canal nouveau dans le paysage audiovisuel, semblent désemparés et se sentent impuissants. Pourtant, rien ne les empêche de défendre leur entreprise sur Wikipédia. Il suffit d’apprendre à communiquer à double-sens, en prenant en compte l’avis de ceux qui reçoivent le message.

L'intégralité de l'interview de Julien Level, qui décrit le comportement des entreprises sur Wikipédia

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Nicolas Sarkozy, héros d'une mini-fiction conçue pour le Web

Capture d'écran du feuilleton "La cuisine de Nicolas", dont un nouvel épisode est présenté chaque mardi sur Dailymotion. | D.R.

D.R.

Capture d'écran du feuilleton "La cuisine de Nicolas", dont un nouvel épisode est présenté chaque mardi sur Dailymotion.

Nicolas Sarkozy, héros d'une mini-fiction conçue pour le Web

Dans le rôle principal, filmé trois quarts dos, le comédien Jean-Christophe Clément alias Sarko tantôt houspillant Marianne, tantôt conseillant son fils "Jean de Neuilly" devant des éviers et des plans de travail en acier chromé.

A l'origine de cette mini-fiction conçue pour le Web, les scénaristes de télévision Emmanuel Sardou et Vincent Solignac qui préside l'Union-Guilde des scénaristes (UGS), qui sont également interprètes de "La Cuisine de Nicolas". "L'idée a germé après les élections municipales. On s'est dit que le Web pouvait être un formidable espace d'expression libre et une vitrine de notre travail, une façon de travailler à l'énergie et une expérimentation de format différent", explique Vincent Solignac, qui, avec Emmanuelle Sardou, a fondé une société de production légère.

PUBLIC ÉLARGI

Un peu trop littérale, cette série s'oriente davantage vers la fable et le non-sens et trouve son ton. Beaucoup de scènes sont montées en fonction de l'actualité. Le public s'élargit des étudiants à des gens plus âgés, "y compris des gens de droite". La lecture des réactions des internautes montre que certains pensent, à tort, que la série a été filmée dans les cuisines de l'Elysée.

Huit personnages récurrents dont le chef cuistot, le plongeur albanais. Chacun des sept comédiens a créé la page personnelle de son personnage sur la plate-forme communautaire Facebook. Au total, deux mois d'écriture, de tournage et de montage auront été nécessaires pour façonner une heure de programme, soit dix épisodes de six minutes, jusqu'au 8 juillet, à raison d'un numéro mis en ligne sur Dailymotion tous les mardis.

A l'image de "La Cuisine de Nicolas", les Web-fictions se multiplient. Au point que le Festival international de télévision de Luchon (Haute-Garonne) a lancé, en février, une compétition dans cette nouvelle catégorie.

Reste que ces films voient le jour grâce aux bonnes volontés et à l'investissement des créateurs, aucun modèle économique n'ayant encore été inventé, hormis, aux Etats-Unis, le placement de produits.


Episode n°3 : "Le repas du président"


LA CUISINE DE NICOLAS # 3 - LE REPAS DU PRÉSIDENT
envoyé par lacuisinedenicolas

Prochain épisode, mardi 27 mai, sur le thème : "Il faut liquider Mai 68".

Macha Séry

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Le but : obliger les chômeurs à prendre les "bad jobs""

Photo prise le 11 mai 2006 dans une agence ANPE à Caen de personnes utilisant le site anpe.fr.       

AFP/MYCHELE DANIAU

      Photo prise le 11 mai 2006 dans une agence ANPE à Caen de personnes utilisant le site anpe.fr.

Entretien avec Jacques Freyssinet, président du conseil scientifique du Centre d'étude de l'emploi

Le but : obliger les chômeurs à prendre les "bad jobs""

Les syndicats ont déjà exprimé leur hostilité à ce projet, qui propose de sanctionner les chômeurs refusant deux "offres raisonnables d'emploi" (Le Monde du 8 mai). Cette sanction consistera en une radiation, dont les conditions seront précisées par décret. La nouvelle "offre raisonnable" est évolutive. Plus longue sera sa période de chômage, plus le demandeur d'emploi devra accepter un emploi éloigné de ses exigences initiales. La rémunération proposée pourra être inférieure au dernier salaire et, après un an de chômage, être équivalente à son revenu de remplacement (RMI, allocation de solidarité spécifique...). Le Monde a demandé à Jacques Freyssinet, président du conseil scientifique du Centre d'étude de l'emploi, son avis.

Cette approche "dégressive" de l'offre "raisonnable" d'emploi va-t-elle dynamiser le retour à l'emploi des chômeurs ?

En annonçant son projet, le gouvernement critiquait la définition de l'offre valable d'emploi inscrite dans le Code du travail, qu'il trouvait trop vague. Si on regarde le projet de loi, il n'y a aucune nouvelle définition, on rend au contraire cette offre indéterminée. On sait seulement qu'elle fera l'objet d'une définition conjointe entre le demandeur d'emploi et l'institution qui remplacera l'ANPE.

Il est positif que le chômeur et son conseiller discutent ensemble de l'objectif. Mais il est problématique que ce soit à partir de cette définition informelle que se déclenchent les sanctions. Le demandeur d'emploi pourra être radié s'il refuse des offres, sur la base d'une définition qui ne sera pas inscrite dans la loi. Tout va dépendre du comportement des agents de l'ANPE et de la relation qui va s'établir entre ces derniers et les chômeurs.

Cette politique des droits et devoirs est-elle incitative ou "culpabilisatrice" comme le dénoncent syndicats et associations de chômeurs ?

Le gouvernement surfe sur le thème du "faux chômeur". Toutes les fois que l'on promeut une politique justifiant des mesures de contrôle, on est confronté à ce discours démagogique. Quant aux effets incitatifs, je ne connais pas d'expérience permettant de répondre de façon objective. Les études qui ont été menées sur la dégressivité, en cours entre 1993 et 2001 - l'allocation diminuait progressivement pour que le chômeur accepte plus vite un emploi -, ont montré qu'elle n'avait pas d'effet direct.

Les comparaisons internationales révèlent que la pression exercée sur le chômeur, pour être efficace, doit être accompagnée d'actions positives d'aide au retour à l'emploi, formation, orientation...

Ne doit-on pas inciter les chômeurs à se porter sur les offres d'emploi non pourvues ?

Ces offres d'emploi non pourvues sont de deux ordres. Il y a d'abord des emplois requérant des qualifications spécifiques. Ce n'est pas en sanctionnant les chômeurs que ces offres seront pourvues : il s'agit d'un problème de formation, d'autant que ceux qui restent un certain temps sans emploi sont ceux qui sont le plus en difficulté.

Le deuxième gros volume d'offres vacantes concerne les "bad jobs", comme disent les Anglais, les emplois précaires, mal payés, avec des conditions de travail difficiles. Dans la mesure où le projet isole la sanction de toute mesure positive d'aide au retour à l'emploi, il ne reste que la menace. Si on exerce une pression financière sur les chômeurs, ils seront obligés d'accepter ces emplois espère-t-on. Il s'agit bien du but du gouvernement, qui ne peut être affiché comme tel.

Propos recueillis par Rémi Barroux

Article paru dans l'édition du 27.05.08.

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GREVE DES IMPOTS Interventions de la police pour déloger les grévistes

 

GREVE DES IMPOTS

     

Interventions de la police pour déloger les grévistes

NOUVELOBS.COM | 26.05.2008 | 19:03

La police est intervenue devant plusieurs Hôtels des impôts de Paris et de province, touchés depuis le 15 mai par des mouvements de grève, pour empêcher les grévistes de pénétrer dans les locaux et les tenir un peu à l'écart, action liée à la période de "remise des déclarations d'impôts", selon Eric Woerth.

(AFP)

(AFP)

 

La police est intervenue lundi 25 mai devant plusieurs Hôtels des impôts de Paris et de province, touchés depuis le 15 mai par des mouvements de grève, pour empêcher les grévistes de pénétrer dans les locaux et les tenir un peu à l'écart, a-t-on appris de sources syndicales.
Le Ministre du Budget a confirmé, dans un communiqué, avoir "pris les mesures nécessaires pour faire rétablir le libre accès des usagers et des agents" aux centres des impôts touchés par des grèves, souvent tournantes.
Selon le ministre, une dizaine de sites sont concernés par le mouvement de grève, sur 800 centres des impôts à travers la France.

Continuité du service public fiscal


"Eric Woerth considère, que dans le respect du droit de grève, le service public fiscal doit toujours être en mesure d'accueillir et de renseigner les usagers, en particulier dans cette période de remise des déclarations d'impôts", indique le communiqué.
Selon la CGT, des piquets de grève ont été mis en place sur plusieurs sites depuis le 16 mai, notamment à Paris (12e, 19e, 8e, 17e, 18e), et "Grenoble, Toulouse ou Caen".
Selon Vincent Drezet (Snui), la police est intervenue à Paris, notamment dans les centres des impôts des 12e, 15e et 17e arrondissements, mais aussi en province, sur les sites d'Avignon et de Carpentras.
Sur certains sites, comme à Grenoble, Toulouse ou Perpignan, les agents se contentent d'après lui de distribuer des tracts.

Dénonciation syndicale de la suppression de postes


Les grévistes, réunis à l'appel des syndicats CGT, Snui, Sud et Unsa, dénoncent la fusion des Impôts et du Trésor, qui "entre dans le cadre de la politique massive de suppressions d'emplois" voulue par le gouvernement et va aboutir "à une perte de qualité et de technicité" du travail des agents, selon la CGT.
Plus largement, les grévistes dénoncent aussi la révision générale des politiques publiques (RGPP) et le projet de loi sur la mobilité des fonctionnaires.
Dans un communiqué, le syndicat FO-Impôts demande au gouvernement de "respecter" la volonté des agents des Impôts, en grève "à 45% le 15 mai", et des fédérations de fonctionnaires, qui demandent le retrait de plusieurs articles du projet de loi sur la mobilité.
Le ministre du Budget Eric Woerth a chiffré à 5.000 en 2008 et 2009 le nombre de suppressions de postes liées à la fusion entre le Trésor et les Impôts.

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Les infirmières contestent la création d'un Ordre professionnel

Les infirmières contestent la création d'un Ordre professionnel

Fruit du lobby des infirmiers libéraux, ce nouvel ordre professionnel inquiète les syndicats : complexité administrative, mise au pas de la profession... et surtout une cotisation obligatoire que les kinés, au pouvoir d'achat écorné, ont refusé pour leur propre structure.



« On a fait courir la rumeur que la cotisation serait de 40€ par mois ! », raconte Jean-Jacques Scharff, du groupe Sainte-Anne. Cet organisme, regroupant 46 associations d'infirmiers libéraux, voit émerger dans la suspicion l'ordre professionnel pour lequel il a milité plus de trois ans. Adopté en 2006, sur proposition de la député de Haute-Saône Maryvonne Briot, le texte institue pour tous les personnels infirmiers (qu'ils exercent dans le public, le privé ou en libéral) une instance jouant le rôle de gardien de la profession au niveau déontologique et d'interlocuteur du gouvernement sur les questions de santé publique.

Une instance contre laquelle s'érigent la plupart des syndicats de l'assistance publique alors qu'elle a connu ses premières élections internes en avril dernier : «Tout ce dont cet ordre devra s'occuper est déjà pris en charge par d'autres structures ! s'exaspère Marie-Christine, délégué Sud à l'Assistance publique des hôpitaux de Paris (APHP). Le seul intérêt pour l'Etat, c'est d'évacuer les syndicats des négociations, d'arracher la formation continue du public pour l'offrir au privé et de mettre la profession au pas ! » Une organisation que le socialiste Jean-Marie Le Guen, farouche opposant de Maryvonne Briot sur cette proposition, avait comparé à l'Assemblée à de « de véritables tuyaux d'orgues aussi structurés qu'inadaptés. »


Le précédent de l'Ordre des kinés
Le détail du texte spécifie cependant bien que l'Ordre infirmier n'a pas vocation à être l'interlocuteur du gouvernement sur les questions de statuts. «Les syndicats et l'Ordre seront complémentaires sur la négociation, comme l'Ordre sera complémentaire de la Hauté autorité de santé sur les questions de déontologie, se défend le porte-parole du Groupe Sainte-Anne. Les syndicats confédéraux se lancent dans un faux débat alors que cette structure va combler un vide : au moment des discussions sur les soins palliatifs, le gouvernement n'avait pas de représentant des infirmiers alors que ce sont ceux qui sont le plus proches des patients concernés. Est-ce que c'est normal ?»

Mais le fond de l'inquiétude se révèle vite dans le discours des infirmières syndiquées : le précédent de la mise en place de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes en 2007 a marqué les esprits. «Du jour au lendemain, le gouvernement nous a mis devant le fait accompli : nous devions payer pour exercer notre métier ! Raconte Pierre, kiné de l'APHP. Tout existait déjà pour remplir les fonctions de l'Ordre et en plus on devait payer 300€ par an pour le faire fonctionner : une intersyndicale s'est montée pour la non-obligation d'affiliation mais on nous a opposé une fin de non-recevoir »


La ponction de trop sur le pouvoir d'achat
Depuis, les kinés sont passés aux choses sérieuses : refus d'accueil des stagiaires et boycott des jurys de diplôme. Face à la manifestation des étudiants, le ministère a préféré réformer le diplôme d'Etat que de céder aux revendications des professionnels qui ne démordent pas de leur «guerre d'usure». La prochaine étape sera une manifestation le mardi 27 mai pour se plaindre, notamment, des poursuites pour exercice illégal intentées par les responsables de l'Ordre contre des kinés réfractaires.

Le rabais à 130€ de la cotisation annuelle n'a pas calmé les esprits : «on nous a dit que c'était exceptionnel et que l'Ordre fixerait lui-même ses cotisations futures», explique Pierre. Or le train de vie de l'organisme laisse présager du pire : siège dans un luxueux immeuble haussmannien du VIIè arrondissement de Paris, congrès au Canada, défraiment de 500€ la journée par intervenant... Avec un salaire net de départ de 1300€, primes comprises, et seulement 0,8% d'augmentation pour 2008 sur la grille du secteur public, les 130€ de cotisation pèsent lourd.


Chez Bachelot, « on s'en serait bien passé ! »
Rangées à la même enseignes pour les salaires, les infirmières ont un peu de mal à croire les promesses de Roselyne Bachelot de garder sous la barre des 30€ par an la cotisation à l'Ordre. Certains assurent que la ristourne vise précisément à éviter la levée de bouclier des professionnels de santé.

La position officielle reste cependant ferme : « la loi a été votée en 2006 et nous ne faisons que l'appliquer, » répète-t-on au cabinet de la ministre. Mais derrière le discours transparait une certaine inquiétude de voir les relations avec les syndicats, plutôt cordiales, se dégrader à cause de cette loi votée sous Xavier Bertrand. « Franchement, on s'en serait bien passé de cet ordre infirmier ! », soupire-t-on dans l'entourage de la ministre.

La mise en place de l'Ordre infirmier se fait malgré tout dans une discrétion médiatique qui est loin de faciliter le travail de mobilisation des syndicats : « le problème des conditions de travail et des rémunérations sont déjà tellement lourd que l'on a du mal à motiver les collègues sur une histoire d'ordre professionnel, explique une délégué CGT de l'APHP. Avec la réquisition, on a beaucoup de mal à organiser des manifs, alors on privilégie la résistance passive, comme aux élections de l'ordre. » Les 13,74% de participation aux élections départementales du 9 au 24 avril n'ont cependant pas fait le bruit espéré. La CGT et Sud espèrent trouver un second souffle pour faire entendre leur voix en s'associant à leurs collègues kinés qu'ils rejoindront le 27 mai. « Si ça continue, autour du bloc, on aura un ordre pour chaque profession : médecin, infirmier, paramédical, anesthésie, etc., s'inquiète Marie-Christine. On ne peut pas laisser l'Etat diviser les personnels hospitaliers. » Nul doute qu'avec le pouvoir d'achat, l'union des métiers de la santé est assurée.


Lundi 26 Mai 2008 - 00:04

Sylvain Lapoix

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Voile: ce sont celles qui le portent qui en parlent le mieux

Voile: ce sont celles qui le portent qui en parlent le mieux

   

   

Elles portent le voile et revendiquent le droit de faire ce choix sans être exclues d'une société prétendument laïque. Témoignages.


Manif' contre la loi sur la laicité, janvier 2004, Paris (Thierry Ardouin).

Quatre ans après la loi interdisant le port du voile à l'école, la polémique semble appartenir au passé. Mais tous les problèmes débattus au moment de son adoption sont loin d'avoir disparu.

Sur cette question du foulard, beaucoup se sont exprimés: spécialistes de la laïcité, exégètes du Coran, défenseurs du droit à l’éducation, sociologues, hommes et femmes politiques. Mais qu'en disent les jeunes filles ou les femmes qui le portent? Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian ont eu l'idée de recueillir leurs témoignages dans un livre, "Les filles voilées parlent". Façon de leur donner le statut de sujets et non d'objets. Elles y racontent notamment leur exclusion de l’école, mais aussi la discrimination au travail, à l’université, dans le monde militant… Les trois auteurs (deux femmes musulmanes portant le foulard et un homme non-musulman), sont venus expliquer leur démarche dans les locaux de Rue89. (Voir la vidéo) 



"On parlait de nous, sans nous."

Les trois co-auteurs se sont retrouvés notamment au sein du collectif "Une école pour tou-te-s", qui s’opposait à l’exclusion des élèves voilées, rendue obligatoire par la loi du 15 mars 2004.

Les auteurs

Ismahane Chouder est membre du collectif Une école pour tou-te-s, anciennement vice-présidente du Collectif des Féministes pour l’égalité, et secrétaire générale de la commission Islam et laïcité. Elle a contribué à l’ouvrage collectif "Le livre noir de la condition des femmes" (XO Éditions, 2006).

Malika Latrèche  est également membre des collectifs Une école pour tou-te-s et Féministes pour l’égalité. Elle milite dans plusieurs associations, notamment en faveur des mal logés et des femmes battues, et dans l’association de parents d’élèves FCPE.

Pierre Tevanian enseigne la philosophie à Drancy. Il coanime le collectif Les mots sont importants et a publié plusieurs livres, dont "Le Dictionnaire de la lepénisation des esprits" (L’Esprit frappeur, 2002) et "Le Voile médiatique" (Raisons d’agir, 2005).

Ils sont allés rencontrer des filles exclues de l’école, mais aussi d’autres qui avaient accepté à contre-cœur de se dévoiler pour ne pas se déscolariser, afin, disent-ils de réaliser un "contre-bilan de la loi". Mais l’ouvrage donne aussi la parole à des femmes plus âgées (de 20 à 40 ans), mères de famille impliquées tant bien que mal dans la vie de l’école de leurs enfants, travailleuses -et qui en ont parfois assez qu’on les dissèque et qu’on les stigmatise. Explication de Malika Latrèche:

"On parlait de nous, sans nous. On nous présentait soit comme des femmes soumises qui n’avaient rien à dire, soit comme de dangereuses terroristes à chasser."

Laisser parler est donc le principe de l’ouvrage; mais comment s’est fait le choix des femmes qui témoignent? Pierre Tevanian raconte:

"La question de la représentativité se pose effectivement. Nous avons rencontré les femmes par des connaissances, par les réseaux associatifs, par le bouche-à-oreille, ou encore par des associations de soutien scolaire pour les lycéennes exclues de l’école. D’une certaine manière, la sélection s’est faite en dehors de nous. Certaines refusaient de parler."

Malika Latrèche précise:

"Il faut savoir que pour une fille qui témoigne dans le livre, dix ont refusé -soit pas peur des représailles, et cela a été mon cas dans un premier temps, soit par fatalisme (la loi a été votée, nous n’allons pas la faire changer), soit par méfiance, par peur que leurs discours finissent par être utilisé contre elles."

Dans une annexe, les auteurs reconnaissent une part d’arbitraire et de hasard dans le panel retenu, hasard qui à leurs yeux a plutôt "bien fait les choses" dans la mesure où le résultat final restitue assez bien la très grande diversité des profils d’âges, de statuts familiaux, de parcours scolaires, de professions et, disent-ils, de tempéraments existant chez les femmes musulmanes voilées vivant en France.

Et quid de celles qui portent le foulard sous la pression de l’entourage?

Les auteurs reconnaissent qu’une voix manque dans ce livre. Voix qui pourrait faire l’objet d’un autre recueil: celle de femmes ou adolescentes qui portent le foulard à contrecœur, sous la pression de l’entourage, notamment familial. Ils s’en expliquent là encore dans l’annexe: ils n’ont pas trouvé de femmes dans ce cas qui souhaite témoigner.

Malika Latrèche et Ismahane Chouder disent toutes deux avoir rencontré des jeunes femmes dans cette situation et être intervenues en leur faveur (avec succès). Convaincues que la détresse d’une femme forcée de porter le voile est tout aussi grave que celle d’une femme contrainte de l'enlever, elles s’estiment par ailleurs investies d'un rôle et d’une compétence particuliers: portant elles-mêmes le foulard, elles ont plus de chances d’être écoutées par des familles très pratiquantes, et elles maîtrisent par ailleurs des références religieuses qu'elles peuvent mobiliser en faveur du libre choix des jeunes femmes (comme celui de l'absence de contrainte en islam).

Parmi la quarantaine de femmes qui s’expriment dans le livre, beaucoup évoquent ce problème: leur liberté de porter le foulard doit aller de pair avec la liberté pour d’autres de ne pas le porter. Les seules réserves qu'elles émettent concernent la méthode: à leurs yeux, l’exclusion scolaire ou professionnelle n’apporte aucun secours à une jeune femme qui subit des pressions et qui souhaite se débarrasser d’un foulard imposé. Ainsi, selon Fatima, 20 ans, qui habite Saint-Denis:

"A leur seizième anniversaire, ces filles ne sont plus obligées d’aller en cours, donc on les retire de l’école et on les marie!"

Un avis partagé par Jihene, 24 ans, d'Ile-et-Vilaine:

"Si une fille est contrainte par ses parents, il faut justement lui donner le privilège d'aller en cours, d'avoir son bac, de réussir ses études, pour pouvoir devenir indépendante et vraiment l’enlever si elle en a envie."

"Une loi sexiste"

Le livre aborde les questions d'exclusion dans l’enseignement secondaire, l’école primaire (où les mères voilées peuvent être exclues de l’accompagnement des sorties ou des fêtes de fin d’année), l’enseignement supérieur, le monde du travail et le monde militant. La loi ne concernait que les collégiennes et lycéennes, mais comme le souligne Ismahane Chouder "on a observé que la loi avait souvent fait l’objet d’une extrapolation à d’autres domaines de la vie sociale, autorisant les exclusions les plus injustifiées, et libérant des discours racistes et sexistes." (Voir la vidéo)



Cette loi, pourtant soutenue par beaucoup au nom d’une lutte contre l’oppression de la femme, est qualifiée de "sexiste" par les trois coauteurs. Le voile symbole d’oppression? "Un symbole ne vaut que par la valeur que lui donne la personne qui le porte", répond Ismahane Chouder:

"Nous ne prônons pas le port du voile, mais nous défendons le droit de le porter. C’est sur le terrain du droit que nous luttons: le droit de ne pas porter le voile doit aller avec le droit de le porter. Les femmes qui portent le foulard font usage d’une liberté de disposer de leur corps comme elles le souhaitent, même si cela dérange certains modèles d’émancipation."

Les auteurs insistent sur les conséquences de la loi, qui entraine l’exclusion -ou une humiliation profonde pour celles qui acceptent finalement, à contrecœur, de l’enlever:

"Les effets concrets de cette loi sont d’éloigner les femmes de la connaissance, des diplômes, du travail, de la politique, bref, de tout ce qui rend fort et indépendant."

"Le silence est la plus grande persécution"

Le livre cherche à redonner une certaine dignité aux femmes qui témoignent, puisque, comme se plaît à le rappeler Ismahane Chouder, "le silence est la plus grande persécution, écrivait Blaise Pascal". Les récits sont parfois d’une grande violence. Violence de l’humiliation du dévoilement quotidien pour les jeunes lycéennes qui ont finalement accepté de retirer leur foulard en entrant dans leur établissement; regards hostiles, injures souvent quotidiennes; violence parfois physique des agressions dont témoignent certaines femmes dans l’espace public, du crachat au coup de poing dans le ventre (d’une femme enceinte), en passant par la simple gifle...

Pierre Tevanian revient sur sa propre réaction face aux témoignages, cet étonnement admiratif qui révèle les préjugés dont lui-même n’était pas exempt. (Voir la vidéo)



Le tableau des discriminations et des violences faites à ces femmes laisse souvent sans voix, autant que la diversité des parcours et des personnalités représentés, et on se voit mal, ensuite, armée de son jean et de ses cheveux aux vents, aller donner des leçons.

Les filles voilées parlent De Ismahane Chouder, Malika Latrèche, Pierre Tevanian (La Fabrique, 330pp., 18€)

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