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20 mai 2008

ALIMENTATION : Insee : de fortes hausses des prix ces derniers mois

 

ALIMENTATION

     

Insee : de fortes hausses des prix ces derniers mois

NOUVELOBS.COM | 20.05.2008 | 15:52

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Entre février 2007 et février 2008, les prix alimentaires ont progressé de 5% en France, avec d'importantes progressions pour certains produits comme le lait, le fromage et les oeufs, de l'ordre de 10% en six mois.

(c) Reuters

L'Insee indique mardi 20 mai que les prix alimentaires ont fortement augmenté en France depuis l'automne. Les produits laitiers et à base de céréales sont particulièrement concernés.
Le regain d'inflation observé ces derniers mois dans le pays "est surtout imputable aux produits énergétiques et aux produits alimentaires", écrit l'Institut national de la statistique et des études économiques dans une étude consacrée aux variations de prix des produits alimentaires.
Ainsi, entre février 2007 et février 2008, les prix alimentaires ont progressé de 5% en France et de façon similaire dans les principaux pays européens (+5,8% pour la zone euro et +6,6% pour l'ensemble de l'Union européenne).

Céréales et produits laitiers

"La hausse a été particulièrement forte pour les produits à base de céréales et plus encore pour les produits laitiers", souligne l'Insee. Par exemple, pour le poste "lait, fromage et oeufs", les prix se sont envolés de près de 10% (9,8% exactement) en France en l'espace de six mois, entre septembre 2007 et février 2008, alors même que la hausse n'avait été que de 2,1% au cours des six années précédentes (septembre 2001-septembre 2007). Evolution comparable pour le poste "huiles et graisses", qui inclut le beurre.
Parmi le millier de produits suivis pour le calcul de l'indice des prix, trois produits alimentaires de base, couramment consommés, retiennent l'attention: les pâtes alimentaires supérieures, le beurre extra-fin et le lait UHT demi-écrémé, dont les prix ont grimpé respectivement de 9,3%, 8,9% et 8,6% en trois mois, entre novembre 2007 et janvier 2008, selon l'Institut.

Disparités selon les lieux de vente

Ces hausses moyennes, déjà élevées, dissimulent en outre de fortes disparités d'évolution selon le lieu de vente où a été effectué le relevé. Ainsi, pour le beurre extra-fin, les statisticiens de l'Insee font état de variations allant localement de -33,1% à +68,9%, avec une majorité de hausses comprises entre 10% et 40%. Pour les pâtes, la hausse maximale ponctuelle relevée s'établit à 48,6% durant cette période et, pour le lait, à 42,3%.
Toutefois, selon l'Insee, malgré le caractère spectaculaire de ces quelques hausses, "les variations restent, dans leur majorité, d'ampleur modérée".

Nouveaux indices

Lors d'une conférence de presse au siège de l'Institut, le directeur général de l'Insee Jean-Philippe Cotis a présenté mardi de nouveaux indices affinés d'évolution du pouvoir d'achat, censés refléter davantage la perception qu'en ont les ménages.
Ainsi, à côté du traditionnel pouvoir d'achat du revenu disponible brut (RDB) apparaissent désormais le pouvoir d'achat du RDB par unité de consommation (différents consommateurs composant le foyer) ainsi que le pouvoir d'achat du revenu "arbitrable" (revenu qu'on peut choisir ou non de dépenser) par unité de consommation.
Surtout, l'Insee a aussi décidé de prendre en compte le poids des dépenses pré-engagées (logement, remboursements d'emprunts, impôts et assurances, télévision et télécommunications) dans le revenu courant des Français. Il apparaît ainsi que, pour les 20% des ménages les plus modestes, le poids des dépenses courantes de logement dans leur revenu courant est passé de 31% en 2001 à 44% en 2006. (avec AP)

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Jouets de l'amour au grand jour

Les "love stores", nouveau concept de boutiques, banalisent les accessoires dédiés au sexe.       

D.R.

      Les "love stores", nouveau concept de boutiques, banalisent les accessoires dédiés au sexe.

Jouets de l'amour au grand jour

Aux noms évocateurs ou mystérieux - Nuits Blanches, Passage du Désir, Yoba, etc. -, ces "love stores" dédiés au plaisir se positionnent à l'opposé de l'univers confiné et vulgaire des traditionnels sex-shops. Pas d'enseignes racoleuses ni de lourds rideaux rouges, pas de cassette porno ni de sexe en latex, mais des décors soignés et des sextoys qui rivalisent de matières et de couleurs.

Serait-ce le signe d'une évolution des pratiques sexuelles ? A l'image des quatre célibataires de la série américaine Sex and the City, les Françaises s'émanciperaient-elles de plus en plus dans leur quête du plaisir sexuel ? Après la vente en libre-service de vibromasseurs dans des parapharmacies, les pubs télé pour un gel lubrifiant aux heures de grande écoute, les stands de sextoys dans certains grands magasins parisiens, ces boutiques confirment une certaine "banalisation" de la représentation explicite de l'acte sexuel.

"L'idée de départ était de proposer de nouveaux produits dans un lieu dédié aux femmes afin qu'elles puissent, elles aussi, trouver ce dont elles ont envie et ce qui leur corresponde pour agrémenter le plaisir de leur couple", explique Serge Victoria, cofondateur de Yoba. Premier à s'être établi dans la capitale, Yoba a choisi une cour intérieure dans le quartier de l'Opéra, mais ouvrira bientôt une boutique avec pignon sur rue côté rive gauche et prochainement une autre en province. "Au départ nous cherchions volontairement de l'intimité, aujourd'hui c'est un handicap", constate-t-il. Tout en rose et blanc, enveloppé de la musique d'Amy Winehouse, le magasin expose de la lingerie soyeuse et coquine, des cosmétiques, "ludiques" ou "intimes" (poudre d'amour comestible, huiles de massage, etc.), et une gamme de sextoys colorés et design.

"Certaines femmes m'ont remerciée", raconte Anna Ciulli, qui a ouvert en 2006 sa boutique Nuits Blanches à deux pas de la place des Vosges. "C'était le bon moment pour le faire, les gens sont prêts. Le toy ne remplace pas un partenaire mais permet de pimenter sa vie sexuelle", estime-t-elle. Livres, films érotiques "uniquement des années 1970", vibromasseurs et godemichés stylés, Anna Ciulli assure avoir une clientèle "fidèle". Essentiellement féminine et hétéro, la clientèle de ces magasins tend à s'élargir aux couples et à quelques hommes pour lesquels la porte d'un sex-shop traditionnel était infranchissable. Parfois même on y vient pour faire un cadeau "juste pour rire".

Dans une rue piétonne du coeur de Paris, le Passage du Désir prend l'amour pour de l'humour. Clochette "ring for sex", petite bougie en forme d'homme ou de femme pour "consumer son ex", livre Tout ce que les hommes savent des femmes qui ne comporte que des pages blanches, petite lingette à main pour "laver vos péchés", les gadgets inutiles se mélangent aux tenues d'infirmière, aux cosmétiques Yes for Love et au kit "pole dancing" pour tenter d'imiter Kim Basinger dans 9 semaines 1/2. "C'est une de nos meilleures ventes", constate Patrick Pruvot, responsable du Passage du Désir. Cet ancien publicitaire a gardé le sens de la formule : "Nous faisons du développement durable du couple."

Une formule qui aurait néanmoins une petite part de vérité. "Il ne faut pas tomber dans la mythologie du sextoy, mais cela peut rouvrir le dialogue, réapprendre à communiquer dans le couple lorsque ce dernier est menacé par le danger de l'efficacité", estime le docteur Damien Mascret, sexologue et rédacteur en chef de l'hebdomadaire Le Généraliste. "La tendance générale est plus au ludique qu'au phallique, la sexualité doit être un moment de plaisir partagé et non un moment de performance ou d'enjeu", explique ce médecin auteur, avec Maïa Mazaurette, de La Revanche du clitoris. Les nuits coquines concerneraient, selon lui, "tous les milieux sociaux. Petit à petit on assiste à une démocratisation des outils de la sexualité".

Nathalie Bajos, directrice de recherche à l'Inserm, qui a codirigé, avec Michel Bozon, la récente et vaste enquête sur la sexualité en France est, elle, beaucoup plus prudente sur l'analyse. D'abord, elle rappelle qu'il "n'existe pas de données sur l'utilisation des sextoys ou des gadgets". Si les accessoires de l'amour ont "une plus grande visibilité, ils ne remettent pas en cause fondamentalement les enjeux sociaux de la sexualité". Selon l'enquête qu'elle a menée, la sphère sexuelle est la seule sphère sociale qui résiste à la montée de l'égalitarisme hommes-femmes. La croyance ancestrale selon laquelle "les hommes ont plus besoin de sexualité que les femmes" perdure dans toutes les générations. "La libéralisation de la parole n'entraîne pas forcément une libéralisation des pratiques", rappelle-t-elle.


"Enquête sur la sexualité en France", sous la direction de Nathalie Bajos et Michel Bozon (La Découverte).

"La Revanche du clitoris", de Maïa Mazaurette et Damien Mascret (La Musardine).

Sandrine Blanchard

Article paru dans l'édition du 21.05.08.

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Le projet de loi OGM de retour à l'Assemblée nationale

 

LOI SUR LES OGM

     

Le projet de loi OGM de retour à l'Assemblée nationale

NOUVELOBS.COM | 20.05.2008 | 10:20

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Rejeté avec retentissement la semaine dernière, le projet controversé sur les OGM est soumis aux députés dans sa version issue de la Commission mixte paritaire.

Le projet de loi controversés sur les OGM est examiné àl'Assemblée mardi 20 mai.

Le projet de loi controversés sur les OGM est examiné àl'Assemblée mardi 20 mai. (c) Reuters

Le projet de loi sur les OGM sera soumis mardi 20 mai dans l'après-midi à l'Assemblée nationale avec l'examen de la version finale du texte, issue de la Commission mixte paritaire (Sénat/Assemblée). Sauf surprise, les députés devraient entériner le projet de loi, avant une approbation, jeudi matin au Sénat conduisant à une adoption définitive.

"Déni de démocratie"

Le projet de loi sur les OGM a été rejeté à la surprise générale mardi 13 mai avec l'adoption d'une motion de procédure du PCF. Le gouvernement a décidé de poursuivre l'examen avec la réunion d'une commission mixte paritaire (CMP), qui a arrêté définitivement le texte dans sa version adoptée le 16 avril par le Sénat.
La gauche, prise de court par sa réinscription ultra-rapide par un gouvernement qui entend en finir au plus vite, fera un ultime baroud d'honneur pour dénoncer ce "déni de démocratie" de la droite.
Le texte de la Commission mixte paritaire passera la semaine prochaine devant les deux assemblées pour l'adoption définitive. Aucun amendement ne peut plus être déposé, hormis ceux du gouvernement. Le groupe PS a annoncé une "motion référendaire", une procédure exceptionnelle visant à réclamer l'organisation d'un référendum. Deux autres motions de procédure -l'exception d'irrecevabilité et la question préalable- seront défendues par les groupes PS et GDR (PCF-Verts).

Recours devant le Conseil constitutionnel


Le 13 mai, c'est précisément l'adoption de la question préalable plaidée par André Chassaigne (PCF), qui avait conduit au rejet surprise du projet, infligeant un cinglant revers à Nicolas Sarkozy et à sa majorité. La réédition d'une telle "mésaventure" pour la majorité semble improbable.
Le projet de loi sera débattu à 16h15, alors qu'à l'extérieur, des manifestants anti-OGM feront le siège du Palais-Bourbon. Les socialistes ont d'ores et déjà annoncé le dépôt d'un recours devant le Conseil constitutionnel. (Avec AP)

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Sarkozy veut-il soviétiser la constitution ?

Sarkozy veut-il soviétiser la constitution ?

Par André Bellon, ex-député du PS. Qui s'énerve contre l'idée du Président d'introduire l'obligation de l'équilibre budgétaire dans la Constitution.



 Alex Castellá - flickr - cc

  Alex Castellá - flickr - cc

Non content d'imposer aux Français un traité qu'ils ont refusé, non content de leur imposer une réforme constitutionnelle sans aucunement se préoccuper de leur avis, voilà que le président de la République veut constitutionnaliser le principe de l'équilibre budgétaire. Certes, ce principe est inscrit dans les traités européens – ce qu'on peut déjà trouver critiquable -, mais il s'agit là de lui donner une valeur juridique supérieure.
Désormais, les politiques keynésiennes qui ont permis la sortie de la crise de 1929 et la reconstruction des pays dévastés par la seconde guerre mondiale seront anticonstitutionnelles. Le totalitarisme mou est bien en marche.
Jusqu'alors, seule l'Union soviétique avait constitutionnalisé une politique économique. Nous sommes donc en train de la rattraper.


Lundi 19 Mai 2008 - 20:20

André Bellon

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"L'Afrique est ruinée ? La Chine est preneuse"

Des milliers de migrants chinois s'installent partout en Afrique pour construire, produire et commercer.       

AFP/FREDERIC J. BROWN

      Des milliers de migrants chinois s'installent partout en Afrique pour construire, produire et commercer.

Document

"L'Afrique est ruinée ? La Chine est preneuse"

Quelques centaines de mètres plus loin, une société chinoise était en train de construire le nouveau siège de la télévision nationale congolaise, un bâtiment de verre et de métal comme tombé du ciel dans ce quartier populaire. Et à l'entrée de la rue, cette même société érigeait une villa somptueuse pour un membre du gouvernement, sans doute en remerciement de l'attribution du chantier de la télévision. En ville, d'autres compagnies chinoises mettaient la dernière main au nouveau ministère des affaires étrangères et de la francophonie et bouchaient les trous d'obus dans les bâtiments touchés par la guerre civile.

A 2 250 km au nord-ouest de là, dans la banlieue de Lagos, au Nigeria, l'usine Newbisco passait pour une malédiction. Fondée par un Britannique avant l'indépendance de 1960, cette unité de production de biscuits secs a changé souvent de mains, aucun propriétaire n'étant capable de la tenir à flot dans un pays où les exportations pétrolières et la corruption étouffent toute autre activité économique. En 2000, son avant-dernier patron, un Indien, a revendu Newbisco en état de ruine à l'homme d'affaires chinois Y. T. Chu. Lorsque nous sommes entrés dans l'usine, un matin d'avril 2007, une odeur de farine et de sucre flottait dans l'air. Les tapis roulants charriaient chaque heure plus de trois tonnes de petits biscuits aussitôt emballés par des dizaines d'ouvrières. "Nous couvrons à peine 1 % des besoins du marché nigérian", a dit Y. T. Chu en souriant. Les reporters rentrent souvent d'Afrique avec des histoires dramatiques d'enfants affamés, de conflits ethniques et de violences incompréhensibles. Nous avons bien sûr été témoins de tout cela lors de nos reportages en Afrique ces dernières années, mais, cette fois, au moment de commencer la rédaction de ce livre, ce sont les images d'une Afrique nouvelle qui nous passent devant les yeux : les enfants de Brazzaville qui saluent en chinois, l'usine de biscuits de Lagos ou encore l'autoroute construite au Soudan, que nous avons empruntée à l'été 2007.

Nous roulions depuis deux heures entre Khartoum et Port-Soudan lorsqu'un passage du livre de Robert Fisk nous est revenu en mémoire. En 1993, c'est dans un village à gauche de cette route que le reporter britannique avait rendez-vous avec Oussama Ben Laden, réfugié au Soudan après avoir appelé à la guerre sainte contre les Américains en Arabie saoudite. Pour remercier ses hôtes soudanais, il a expliqué à Fisk qu'il allait construire une nouvelle route de 800 km entre la capitale et le grand port. En 1996, le terroriste est obligé de fuir à nouveau, cette fois en Afghanistan, où il a développé d'autres projets que le génie civil. Qui allait terminer son chantier ? Les Chinois. Ils prévoient même de le doubler d'une voie de chemin de fer. Arrivées massivement dans le pays dès le milieu des années 1990, les entreprises chinoises y ont déjà investi 15 milliards de dollars, en particulier dans les puits de pétrole qui fournissent aujourd'hui à la Chine jusqu'à 10 % de ses importations.

Pendant plus d'un an, nous avons parcouru des milliers de kilomètres et visité quinze pays pour raconter ce que la Chine fait en Afrique. L'idée nous trottait dans la tête depuis un certain temps, mais elle s'est imposée lors d'une rencontre impromptue avec Lansana Conté, le président de Guinée, à la fin octobre 2006. Cela faisait une dizaine d'années qu'il n'avait pas parlé à la presse étrangère. Pourquoi accepter de nous voir, ce jour-là, dans son village natal, à trois heures de la capitale, Conakry ? Peut-être le besoin de prouver qu'il était encore vif, alors qu'on le disait à l'agonie et que le pays se laissait gagner par le chaos. De fait, la discussion fut assez sombre, malgré le décor ravissant de sa grosse villa donnant sur son lac privé. Le président a traité la plupart de ses ministres de "voleurs" et fustigé les Blancs "qui n'ont jamais cessé de se comporter en colons". Il a fait l'éloge d'une Guinée agricole et a paru accablé par la découverte off-shore de gisements pétroliers qui, à son avis, feront de la Guinée un pays plus corrompu encore.

Une seule fois, le visage présidentiel s'est éclairé : lorsque la discussion a glissé sur les Chinois. "Les Chinois sont incomparables ! s'est exclamé le vieux général. Au moins, ils travaillent ! Ils vivent avec nous dans la boue. Il y en a qui cultivent, comme moi. Je leur ai confié une terre fatiguée, vous devriez voir ce qu'ils en ont fait !"

La présence de Chinois en Afrique n'est plus une surprise. Ces quatre ou cinq dernières années, nous les avions vus progresser un peu partout lors de nos reportages en Angola, au Sénégal, en Côte d'Ivoire ou au Sierra Leone. Mais le phénomène a changé d'échelle. Tout se passe comme s'ils avaient d'un coup décuplé leurs efforts au point de pénétrer l'imaginaire de tout un continent, du vieux président guinéen, qui ne voyage plus que pour se faire soigner en Suisse, aux petits Congolais trop jeunes pour distinguer un Européen d'un Asiatique.


En quelques années, la Chine en Afrique est passée de sujet pointu pour spécialistes en géopolitique à un thème central dans les relations internationales et la vie quotidienne du continent. Et pourtant, chercheurs et journalistes continuent de brasser les mêmes chiffres macro-économiques : le commerce bilatéral entre les deux régions a été multiplié par cinquante entre 1980 et 2005. Il a quintuplé entre 2000 et 2006, passant de 10 à 55 milliards, et devrait atteindre 100 milliards en 2010. Il y aurait déjà 900 entreprises chinoises sur le sol africain. En 2007, la Chine aurait pris la place de la France comme second plus gros partenaire commercial de l'Afrique.

Ce sont là des chiffres officiels, qui ne prennent pas en compte les investissements de tous les migrants. D'ailleurs, combien sont-ils ? Un séminaire universitaire organisé à la fin 2006 en Afrique du Sud, où la communauté chinoise est la plus nombreuse, avance le chiffre de 750 000 pour tout le continent. Les journaux africains, eux, se laissent parfois aller à évoquer "des millions" de Chinois. Du côté chinois, l'estimation la plus haute vient du vice-président de l'Association de l'amitié des peuples chinois et africains, Huang Zequan, qui a parcouru 33 des 53 pays africains. Dans une interview au Journal du commerce chinois en 2007, il estime que 500 000 de ses compatriotes vivent en Afrique (contre 250 000 Libanais et moins de 110 000 Français).

Tout ces migrants-là, comme s'ils n'étaient qu'une armée de fourmis, n'ont pas de nom, pas de visage et restent muets. Le plus souvent, les journalistes se plaignent qu'ils refusent de parler. Et le ton des articles pour les décrire est inquiet, voire alarmiste, comme si l'arrivée d'une nouvelle puissance n'était qu'une calamité de plus pour le continent noir, aux souffrances déjà infinies.

Voyons les choses d'une autre façon. L'entrée de la Chine sur la scène africaine pourrait bien représenter, pour Pékin, son couronnement de superpuissance mondiale, capable de miracles aussi bien chez elle que sur les terres les plus ingrates de la planète. Et, pour l'Afrique, cette rencontre marque peut-être le rebondissement tant attendu depuis la décolonisation des années 1960, de son heure qui sonne enfin, du dernier espoir du président guinéen mais aussi des 900 millions d'Africains, le signal que plus rien ne sera comme avant. Passons les acteurs en revue.

Les Chinois d'abord. L'histoire, telle qu'on la raconte en Occident, veut qu'ils vivent depuis des millénaires une aventure tragique, essentiellement collective et confinée à l'intérieur de leurs immenses frontières. Un jour de décembre 1978, alors que l'empire du Milieu se remettait à peine des affres de la révolution culturelle, Deng Xiaoping leur a lancé un slogan révolutionnaire : "Enrichissez-vous". Vingt ans plus tard, c'est devenu le credo d'un milliard 300 millions de Chinois et, pour une partie d'entre eux, c'est chose faite. Pour les autres, les ruraux surtout, la vie est devenue impossible. Depuis la nuit des temps en Chine, cette catégorie-là cherche à quitter sa terre pour un monde meilleur. La diaspora chinoise, dit-on, est la plus nombreuse au monde, avec 100 millions de personnes, et la plus riche. (...) Jusqu'en 2000, Pékin tentait encore de freiner le mouvement, afin de ne pas entacher l'image du régime. Aujourd'hui, il l'encourage, en particulier pour les braves qui veulent tenter leur chance en Afrique. Dans l'esprit des dirigeants chinois, et singulièrement dans celui du président, surnommé parfois Hu Jintao l'Africain, l'immigration est même devenue une partie de la solution pour faire baisser la pression démographique, la surchauffe économique, la pollution. "Nous avons 600 rivières en Chine, 400 sont mortes de pollution, affirmait un scientifique dans Le Figaro, sous couvert de l'anonymat. On ne s'en tirera pas sans envoyer 300 millions de personnes en Afrique !"

Ils sont pour l'instant des centaines de milliers à avoir fait le grand saut.

Et c'est ainsi que s'achève, dans le plus grand silence, l'une des dernières étapes de la mondialisation et la rencontre des deux cultures les plus éloignées que la terre puisse porter. En Afrique, leur nouveau Far West, les Chinois découvrent à tâtons les grands espaces, l'exotisme, le rejet, le racisme, l'aventure individuelle - voire intérieure. Ils comprennent que le monde est plus complexe que ne le décrit le Quotidien du peuple. Ces migrants-là se retrouvent tantôt prédateurs, tantôt héros de leur propre histoire, conquistadors ou samaritains. Ils ont, bien sûr, tendance à rester entre eux, à manger comme chez eux, ils ne font pas l'effort d'apprendre les langues autochtones ni même le français ou l'anglais et affichent souvent une moue de dégoût à l'idée d'épouser les coutumes locales, sans parler d'une femme africaine !

A force de s'être enfermés derrière leurs grandes murailles durant des millénaires, les Chinois auraient perdu l'envie de s'adapter aux autres civilisations ou de cohabiter avec elles. Mais aucun ne reviendra indemne d'Afrique. Leurs voyages, leurs découvertes ébranlent désormais l'inertie de la Chine autant qu'a pu le faire, dans les années 1980, sa conversion au capitalisme. Ces Chinois-là feront naître de nouvelles idées, de nouvelles ambitions.

D'ailleurs, leur gouvernement, lui aussi, change depuis qu'il a intensifié sa présence en Afrique. Très attaché à sa devise de "non-ingérence" dans les affaires intérieures, il se rend compte progressivement qu'un soutien trop affiché à certains dictateurs peut lui causer un tort considérable. C'est ainsi que Pékin, après avoir été le plus sûr allié de Khartoum ou de Harare, tente aujourd'hui de freiner l'élan guerrier du Soudan au Darfour et n'aide plus Robert Mugabe, le dictateur zimbabwéen, qu'au compte-gouttes.

L'Afrique, ensuite. Les puissances coloniales l'ont pillée jusqu'en 1960, avant de pérenniser leurs intérêts en y soutenant ses régimes les plus brutaux. L'aide, que l'on estime à 400 milliards de dollars pour toute la période 1960-2000 (400 milliards, c'est l'équivalent du PNB de la Turquie en 2007, mais aussi des fonds que l'élite africaine aurait cachés dans les banques occidentales), n'a pas produit l'effet escompté et aurait même, selon une théorie en vogue, empiré les choses. Il n'empêche, l'Afrique n'a survécu que grâce au sentiment de culpabilité des Occidentaux, qu'elle a fini par décourager. En faisant échouer tous les programmes de développement, en restant la victime éternelle des ténèbres, des dictatures, des génocides, des guerres, des épidémies et de l'avancée des déserts, elle se montre incapable de participer un jour au festin de la mondialisation. "Depuis l'indépendance, l'Afrique travaille à sa recolonisation. Du moins, si c'était le but, elle ne s'y prendrait pas autrement", écrit Stephen Smith dans Négrologie. Avant de poursuivre avec ces mots terribles : "Seulement, même en cela, le continent échoue. Plus personne n'est preneur."

Erreur, la Chine est preneuse. Pour alimenter sa croissance démesurée, la République populaire a un besoin vital en matières premières dont le continent regorge : le pétrole, les minerais, mais aussi le bois, le poisson et les produits agricoles. Elle n'est pas rebutée par l'absence de démocratie ni par la corruption. Ses fantassins ont l'habitude de dormir sur une natte, de ne pas manger de la viande tous les jours. Ils trouvent des opportunités là où d'autres ne voient que de l'inconfort ou du gaspillage. Ils persévèrent là où les Occidentaux ont baissé les bras pour un profit plus sûr. La Chine voit plus loin. Ses objectifs dépassent les anciens prés carrés coloniaux et déploient une vision continentale à long terme. Certains n'y voient qu'une stratégie, apprise de Sun Tsu : "Pour battre ton ennemi, il faut d'abord le soutenir pour qu'il relâche sa vigilance ; pour prendre, il faut d'abord donner." D'autres croient sincèrement aux partenariats "gagnant-gagnant", ce leitmotiv de la propagande de Pékin. De fait, la Chine ne fait pas que s'emparer des matières premières africaines. Elle écoule aussi ses produits simples et bon marché, retape les routes, les voies ferrées, les bâtiments officiels. Manque d'énergie ? Elle construit des barrages au Congo, au Soudan, en Ethiopie, et s'apprête à aider l'Egypte à relancer son programme nucléaire civil. Besoin de téléphone ? Elle équipe toute l'Afrique de réseaux sans fil et de fibres optiques. Les populations locales sont réticentes ? Elle ouvre un hôpital, un dispensaire ou un orphelinat. Le Blanc était condescendant et m'as-tu-vu ? Le Chinois reste humble et discret. Les Africains sont impressionnés. Plusieurs milliers parlent ou apprennent aujourd'hui le chinois. Beaucoup d'autres admirent leur persévérance, leur courage et leur efficacité. Et toute l'Afrique se réjouit de cette concurrence qui casse les monopoles des commerçants occidentaux, libanais et indiens. (...)

La Chine en Afrique est donc plus qu'une parabole de la mondialisation, c'est son parachèvement, un basculement des équilibres internationaux, un tremblement de terre géopolitique. S'y installe-t-elle au détriment définitif de l'Occident ? Sera-t-elle pour le continent des ténèbres la lumière providentielle ? L'aidera-t-elle à prendre enfin sa destinée en main ? Pour répondre à ces questions, nous le savions, quelques articles ne suffiraient pas. Il fallait aller sur place, sillonner l'Afrique de part en part, aller à la rencontre des Chinois et des Africains, se mettre dans la peau des uns et des autres ; il fallait écrire ce livre...

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