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21 mai 2008

Bertrand Delanoë : "Oui, je suis libéral ET socialiste"

EXCLUSIF

Bertrand Delanoë : "Oui, je suis libéral ET socialiste"

NOUVELOBS.COM | 21.05.2008 | 16:06

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Dans ses entretiens avec Laurent Joffrin, Bertrand Delanoë dessine les contours d’une gauche réconciliée avec son temps. Héritier sans complexe de la pensée libérale, il plaide pour un PS qui soit enfin "un parti de manager". Et surtout, dit ses craintes sur Sarkozy et ses doutes sur la grande rivale, Ségolène Royal, sa passion pour l’écologie et sa vision d’une France fidèle à son passé. Extrait d’un livre choc (*) qui sonne comme une entrée en campagne.

               

Extrait 1

Pourquoi je suis libéral….

Socialiste et social-démocrate, c’est donc pareil, maintenant ?

Pour moi, ça l’a toujours été. Le mot n’était pas employé de la même manière parce qu’il y avait une réalité que les socialistes français n’ont jamais pu atteindre. Premièrement, le parti de masse qui caractérise le système social-démocrate et, deuxièmement, le rapport aux syndicats. Dans toutes les social-démocraties, il y a d’abord adhésion massive au parti ou au syndicat, puis il y a une relation contractuelle entre le parti progressiste et l’organisation des salariés. Cela manquera toujours en France. Si on regarde l’expérience espagnole, aussi bien celle de Felipe Gonzalez que celle de José Luis Zapatero, même quand il y a eu conflit avec les syndicats, il y a toujours eu partenariat.

Tenez vous un discours social-libéral ?

Non, je ne suis pas social-libéral : je n’adhère pas à ce que représente ce courant de pensée. Mais je vous le dis tout net : je ne réfute pas mécaniquement ce vocable, "libéral". Et quand il s’applique à une doctrine politique,  au sens global, je crois même qu’un militant socialiste devrait le revendiquer. En revanche, ce qui est inacceptable pour un progressiste, c’est de hisser le "libéralisme" au rang de fondement économique et même sociétal, avec ses corollaires : désengagement de l’État et laisser-faire économique et commercial. Il est donc temps que nous cessions de nous acharner sur un mot, et que nous tournions le dos à cette triste époque de notre histoire collective, qui a vu une grande partie de la gauche française rejeter une constitution européenne au motif qu’elle aurait été "libérale". C’est d’autant plus absurde – et croyez bien que je ne suis pas inspiré par le goût du paradoxe, mais par celui de la vérité – que la gauche que je défends est par essence libérale. Quant au sarkozysme, ce bonapartisme modéré par la désinvolture – mais nous y reviendrons –, il est profondément antilibéral. Je le dis et je tente de le prouver. Qu’est-ce que le libéralisme ? C’est une doctrine d’affranchissement de l’homme, née dans l’Europe des Lumières. C’est, comme son nom l’indique, une idéologie de la liberté, qui a permis l’accomplissement de grandes conquêtes politiques et sociales. Le principe en est simple : il n’y a pas d’oppression juste, il n’y a pas de chaîne qui ne doive être brisée, il n’y a pas de légitimité, ni donc de fatalité, à la servitude. Et le libéralisme, c’est dans le même temps l’idée que la liberté est une responsabilité, qu’être libre ce n’est pas faire ce que l’on veut mais vouloir ce que l’on fait. Au nom de cet héritage intellectuel- là, celui de Montesquieu, de John Locke, au nom de ceux qui ont su se dresser contre le confort mortel de l’habitude pour dire non, je suis libéral. Je suis libéral parce que j’aime la liberté. Pour moi-même : j’ai toujours voulu être un homme libre de toutes les puissances et de toutes les dominations. Et pour les autres : j’aime les peuples libres qui défient la rigueur de l’histoire, j’aime que, collectivement, s’exprime le désir d’avancer fièrement dans la voie que l’on s’est souverainement tracée. Et ce que je dis des peuples vaut pour les personnes. Chaque individu a droit au bonheur, et il a le droit de le rechercher par les moyens qu’il souhaite. Avec une seule limite, celle de l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme, qui définit l’idée que je me fais du libéralisme : "(...) l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits." Le libéralisme est donc d’abord une philosophie politique et j’y adhère. Ce sont les conservateurs qui l’ont dévoyé au service d’une idéologie du laisser faire économique et de la perpétuation des rentes et des privilèges dont ils bénéficient déjà. Au nom d’un principe de liberté, leur dessein est en réalité celui de l’immobilisme, qui prolonge leurs avantages et reproduit toujours les mêmes inégalités. C’est une supercherie à la fois intellectuelle et idéologique, dont la gauche ne doit pas, ne doit plus, s’accommoder. Je suis donc libéral ET socialiste.

 

Extrait 1 (suite)…

Et pourquoi Sarko ne l’est pas ?

Sarkozy entrave les libertés individuelles, et il ignore les libertés collectives. Qu’est-ce que l’amendement sur les tests ADN, sinon une restriction imposée à la plus élémentaire des libertés : celle d’exister autrement que par sa naissance, celle de ne pas se définir par son code génétique ? Qu’est-ce que cette pratique politique, faite d’arrogance et d’égotisme ? M. Sarkozy se veut souverain omnipotent : le libéralisme, c’est le contraire. Le libéralisme, c’est la tolérance devant les démarches individuelles, c’est une certaine forme d’indifférence bienveillante de la collectivité devant la singularité des choix de chacun, c’est la mise à l’épreuve de la plus belle des vertus – la modération dans l’exercice d’un pouvoir quel qu’il soit. Mais je vais plus loin : Nicolas Sarkozy est antilibéral dans bien des domaines. Prenez par exemple la loi sur la rétention de sûreté. Elle piétine en vérité l’un des principes de notre système judiciaire, la responsabilité pénale. Comme l’a souligné Robert Badinter, on quitte la réalité des faits (le crime commis) pour la virtualité d’une hypothèse. Faut-il ignorer la dangerosité potentielle de ces personnes ? Non, évidemment. Mais il existe des systèmes de contrôle rendus de plus en plus exigeants au fil des années, qui permettent à la fois à la société de placer l’individu sous surveillance tout en lui reconnaissant le droit à la réinsertion, dès lors qu’il a accompli sa peine.

 

Extrait 2

La gauche doit rester le parti de l’impôt.

Si vous choisissez sans ambages la voie européenne et sociale-démocrate, il n’y a plus d’utopie dans le socialisme français ?

Comment cela, il n’y a plus d’utopie ? Ce n’est pas une utopie que de fonder une société de la connaissance ? Ce n’est pas une utopie que de maîtriser les conséquences culturelles des nouvelles technologies ? Ce n’est pas une utopie que de créer une société de justice dans l’économie moderne ? Ce n’est pas une utopie que de concevoir la justice sociale dans le développement durable ? Ce n’est pas une utopie que d’inventer des formes nouvelles de démocratie ? Ce n’est pas une utopie que de faire progresser la civilisation de la liberté et de faire de la France et de l’Europe un modèle de développement humain pour le monde ? Ce sont des utopies réalisables, des idéaux que nous pouvons atteindre. Voilà la différence avec la vieille gauche : nous ne nous contentons pas de rêver et d’accuser les autres de trahison parce que ce qu’ils font est imparfait. Et si nous admettions que le courage, le vrai, celui qui justifie les efforts et que récompensent les victoires, ce n’est pas d’appeler à la révolution impossible, mais de préparer la réforme possible ? Le courage, ce n’est pas l’incantation, c’est l’action. Nous agissons pour qu’un jour nos rêves se réalisent. Les plus beaux rêves sont ceux qui se réalisent, même partiellement.
Une droite intelligente dirait sans doute la même chose…

Non ! Elle ne le dit pas et elle ne le fait pas ! La droite intelligente est aujourd’hui incarnée par Nicolas Sarkozy. Que dit-elle ? Elle tient un discours populiste à la limite de la démagogie. Les ouvriers sont formidables, les fonctionnaires sont formidables, les salariés sont formidables. Mais tous les efforts financiers de l’Etat vont à d’autres, à ceux qui n’en ont pas besoin. C’est vrai pour la fiscalité : les réductions d’impôts consenties au début du quinquennat ont profité pour l’essentiel aux classes favorisées et aux héritiers relativement fortunés, sans aucun effet sur l’économie. Je le dis d’ailleurs avec calme. La gauche a toujours été le parti des fonctionnaires, c’est-à-dire des agents de l’Etat. Elle le reste, et elle n’a pas à s’en excuser : elle peut s’opposer, avec fierté, à la démagogie d’un régime qui veut toujours moins de fonctionnaires, mais toujours plus de policiers, toujours plus d’infirmières. La Grande-Bretagne de Tony Blair a mené contre le chômage une lutte dont les plus sourcilleux de nos libéraux saluent l’efficacité, et elle a gagné cette bataille en créant 1,5 million d’emplois dans la fonction publique. La gauche a toujours été le parti de l’impôt, c’est-à-dire des revenus de l’Etat : elle doit avoir le courage de le rester, à l’heure où la justification même de la contribution collective à la richesse de la nation est remise en cause. C’est le maire d’une commune où les prélèvements obligatoires n’ont pas augmenté en sept ans qui le dit : contester le principe de la fiscalité, c’est porter atteinte à l’équilibre même du pays. Avec le bouclier fiscal, avec la suppression des droits de succession, la droite, qui prétend réhabiliter le travail, sacralise en réalité l’héritage et favorise ceux qui se sont "donné la peine de naître et rien de plus". 

 

Extrait 3

Ce que j’aimais chez Ségolène…

Vous avez cru en Ségolène Royal ?

J’aimais la perspective qu’une femme devienne présidente de la République. Philosophiquement,  c’était un progrès. Je pressentais sa volonté, sa détermination, ce qui est une qualité. Je n’étais pas enthousiaste de ses effets d’annonce, même s’il y avait parfois de bonnes intuitions. Et la part d’irrationnel – qui doit être intégrée dans la vie démocratique – me paraissait excessive.

Au début, vous avez pensé qu’elle pouvait gagner ?

Je l’ai espéré. Je l’ai souhaité. Je lui ai dit : "Je ferai tout ce que je peux pour que tu gagnes. Je le ferai totalement, mais en gardant ma liberté."

 

Extrait 4

…et ce que j’ai détesté

Après le premier tour de la présidentielle, vous pensiez que l’échec de la gauche était déjà inscrit dans les résultats ?

Je l’ai craint. Certes, la victoire n’était pas impossible. Mais il eût fallu, entre les deux tours, des initiatives de Ségolène extrêmement audacieuses pour inverser la tendance. D’ailleurs elle l’a senti, puisqu’elle a été très offensive dans ses rapports avec le centre. J’ai approuvé son débat public avec Bayrou. Sur le fond, c’était de bonne qualité. En revanche, ses balancements entre lui et Strauss-Kahn pour le poste de Premier ministre ne m’ont pas semblé de nature à renforcer sa crédibilité. Il faut toujours revenir aux fondamentaux. Je n’ai jamais vu un candidat à la présidence de la République annoncer à l’avance son Premier ministre. Plus exactement, un seul l’a fait : Gaston Defferre, qui a formé un tandem avec Pierre Mendès-France. On a vu le résultat : 5% à eux deux. Pourtant ils ne manquaient ni de talent ni d’expérience. Ce qu’elle nous a révélé depuis à propos de sa démarche nocturne auprès de François Bayrou me conforte dans le fait qu’il ne suffit pas d’avoir l’intuition d’un problème pour le résoudre.

Ne fallait-il pas élargir les alliances du PS ? Au moins, elle a fait preuve d’esprit de décision.

L’esprit de décision y était. Mais la décision était mauvaise. On pouvait s’adresser aux électeurs de Bayrou du premier tour, montrer dans la transparence, lors du débat, les points d’accord et de désaccord. Mais renverser les alliances, c’est autre chose. C’est d’ailleurs un problème qui nous est posé aujourd’hui. Est-ce bien sérieux de concevoir une alliance allant du centre à l’extrême gauche ? C’est sympathique. Mais il faut un minimum de cohérence. Quelle est la base politique et programmatique d’une telle coalition ? Est-elle crédible auprès des électeurs ? Le centre existe-t-il ? Jusqu’à présent, il était un faux nez de la droite. Le centre tombait toujours du côté conservateur. Bayrou est différent. Mais quel est son projet, sinon prendre la place du PS comme principal opposant ? Et quelle est sa force réelle ? Tout cela demande une réflexion sérieuse, qui ne peut venir qu’après une redéfinition de l’identité et de la stratégie des socialistes.

Avez-vous pensé être candidat vous-même ?

Un certain nombre de personnes m’ont demandé d’y penser. Mais je n’étais pas en situation. On ne doit jamais être candidat pour soi, mais seulement quand on est l’homme ou la femme du moment. Et puis l’hypothèse Jospin existait. Lionel est un homme d’Etat qui aurait été utile au pays : je ne devais pas l’affaiblir.

 

Extrait 5

La réforme ? oui mais la vraie !

Sarkozy est-il un véritable réformateur ou bien, un peu comme Chirac, donne-t-il l’illusion du mouvement sans changer les choses ?

On ne le sait pas encore. En premier lieu, il est par définition le continuateur de Chirac, puisqu’il était président du principal parti de la majorité chiraquienne avant 2007. Il est, au moins en partie, responsable de l’état du pays. En 2012, il aura un bilan de dix années et non de cinq. Pour l’instant, il est plus dans la continuité que dans la rupture. Que fait-il pour réduire la dette publique accumulée sous Chirac ? Rien. Au contraire, le déficit s’accroît. De la même manière, qu’a fait Nicolas Sarkozy depuis un an pour renforcer les capacités économiques de la France ? Rien. Il donne l’impression de l’activité, de l’énergie mais c’est un artifice. Je ne conteste pas l’importance de la communication politique : gouverner, c’est aussi affaire de clarté dans les mots, l’attitude, le rythme. Mais quand la communication se substitue à l’action, il y a une forme d’imposture. C’est ce que dessine le sarkozysme.

Sera-t-il l’homme de l’adaptation libérale de la France à la mondialisation ?

Il a déjà montré qu’il ne le serait pas. Je vous le répète : Sarkozy n’est pas libéral, il est conservateur. Il l’a prouvé à plusieurs reprises : étatiste, protectionniste, il impose à tous les échelons l’omniprésence d’un Etat que dans le même temps il désarme.

Va-t-il réaliser des réformes que la gauche n’a pas faites ou pas osé faire ?

Ah oui ? Lesquelles ? La couverture maladie universelle ? La réduction du temps de travail ? À moins que vous ne fassiez allusion au RMI, à la CSG? Ou au PACS? Ou bien, dans un autre ordre d’idées, à l’abolition de la peine de mort ? Sérieusement, la sérénité et, tout simplement, l’objectivité du débat démocratique exigent, comme préalable, la vérité. Qu’on ne nous dise plus que la gauche est immobile et que la droite est réformatrice. C’est le respect de la vérité qui m’oblige à rappeler que les plus grandes réformes de ces trente dernières années, celles qui ont modifié en profondeur la société française, celles qui ont fait avancer notre pays, ont été inspirées par la gauche. Je ne dis pas que nous avons tout réussi. Je reconnais qu’il nous est arrivé d’être pusillanimes : nous aurions dû, pour reprendre l’exemple que vous citiez, réformer les retraites. Nous ne l’avons pas fait. Nous l’avons seulement esquissé. Mais la droite, au pouvoir depuis six ans, ne l’a pas fait non plus, elle s’est simplement emparée du sujet pour diviser et créer des affrontements artificiels. Je rétablis la vérité, parce que la gauche, pour revenir au pouvoir, devra tordre le cou à l’idée saugrenue, démentie par les faits, selon laquelle elle ne saurait pas réformer.

 

Extrait 6

Pour un parti de manager

La gauche a besoin de managers et d’autorité ?

C’est même une priorité. Nous sommes une gauche de gouvernement. Nous devons réfléchir à notre manière de gouverner et, donc, à notre manière de gérer l’État. C’est un défi majeur pour la gauche, peut-être le principal. Pour gagner, il faut être crédible. Nous ne changerons pas la société, nous ne réaliserons pas les réformes sociales et écologiques qui s’imposent sans une gestion rigoureuse et énergique. Nous devons être des managers. Des managers du changement, de la réforme du dialogue social, des managers de l’espoir. Mais des managers. Nous ne ferons rien sans moyens. Or l’Etat, sous Chirac et Sarkozy, s’est considérablement endetté. Et nous ne pouvons pas augmenter les impôts indéfiniment, même si j’assume parfaitement le fait de maintenir un haut niveau de prélèvements, notamment pour les classes les plus favorisées. Il faut donc trouver des ressources nouvelles. Ces ressources existent : elles résident notamment dans les gains d’efficacité que nous pouvons réaliser dans le fonctionnement de l’Etat et des services publics. C’est ce que nous avons fait à Paris. Nous n’avons pas augmenté les impôts pendant sept ans. Nous avons recherché des marges nouvelles en réformant l’usage de l’argent public et en rationalisant la gestion de la Ville. Nous pouvons parfaitement le faire à l’échelle du pays. A condition d’être des managers.

C’est une conception nouvelle ?

Dans une certaine mesure. La gauche doit assumer les contraintes de la gestion. C’est la condition première pour réaliser l’utopie ! Les deux sont indissociables. C’était aussi l’idée de Pierre Mendès-France...

 

Extrait 7

L’écologie, c’est le cœur du projet socialiste

Il n’y a aucune contradiction entre une politique globale de protection de la planète et la croissance ?

Si, si nous en restons à la définition actuelle de la croissance. Mais notre stratégie doit consister à obliger le capitalisme à s’adapter, par un mélange de contraintes, d’incitations fiscales et d’opportunités d’investissements. Exemple : si nous décidons d’améliorer l’habitat à un rythme rapide, ce qui est indispensable, un immense débouché s’ouvrira à l’industrie du bâtiment. La construction, l’isolation et la rénovation, de même que la formation des personnes, représentent de gigantesques chantiers. C’est le propre du capitalisme de s’adapter pour trouver de nouvelles sources de richesses. A nous de l’y contraindre.

Cette politique est adaptée aux pays riches. Que vont devenir les pays les plus pauvres, qui ont un besoin vital de développement et ne peuvent se permettre de brider leur croissance pour préserver la qualité de l’atmosphère ?

Vraie question ! Il est clair qu’on ne peut pas contester aux populations du tiers-monde le droit d’accéder à la consommation. Mais, à l’inverse, faudrait-il considérer que « notre » logique de développement, avec ses conséquences désormais avérées sur l’environnement, est « tolérable » dans les pays du Sud ? Savez-vous, par exemple, que la grande majorité des maladies liées à la diffusion de pesticides touchent des agriculteurs de ces pays ? Parce qu’ils n’ont pas les protections techniques dont bénéficient leurs homologues américains ou européens.  D’ailleurs, parmi les futures grandes puissances, la prise de conscience est déjà perceptible : la Chine n’a pas du tout l’intention de réduire sa croissance, mais elle se fixe désormais des objectifs volontaristes pour faire baisser ses émissions de CO2. Donc, la réponse à votre question passe par des transferts de technologie en direction de ces pays, et au-delà par l’affirmation, plus indispensable que jamais, de l’amélioration du niveau de vie de leur population. Il s’agit en fait de reconstituer un cycle vertueux : car cette ambition implique une accélération de la croissance économique, dans le respect de l’environnement. On est donc bien loin de l’option « décroissance » que vous évoquiez tout à l’heure et qui irait à l’encontre d’une vraie solidarité avec les nations émergentes. Concrètement, comment aider notamment les pays africains à produire leur denrées alimentaires sans répandre des tonnes de pesticides sur leurs cultures, sans détruire leurs forêts ou leur savane et sans épuiser leurs sols ? C’est la politique de codéveloppement, dont nous avons déjà parlé …

Comment lier la question de l’environnement et la question sociale ? On voit bien qu’il y a parfois contradiction entre les deux. À l’échelle internationale, la maîtrise de la croissance peut gêner le développement des pays les plus pauvres, vous l’avez dit ; sur le plan national, certains investissements dans la protection de l’environnement risquent de réduire les crédits sociaux.

La contradiction n’est qu’apparente. Je préconise un changement profond de raisonnement. La question écologique ne peut plus être un simple chapitre dans les programmes de la gauche. Elle doit être au centre du projet. À condition d’être pensée à partir des valeurs de justice sociale et non comme une simple contrainte environnementale : j’en reviens à la définition même du concept de développement durable. Et c’est sans doute là que la distinction droite-gauche reprend son sens. D’ailleurs, un nombre croissant de jeunes entreprises tiennent compte, dans leur gouvernance et dans leur mode de fonctionnement, à la fois des enjeux environnementaux et des enjeux sociaux. Cela a commencé avec le commerce équitable : les militants de ce mouvement ne distinguent pas la protection de la planète et la protection des hommes qui travaillent et souffrent sur cette planète. Pour eux, c’est la même préoccupation : la logique du marché doit être limitée par le double souci de l’humain et de la nature, qui sont deux modalités du sens collectif. C’est la bonne méthode.

Précisez...

Les associations qui s’occupent de commerce équitable sont attentives à la qualité des produits, mais aussi à leur bilan écologique et à leur bilan social : pas de dommages écologiques pour produire, pas de travail des enfants, un droit social, des syndicats et une rémunération plus juste des producteurs. En fait, ces objectifs sont liés. Il y a un même enjeu collectif, solidaire, qui est à la fois écologique, économique et social. La pensée de gauche doit s’adapter à cette nouvelle conception de l’économie mondialisée. Il s’agit de réorienter le développement de la planète sous contrainte sociale et environnementale. Le progrès social change de contenu. Le besoin de justice reste le même, mais il passe aussi par le respect pour la planète, dont les dérèglements lèsent en priorité les plus faibles, les plus démunis.

N’est-ce pas l’un des enseignements du Grenelle de l’environnement, mis en place par un gouvernement de droite ?…

Avec quels moyens et pour quels résultats ? J’approuve tout ce qui se traduit par une large concertation, par une mobilisation des expériences et des expertises. Très bien ! Mais honnêtement, en termes de diagnostic, qu’a-t-on appris que nous ne savions déjà ? Donc, sur les moyens : quand le Grenelle fixe pour objectif de passer de 2 % des superficies dédies à l’agriculture biologique à 6 % en 2010, c’est positif. Mais comment ? Sur la base de quelles mesures réglementaires ? Avec quels moyens budgétaires ? Qu’est-ce qui concrètement incitera un agriculteur à faire désormais plus volontiers du bio ? Mystère. Autre exemple : savez-vous que les conclusions du Grenelle, en matière de transports publics, ne s’appliquent pas à l’Ile-de-France, soit 11,5 millions de Franciliens exclus d’un dispositif pourtant censé développer l’offre de déplacements ? ! Or, s’il y a bien une région en France qui est directement concernée par cet enjeu, c’est l’Ile-de-France.

 

Extrait 8

Ce que je sais de notre passé colonial

La France doit-elle se repentir pour sa politique coloniale ?

Je ne suis pas sûr que l’expression soit la bonne. Mais si nous étions plus nets sur ces questions qui nous font mal, les relations avec le Maghreb seraient moins douloureuses. Nous pourrions assumer notre partenariat de sécurité, qui est essentiel dans la lutte contre le terrorisme, et peser en même temps en faveur du pluralisme et des droits de l’homme. Le non dit colonial ne fausserait pas en permanence le dialogue. Nicolas Sarkozy récuse l’idée de repentance... Encore une fois, je ne sais pas si le mot repentance convient. Encore que... Est-il si humiliant d’exprimer des regrets ? En tout cas, ce qui me choque dans le propos de Nicolas Sarkozy c’est que la repentance n’a été exprimée par la France qu’à propos de Vichy et par Jacques Chirac. Donc quand il dit : « Il y en a marre de la repentance », que vise-t-il ? Pour ce qui concerne la colonisation au Maghreb et notamment là où elle a été la plus douloureuse, en Algérie, il faut simplement dire la vérité. Le président a commencé, mais avec quels méandres de la pensée ! L'ambassadeur de France en Algérie nous avait pourtant mis sur la bonne voie en allant reconnaître en février 2005 les massacres de Sétif, qui ont fait tant de morts en 1945. En fait, au-delà des mots qui nous piègent – repentance, excuses, etc. –, dire la vérité suffirait. Dire la vérité, notre vérité et même notre vérité commune. Car elle est faite de domination, d'exploitation, de souffrance imposées aux colonisés en même temps que de liens culturels et affectifs que personne n'a envie de nier, pas plus les Algériens que les Français.

Il y avait donc un aspect positif dans la colonisation ? Non. Il y a eu des aventures individuelles, dont je suis un héritier, qui ont permis à des gens de se connaître, de vivre ensemble et même d'être heureux. Mais le fait colonial reste ce qu'il a été : une domination illégitime, et le plus souvent brutale, découlant d'intérêts économiques et militaires ou d'une volonté impérialiste. Cela n'empêche pas que des individus aient tissé des liens amicaux au temps de la colonisation. Regardez un Tunisien, un Algérien, un Marocain accueillant des Français nés là-bas : ce sont souvent des retrouvailles d'amitié. Enrico Macias n'est toujours pas retourné en Algérie. C'est encore difficile. Mais, enfin, les Algériens écoutent ses disques. Le lien est là. Il faut le préserver. Pour autant, le jugement de l'Histoire est sans appel : la colonisation a été négative. C'est tout.
Faut-il que le gouvernement algérien reconnaisse, symétriquement, le sort cruel réservé aux harkis qui ont été massacrés au moment de l'indépendance ou bien qu'il condamne l'usage du terrorisme, contre les civils ?

Il ne s'agit pas de troc ni de marchandage. Il s'agit de la vérité et de l'Histoire. Disons déjà toute la vérité, pour ce qui nous concerne... C'est nous qui avons colonisé l'Algérie, ce ne sont pas les Algériens qui ont colonisé la France. Alors disons-le et que chacun prenne ses responsabilités. Les choses évolueront ensuite. Les dirigeants algériens sont des personnes intelligentes.

 

*Bertrand Delanoë "De l’audace", Entretiens avec Laurent Joffrin (Robert Laffont, 289 pages, 20 euros)

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La France importe du plutonium anglais en toute discrétion

La France importe du plutonium anglais en toute discrétion

Au téléphone, le porte-parole d'Areva est mal à l'aise : "En ce qui concerne la mise en œuvre du transport maritime, je ne peux vous l'indiquer, par ordre de nos autorités, qui nous imposent la confidentialité.

– Mais à qui le Mox produit, à partir de ce plutonium, est-il destiné ?

– Je ne peux pas nommer les clients, ce sont des éléments commerciaux non publics.

– Et quelle quantité de plutonium est-elle transportée ?

– Je ne peux pas vous le dire, pour la même raison commerciale."

Areva ne veut rien dire à propos de l'Atlantic Osprey, navire parti du port anglais de Workington, samedi 17 mai, et arrivé, mercredi 21 mai à 2 heures du matin, à Cherbourg. Au ministère de l'écologie, le conseiller de Jean-Louis Borloo chargé des questions de l'énergie avoue qu'il "n'est pas plus au courant que ça" [du transport]. L'Autorité de sûreté nucléaire explique quant à elle que son rôle se limite à s'assurer que le plutonium sera manipulé de manière sûre, mais qu'elle n'en sait pas plus. Le Haut-Comité pour la transparence et l'information nucléaire abordera la question… en juin.

Si l'industrie et le gouvernement voulaient montrer que le nucléaire est secret et dangereux, ils ne s'y prendraient pas autrement. Il a fallu que Greenpeace et l'association anglaise Core enquêtent pour que l'on apprenne que la Grande-Bretagne et la France organisaient, entre Sellafield et La Hague, des transports secrets de plutonium – une des matières les plus toxiques au monde.

Ainsi sait-on que les compagnies Sellafield Limited et Areva ont convenu d'acheminer à La Hague du plutonium anglais, afin qu'il soit expédié à Cadarache pour être transformé en Mox, un combustible nucléaire mélangeant plutonium et uranium.

Dans un premier temps, 1,3 tonne de plutonium est concernée, soit 4 à 5 transports. L'Atlantic Osprey, arrivé à Cherbourg mercredi, acheminait environ 360 kg de plutonium. "Celui-ci est contenu dans des récipients de type Safkeg, d'une capacité de 18 kg, explique Yannick Rousselet, de Greenpeace. Ils sont placés par dix dans un conteneur d'une longueur de vingt pieds, lui-même posé sur le plateau d'un camion. Deux camions ont débarqué [dans la nuit du 20 au 21 mai]." L'Atlantic Osprey est un simple ferry, construit en 1986 ; alors que des vaisseaux spécialement conçus pour le transport de matières nucléaires, le Pacific Pintail et le Pacific Teal, sont disponibles. A la différence de ceux-ci, il n'est pas armé, ne comprend qu'une simple coque et un seul moteur. Cela pourrait faciliter une attaque terroriste, comme l'ont souligné des parlementaires britanniques quand l'affaire a émergé, en mars.

De surcroît, "ces navettes de plutonium à travers le rail maritime le plus fréquenté du monde sont dangereuses, dit Jacky Bonnemains, de Robin des bois. En 1984, un ferry chargé d'uranium, le Montlouis, avait coulé dans la Manche".

Il semble que le plutonium acheminé vienne compenser du plutonium français utilisé par Areva pour fabriquer du Mox pour le compte de Sellafield Limited. En effet, celle-ci est incapable de remplir ses obligations contractuelles : son usine de Mox, basée à Sellafield, n'a jamais fonctionné correctement.

Le 22 février, le ministre britannique de l'énergie, Malcolm Wicks, a reconnu devant la Chambre des communes qu'en cinq ans elle n'avait produit que 5,2 tonnes de Mox, alors que sa capacité nominale est de 120tonnes par an. Comme la compagnie avait signé des contrats avec des clients étrangers, elle s'est trouvée dans l'incapacité de les satisfaire et Areva a sous-traité une partie de ses contrats, notamment pour la compagnie allemande E.ON.

Mais combien de Mox Areva compte-t-elle produire pour le compte de Sellafield Ltd? Celle-ci a accumulé vingt tonnes de plutonium en attente de moxage. "Les compagnies pourraient avoir prévu un transfert total vers la France", dit M. Rousselet. Areva a explicitement proposé au gouvernement britannique de traiter les déchets de ce pays en France. "Si Thorp [l'usine de retraitement située à Sellafield] devait fermer, des solutions existeraient en France pour retraiter les matériaux britanniques", indiquait la compagnie, le 1er octobre 2007, dans sa réponse à la consultation publique menée par Londres.

Sans débat ni information, Areva, qui voudrait construire des réacteurs nucléaires outre-Manche et est candidate à la gestion de Sellafield, engage la France de plus en plus nettement dans la gestion des déchets nucléaires anglais. La société a aussi accepté de traiter 235tonnes de combustibles usés italiens. "Est-ce l'intérêt de la France de gérer les déchets nucléaires européens?, interroge Mycle Schneider, consultant indépendant. L'intérêt public n'est pas forcément le même que celui des compagnies."

Hervé Kempf

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Greenpeace conteste un décret sur les déchets étrangers

                                          

Début mai, Greenpeace a déposé un recours devant le Conseil d'Etat concernant un récent décret relatif à la gestion des déchets et combustibles nucléaires usés provenant de l'étranger. L'association écologiste estime que ce texte contrevient à la loi de 2006 sur les déchets, en permettant aux opérateurs français de ne pas renvoyer aux pays clients la totalité des déchets induits par les opérations de traitement. Sont notamment exclus "les déchets occasionnés par le seul usage des installations de l'exploitant", précise le décret. "Pour renforcer la compétitivité d'Areva, la France accepte d'être la 'poubelle nucléaire internationale'", dénonce Frédéric Marillier, en charge de la campagne Energie de Greenpeace France. "Ces déchets ne sont certes pas les plus radioactifs", ajoute-t-il, mais ils représentent près de 20 000 tonnes de matières réparties dans près de 50 000 colis stockés à la Hague pour la plus grande partie, et à Marcoule dans le Gard, selon des estimations de l'agence Wise-Paris.





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En coulisses, le match Sarkozy-Fillon continue

En coulisses, le match Sarkozy-Fillon continue

                   

Par Chloé Durand-Parenti et Jamila Aridj

                                                      

               

En coulisses, le match Sarkozy-Fillon continue

               

Face à la multiplication des couacs et à une majorité qui traîne des pieds, le président de la République a décidé de reprendre les choses en main © Christophe Petit Tesson / MAXPPP

            

                         

               

               

                                  

            

                                    

Face à la multiplication des couacs et à une majorité qui traîne des pieds (       OGM     ,       allocations familiales     ,       Carte Familles nombreuses   ), Nicolas Sarkozy a décidé de reprendre les choses en main. La preuve, le président de la République vient de constituer une équipe de fidèles parmi les fidèles. Une task force composée de sept ministres de confiance : Brice Hortefeux, Nadine Morano, Laurent Wauquiez, Xavier Darcos, Éric Woerth, Luc Chatel et Xavier Bertrand. La mission de cette jeune garde qui constitue désormais le coeur de l'appareil politique du chef de l'État ? Être capable à la fois d'expliquer les réformes et de monter au créneau à la moindre attaque. Ce "conseil des ministres bis", qui s'est déjà réuni jeudi dernier, pourrait même devenir un rendez-vous hebdomadaire.
 
  Un cercle très restreint  
 
Signe que les temps changent, Rachida Dati et Nathalie Kosciusko-Morizet, pourtant proches de Nicolas Sakozy, ont été "exclues" de cette "dream team". Tout sauf une surprise, le Premier ministre François Fillon ne fait évidemment pas partie de ce cercle restreint. Signe, s'il en fallait un, que la relation entre les deux hommes est de plus en plus tendue, pour ne pas dire carrément orageuse.
 
Ce changement de cap du chef de l'État passe également par une mise au pas des parlementaires. Ainsi, les petits-déjeuners hebdomadaires de la majorité, organisés traditionnellement le mardi à Matignon, auront désormais lieu à l'Élysée. Ces rendez-vous réunissent de façon informelle une quinzaine de ténors de la droite et du centre, notamment les chefs des groupes parlementaires et des partis composant la majorité. Depuis le 9 octobre, plusieurs se sont déjà ponctuellement tenus à l'Élysée. Une pratique peu conforme à la tradition de la Ve République. L'information révélée lundi par Libération   a été confirmée par Matignon.  
 
 

"Ça n'est pas la première fois, c'est déjà arrivé", a minimisé le ministre du Travail, Xavier Bertrand. "Ça veut dire tout simplement que le président de la République assume ses responsabilités. Ses responsabilités de chef de l'État, président de tous les Français, mais aussi celles de responsable d'une majorité politique. Je crois que, par rapport à des époques passées où on faisait les choses sans le dire, là il dit les choses au grand jour et c'est très bien comme cela", a observé le ministre mardi matin sur France Info     .  

 

      "Un camouflet pour le Premier ministre" (François Hollande)    
 
 

   
 

 

Interrogé par lepoint.fr, François Sauvadet, le président du groupe Nouveau Centre à l'Assemblée nationale, qui participe "chaque semaine" à ces réunions, n'y voit pas autre chose que "la volonté de travailler en équipe" autour "d'un président qui assume". "Que cela se passe à Matignon ou à l'Élysée n'est pas la question. Lors de ces entretiens, nous avons des échanges très directs avec le président de la République ainsi qu'avec le Premier ministre. Partout, on parle de tensions entre eux. Moi, ce que je vois, c'est qu'à chaque réunion, Nicolas Sarkozy se tourne vers François Fillon et l'écoute. L'important, c'est que nous puissions avoir ces débats pour l'avenir de la France", estime le député centriste. "D'ailleurs, cette semaine, j'ai appris que le petit déjeuner était organisé à l'Élysée mais je n'ai pas d'information me disant qu'ils le seront désormais systématiquement", raconte-t-il.

 

 

Pour le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, ce bouleversement ne fait aucun doute : il s'agit d"un "camouflet" infligé par Nicolas Sarkozy à François Fillon. "C'est le signe que ça ne va pas fort dans la majorité, au point que le chef de l'État lui reprend ce qui était de sa prérogative", a-t-il martelé sur France 2.

 

 

Du côté de Matignon, on se borne à faire remarquer que Nicolas Sarkozy "souhaite avoir un contact hebdomadaire avec la majorité dans cette période de réformes", en précisant que "cette organisation sera valable au moins pour les prochaines semaines". "Il n'y a pas de souci", s'efforce-t-on d'affirmer dans l'entourage de François Fillon.


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L'Assemblée adopte le texte sur les OGM

 

LOI SUR LES OGM

     

L'Assemblée adopte le texte sur les OGM

NOUVELOBS.COM | 20.05.2008 | 20:22

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Seuls les députés UMP et une partie de ceux du Nouveau Centre ont voté pour, PS et GDR (PCF-Verts) ont voté contre le texte issu de la Commission mixte paritaire. Les travaux ont été marqués par un vif incident de séance, entraînant une suspension des travaux durant une vingtaine de minutes.

(c) Reuters

L'Assemblée nationale a donné mardi 20 mai, au terme d'un débat tendu et dans une ambiance survoltée, l'ultime feu vert au projet de loi très controversé sur les OGM, ouvrant la voie à une adoption définitive du texte jeudi par le Sénat.
Seuls les députés UMP et une partie de ceux du Nouveau Centre ont voté pour, PS et GDR (PCF-Verts) ont voté contre le texte issu de la Commission mixte paritaire (Sénat/Assemblée).
Le texte a été adopté par 289 voix contre 221, pour 533 votants et 510 suffrages exprimés.
Il vise à clarifier les conditions de mise en culture de plantes transgéniques et de leur coexistence avec les productions conventionnelles, dans le respect d'une directive de 2001 que la France a tardé à transposer en droit national.
Issu du Grenelle de l'environnement, il compte parmi ses dispositions phare les règles en matière de "coexistence" des cultures et l'instauration d'un "délit de fauchage".
Durant ses trois mois de navettes parlementaires, le projet de loi Borloo/Kosciusko-Morizet a connu une série d'incidents, notamment une crise dans la majorité et un rejet surprise le 13 mai après l'adoption d'une motion de procédure PCF.
Les travaux de mardi ont été marqués par un vif incident de séance, entraînant une suspension des travaux durant une vingtaine de minutes. (AFP)

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Les Français partisans du "changement" mais inquiets des "réformes"

Nicolas Sarkozy et François Fillon, le 12 mars 2008.       

AFP/ERIC FEFERBERG

      Nicolas Sarkozy et François Fillon, le 12 mars 2008.

Les Français partisans du "changement" mais inquiets des "réformes"

Jusqu'à présent, les Français ont donc applaudi aux "réformes" juridiques, comme celles sur le service minimum dans les transports et à l'école, les peine-planchers. Qu'en sera-t-il demain quand le gouvernement s'attaquera à la réforme des politiques sociales ?

Sur les régimes spéciaux de retraite, le gouvernement bénéficiait de la dynamique présidentielle. Sur l'allongement de la durée de cotisation, un premier sondage CSA publié par Le Parisien et réalisé auprès de 1 002 personnes le 25 avril, indique que le jeu semble ouvert. Seule une petite majorité des Français (48 %) est opposée à l'allongement de la durée de cotisations retraite de 40 à 41 ans, 46 % y étant favorables. En revanche, plus de six salariés du secteur public (66 %) y sont opposés .

Un autre sondage Ifop pour Le Monde-La Chaine parlementaire et Acteurs Publics, réalisé les 2 et 3 mai auprès de 1 003 personnes, confirme que l'opinion majoritaire est finalement encore indécise. Un tiers des Français estime que le rythme des réformes n'est pas assez rapide, 38 % qu'il est au contraire trop rapide et 28% qu'il est juste comme il faut.

L'opinion est toujours clivée politiquement : 54 % des militants du PS estiment que les réformes vont trop vite et 54 % de ceux de l'UMP que le rythme est bon. Les plus concernés par la réforme de l'Etat, les salariés du secteur public, sont aussi 54 % à considérer que tout cela va trop vite, notamment la volonté du gouvernement de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite (74 % s'y opposent). Sur ce point, ils sont d'ailleurs soutenus par une majorité de Français (56 %).

Finalement les enquêtes d'opinion révèlent "que les Français sont souvent inquiets de réformes qu'ils comprennent mal, même s'ils les jugent souvent nécessaires", comme le relève Frédéric Dabi du département opinion de l'Ifop.

Jean-François Doridot, directeur chez Ipsos, poursuit l'analyse :  "il y a un problème sémantique chez les Français entre le changement qu'ils approuvent et les réformes qu'ils redoutent". "Tant qu'on leur présente les choses de manière abstraite, ils approuvent, mais quand ils en comprennent les effets directs sur leur situation, ils rechignent", poursuit-il. Dans tous les cas, les sondeurs relèvent que le sentiment d'équité est le facteur clef de l'acceptation de chacune des réformes.

Christophe Jakubyszyn

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Détection de 50% de la matière intergalactique, jusqu'ici introuvable

Détection de 50% de la matière intergalactique, jusqu'ici introuvable

      

21.05.08 | 00h13      

Après une recherche étendue, une équipe d'astronomes a finalement détecté environ la moitié de la matière dite "normale" ou baryonique se trouvant entre les milliards de galaxies de l'univers, selon des travaux publiés mardi.

"Nous pensons que nous voyons les fils d'une structure formant la colonne vertébrale de l'univers", explique Mike Shull, un astronome de l'Université du Colorado à Boulder (ouest), un des co-auteurs de cette étude qui paraît dans l'Astrophysical Journal daté du 20 mai.


"Ce que nous confirmons en détail avec cette découverte c'est que l'espace intergalactique qui nous paraît être intuitivement vide est en fait le réservoir de la plus grande partie de la matière normale dans l'Univers", ajoute-t-il.

Cette matière, à ne pas confondre avec la matière dite "sombre", représenterait environ 5% de l'univers soit cinq fois moins que la matière sombre (quelque 25%). Les 70% restant seraient formés par l'énergie du vide.

Cette équipe d'astronomes a utilisé la lumière émise par 28 quasars, des coeurs brillants de galaxie très lointaines encore dotées d'un trou noir en leur centre.

Tels des torches dans le brouillard, ces quasars ont permis d'observer cette structure, appelée formation intergalactique, et qui ressemble à une toile d'arraignée quasiment invisible.

L'équipe d'astronomes a utilisé le spectrographe d'image du télescope spatial Hubble et FUSE, un satellite d'observation de la Nasa dédié à la spectroscopie haute résolution avec les rayons ultraviolet.

Ils ont pu ainsi trouver l'empreinte spectrale d'hydrogène et d'oxygène hautement ionisé formant la matière de cette toile intergalactique.

Leurs travaux représentent l'observation la plus détaillée à ce jour de ce à quoi ressemble la formation intergalactique à environ quatre milliards d'années-lumière de la Terre. Une année lumière correspond à la distance parcourue par la lumière dans le vide en une année, soit 9.460 milliards de km.


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