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14 mai 2008

Le rejet de la loi sur les OGM

Le rejet de la loi sur les OGM

NOUVELOBS.COM | 14.05.2008 | 10:27

Les commentaires de la presse, mercredi 14 mai, sur le rejet du texte du gouvernement sur les OGM par les députés.

LIBERATION
Laurent Joffrin

"Nicolas Sarkozy voulait réévaluer le rôle du gouvernement. Sa majorité vient d'exaucer ses voeux bien au-delà de ce qu'il souhaitait. C'est un revers symbolique majeur que vient d'essuyer le gouvernement dans l'affaire des OGM. Le ridicule ne tue pas et le texte peut encore triompher de la course d'obstacles procédurale que lui infligent les députés. Mais le président doit constater qu'une partie de sa majorité est, politiquement - sinon génétiquement - modifiée par les mésaventures sondagières et électorales de son leader. (...) Les OGM contaminent la vie politique majoritaire. La division menace la stratégie même des réformes. A terme, c'est tout le paysage national qui pourrait en être changé."

LE PROGRES
Francis Brochet

"'Ce n'est pas foutu', jurait hier à Vienne notre Président. Oui, mais c'est mal parti: dans l'après-midi, une fronde majoritaire fauchait la loi OGM... On imagine la colère qui a ébranlé les colonnes de l'Elysée. L'ennui est que notre Jupiter tonnant multiplie les colères sans résultat. Il y a une semaine, il convoquait déjà sa majorité pour la "remettre au pas". Mi-avril, toujours sur les OGM, il tempêtait en conseil des ministres et foudroyait la jeune Kosciusko (rappelez-vous: le "concours de lâcheté et d'inélégance" du duo Borloo-Copé)... Ca fait désordre. Où va-t-on, si les députés de la majorité votent comme bon leur semble, en leur âme et conscience, sans suivre les consignes du Palais? Pourquoi pas une démocratie parlementaire, pendant qu'on y est! Avec le Président en Reine d'Angleterre, façon Chirac... Monsieur le Président, attention: en ce mois de mai, la chienlit guette".

LA NOUVELLE REPUBLIQUE
Denis Daumin

"(...) En obtenant, grâce à la motion de procédure introduite par André Chassaigne, député communiste du Puy -de-Dôme, le rejet d'un texte très controversé, la Gauche défait le patient mais fragile ravaudage que le Gouvernement croyait avoir ficelé enfin. A une voix près, tout est à reprendre! On imagine les noms d'oiseaux lâchés privément par l'éxécutif tandis que Jean-Louis Borloo dépêché sur les plateaux des journaux télévisés buvait le calice jusqu'à la lie. Remâchant une rage froide, mais tenant ses nerfs François Fillon a pris l'affaire en main et convoque la commission paritaire parlementaire dès aujourd'hui. Tout n'est pas fortuit dans cette affaire cependant et l'absence volontaire de députés UMP, élus de circonscriptions rurales pour la plupart, sonne comme un avertissement cinglant à l'exécutif. Surfant avec jubilation sur l'événement, le PS réclame sans délai une audience à l'Elysée. Nicolas Sarkozy, que l'on sait pressé pourtant, n'imaginait probablement pas s'exprimer aussi vite devant la représentation nationale."

LA REPUBLIQUE DU CENTRE
Jacques Camus

"(...) Le monumental 'raté' d'hier fait d'autant plus désordre qu'il intervient très précisément au moment où l'Élysée voulait reprendre le contrôle de l'appareil UMP. C'est pour cela que Patrick Devedjian, secrétaire général jugé insuffisamment offensif, a été flanqué de deux adjoints, dont Xavier Bertrand, afin de stimuler les troupes. Mais au fond, Nicolas Sarkozy a tort de s'agacer. Il ne fait que récolter ce qu'il a semé. Cette affaire d'OGM, mal gérée du début à la fin, aura surtout été le révélateur du mal-être des parlementaires de la majorité trop souvent mis devant le fait accompli et snobés par le chef de l'État lors de son premier anniversaire. Hier, ils lui ont administré un avertissement sans frais. Ils lui ont aussi rendu la monnaie de sa pièce en le laissant... en plant!"

LE REPUBLICAIN LORRAIN
Philippe Waucampt

"(...) c'est bien une baffe retentissante que sa majorité vient d'administrer à Nicolas Sarkozy. Le vote a été serré, certes. Mais c'est précisément parce qu'il l'a été que ça pose problème. Un groupe UMP de plus de trois cents députés n'était pas destiné à se prendre les pieds dans le tapis d'une vulgaire question préalable. (...) Depuis le début, Nicolas Sarkozy a été à la peine avec une majorité rétive. L'ouverture à des ministres socialistes a d'abord eu du mal à passer. Ensuite, la réforme des institutions est devenue aussi impopulaire, sinon plus, sur les bancs de l'UMP que sur ceux de l'opposition. Puis les municipales ont douché les parlementaires de cette législature - désormais réduite à cinq ans - qui se demandent comment l'exécutif arrivera en quarante-huit mois à redresser une réputation dont dépend si cruellement leur réélection. Le débat en première lecture du texte sur les OGM a montré un groupe UMP au bord de l'explosion. A la deuxième lecture, c'est le contraire qui s'est produit: il s'est contenté d'imploser. (...)"

LE JOURNAL DE LA HAUTE-MARNE
Patrice Chabanet

"La procédure n'explique pas tout. Le rejet du projet de loi sur les OGM fait jaillir au grand jour le malaise entre la majorité UMP et l'exécutif. L'absence, lors du vote à l'Assemblée, de nombreux députés du groupe traduit une certaine exaspération face à ce qu'ils ressentent comme des oukazes de l'Elysée. (...) La question est de savoir si Nicolas Sarkozy peut reprendre en main sa majorité. Cette dernière aura observé non sans étonnement l'appréciation du chef de l'Etat sur la question du pouvoir d'achat. Son 'ce n'est pas foutu' laissait poindre un scepticisme en décalage avec ses précédents discours, plus tranchés, plus convaincants, pour tout dire, plus mobilisateurs. Pas de quoi fédérer une majorité qui commence à douter et à remuer."

L'INDEPENDANT DU MIDI
Bernard Revel

"(...) Suite à cette gifle retentissante et fort rare puisque c'est seulement la sixième fois depuis 1961 qu'un texte est rejeté par une motion de procédure, la sagesse voudrait que le gouvernement revoie sa copie. D'autant qu'après les promesses du Grenelle de l'environnement, il y aurait quelques risques à donner l'impression que la concertation débouche finalement sur un passage en force. C'est pourtant la voie que semble emprunter François Fillon qui, ne s'avouant pas vaincu, a décidé de convoquer une commission mixte paritaire pour faire voter le même texte avant la fin du mois de mai. Face à un tel entêtement, l'opposition a aussitôt demandé une audience à Nicolas Sarkozy pour qu'il réfrène les ardeurs de son Premier ministre. La situation n'est pas banale. Mais le président de la République qui jugeait le texte sur les OGM "équilibré" lors de sa dernière interview à la télévision, semble bien être le seul, à présent, à pouvoir reconnaître qu'après tout, il peut être encore amélioré. (...)"

L'EST REPUBLICAIN
Chantal Didier

"La gifle! Alors que l'adoption en seconde lecture du texte sur les OGM ne devait être qu'une formalité, les députés ont voté une motion de procédure qui rejette le projet de loi. D'une très courte majorité, puisqu'une seule voix a fait la différence, mais la fronde parlementaire témoigne à la fois du climat passionnel qui entoure le sujet et de l'embarras de la droite en la matière. L'opposition exulte. Sa joie pourrait n'être que de courte durée. Les organismes génétiquement modifiés dans l'agriculture ont cessé de relever d'une appréciation scientifique pour tomber dans l'irrationnel. Ils véhiculent toutes les angoisses face à des 'manipulations' dont le commun des mortels ignore les tenants et les aboutissants. Craintes démultipliées par le fait qu'ils conforteraient le pouvoir des 'multinationales de l'agriculture', supposées prêtes à exercer une domination alimentaire sur le monde. Comme elles sont américaines, la menace s'amplifie. (...) Conséquence plus sûrement de la méfiance à l'égard du "Grenelle de l'environnement", dont les parlementaires se sentent écartés. Ils anticipent sur le renforcement de leurs pouvoirs..."

PARIS-NORMANDIE
Michel Lépinay

"Décidément, c'est une véritable malédiction qui plane au-dessus de ce texte sur les OGM. (...) Ce projet de loi, issu du Grenelle de l'Environnement, à force d'être amendé, rogné, balancé a fini par encombrer tout le monde. (...) On imagine que le gouvernement va rapidement déposer un nouveau projet de loi, sans doute le même ou à peu près, devant les assemblées. Et que Nicolas Sarkozy va (re)convoquer les élus UMP pour les (re)rappeler à l'ordre et à la discipline. On attend avec impatience les éclats du coup de gueule ! Seul résultat garanti : les députés et sénateurs auront réussi en quelques semaines de bagarre parlementaire à embrouiller totalement le dossier OGM sur lequel ils étaient censés éclairer les Français."

LA PRESSE DE LA MANCHE
Jean Levallois

"(...) Que l'on vote contre un texte parce qu'on est contre, ou pour, parce qu'on est pour, c'est une démarche correcte et c'est, en effet, la fonction et l'honneur des parlementaires d'émettre un vote en pleine liberté et en pleine conscience. Si une majorité réelle de l'Assemblée était contre la loi sur les OGM, et qu'elle la rejette, il n'y aurait rien à dire, nous serions dans le fonctionnement normal de nos institutions. Mais que, sur 577 députés, il ne s'en trouve que 271 dans l'hémicycle, pour un vote solennel sur une loi majeure, ce n'est pas acceptable. Le Parti communiste français a donc eu beau jeu (...) de faire adopter cette motion par 136 voix contre 135. Ça fait désordre. D'autant que la réalité politique est différente et que la majorité est suffisante pour voter ce texte. Incident de procédure, estime le président du groupe UMP à l'Assemblée, M. Jean-François Copé. Mais image déplorable d'une incapacité à organiser le fonctionnement du groupe le plus important de l'Assemblée nationale. L'opposition s'est offert le luxe d'un camouflet à la majorité qui ne l'a pas volé."

LA VOIX DU NORD
Hervé Favre

"(...) Le camouflet infligé hier au gouvernement s'explique sans doute plus par la mauvaise humeur du groupe que par la négligence. (...) Entre ceux qui le trouvent trop vert à leur goût et ceux qui le trouvent au contraire trop favorable aux lobbys agricoles, les risques de défections étaient bien réels. Ils n'ont manifestement pas été suffisamment anticipés par le président du groupe Jean-François Copé à qui le gouvernement ne manquera pas de faire porter le chapeau dans cette affaire. (...) Reste que si elle a gagné ce round contre tous les pronostics, l'opposition ne peut dire qu'elle a eu la peau du projet de loi de Jean-Louis Borloo. La riposte n'a pas tardé à s'organiser sur le même terrain de la procédure parlementaire. François Fillon a aussitôt convoqué une commission mixte paritaire de sept députés et sept sénateurs, chargée de soumettre à nouveau aux deux assemblées le texte tel qu'il a été voté en deuxième lecture par le Sénat. Au président du groupe socialiste Jean-Marc Ayrault qui demande de 'jouer son rôle d'arbitre', Nicolas Sarkozy répondra qu'il n'a pas été élu pour jouer les arbitres!"

LA CHARENTE LIBRE
Jacques Guyon

""(...) Au-delà en effet de l'arithmétique, le coup de théâtre d'hier traduit à la fois un effilochage de la fibre sarkozyste depuis le revers des élections municipales mais, plus encore, le fait que la question des OGM reste toujours comme une épine plantée dans le pied de la majorité. Parce que c'est une question qui engage l'avenir de l'homme, nombre d'élus UMP n'ont pas hésité à faire entendre des avis dissonants du gouvernement. Hier, avant ce coup de Trafalgar, Jean-Louis Borloo tentait bien de persuader que la loi 'conforme au Grenelle' était la plus protectrice qu'on puisse rêver. Jean-François Copé -_dont on imagine sans peine le savon qu'il a dû prendre hier soir par l'Elysée - n'aura pas eu plus de succès en demandant à ses troupes de ne pas céder aux pressions symbolisées par le pique-nique bio qui se déroulait sur l'esplanade des Invalides. (...)

NICE MATIN
Marc Chevanche

"(...) Sur ces questions écologiques, la majorité est décidément bien divisée. Pour tout dire, dans ce domaine, la majorité n'a pas de doctrine. Autant à gauche, à quelques rares individualités près, on consomme avec gourmandise la vulgate écologiste qui fait l'air du temps, autant, à droite, on est ballotté entre trois attitudes peu compatibles. Il y a d'abord ceux qui sont anti-OGM, soit par conviction, soit par intérêt politique. Il n'échappe à personne, en effet, que la sensibilité écologiste touche tous les électorats. Il y a ensuite ceux que les ravages du principe de précaution, dans sa généralité obtuse, effraient mais qui, peu téméraires, craignent en invoquant la science, ses progrès et ses promesses, de paraître au mieux ringards, au pire, apprentis sorciers. Et puis il y a, enfin, ceux qui ne sont pas insensibles aux groupes de pression des semenciers, disposition qui, celle-là n'est pas avouable. L'épisode parlementaire apparaît donc, finalement, moins comme la victoire de l'opposition que comme la défaite d'une majorité en débandade. (...)"

L'UNION
Hervé Chabaud

"Quelle défaillance et quel revers ! Mais où est la majorité ? Existe-t-elle encore ou préfère-t-elle être au club Med plutôt que de soutenir le gouvernement ? Le rejet du texte sur les OGM à l'Assemblée est un rude échec pour François Fillon, un coup dur pour Jean-Louis Borloo tandis qu'il ridiculise le président du groupe UMP, Jean-François Copé. Lorsqu'on est le chef, on mouille la chemise, on motive ses troupes, on se fait obéir et on anticipe le coup de pied de l'âne. La motion de procédure est un grand classique du droit parlementaire et le minimum lorsqu'on est un pro est de mobiliser ses collègues pour en interdire l'adoption. Etre incapable d'avoir à l'heure dite dans l'Hémicycle assez de parlementaires pour la rejeter témoigne d'un amateurisme et d'une inconséquence coupables des dirigeants du groupe UMP. A moins que ce couac ne dissimule une fronde interne. Ce n'est pas une commission mixte paritaire qui va crever l'abcès! (...)"

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Le néo-libéralisme, ou la politique du catimini

Le néo-libéralisme, ou la politique du catimini

par Catherine Kintzler. PLongée dans les textes de l'OCDE. Il s'agit moins de justifier la saignée des services publics, que de la rendre invisible: affaiblir les syndicats, communiquer, grignoter les investissements publics par petites touches.



Le néo-libéralisme, ou la politique du catimini

 

La technostructure? Nous savons vaguement qu'elle existe, lointaine. Alors ça fait du bien de pouvoir se dire qu'on l'a rencontrée, que son existence est vraiment tangible. Même que c'est encore pire qu'on ne l'avait imaginé.
Parcourant le site internet de l'OCDE (c'est un endroit où on a quelques chances de rencontrer de la littérature technocratique), je tombe ces jours-ci sur un article signé par Christian Morrisson : «La Faisabilité politique de l'ajustement».
Mélange d'intimidation (ça a l'air trappu) et de camouflage (les non-initiés ne peuvent pas dire du premier coup de quoi ça parle au juste), le titre a pour effet de décourager les béotiens dont je suis. Mais voulant savoir ce qu'est une faisabilité politique, je m'arme de patience pour me plonger dans un texte qui se révèle plus qu'intéressant : édifiant.

L'article commente les mesures de «stabilisation» appliquées par les gouvernements pour s'aligner sur une politique économique que l'auteur ne définit pas (probablement parce que c'est la seule possible?). On apprend très vite que cette politique est tout simplement celle de la réduction des coûts et des déficits, et de la libéralisation maximale de tout secteur susceptible de marchandisation. Ces mesures sont en général impopulaires. Le problème est donc de les mettre en oeuvre sans faire trop de dégâts. Par dégâts, il faut entendre principalement le «foin» que font les gens qui en sont les victimes. L'article se penche sur les manières douces de faire passer ces mesures (c'est ça la faisabilité), et à cet effet il distingue entre «stabilisation» et «ajustement»:

«En effet, le programme de stabilisation a un caractère d'urgence et comporte nécessairement beaucoup de mesures impopulaires puisque l'on réduit brutalement les revenus et les consommations des ménages en diminuant les salaires des fonctionnaires, les subventions ou l'emploi dans le bâtiment. En revanche, les mesures d'ajustement structurel peuvent être étalées sur de nombreuses années et chaque mesure fait en même temps des gagnants et des perdants, de telle sorte que le gouvernement peut s'appuyer facilement sur une coalition des bénéficiaires pour défendre sa politique.»

C'est quand même très bien dit. L'ajustement ne se contente pas d'ajouter des mesures de relance ou de compensation économique donnant un volet positif à une politique brutale de réduction des coûts; il peut présenter, habilement manié, deux vertus politiques importantes : être indolore et permettre de diviser ses victimes en les touchant inégalement. Tout l'art est de savoir s'en servir.
Bien entendu, l'auteur se défend d'un tel objectif et prévient que sa démarche est à strict caractère scientifique. Je n'hésiterai pas cependant à emprunter la mauvaise voie pour proposer une lecture tendancieuse et délibérément «malinterprétante».

Pour la technostructure il n'y a pas d'erreur, mais des échecs dus à des maladresses
Loin d'être stupidement antisocial, le texte explique que les mesures de stabilisation se heurtent à des résistances émanant des plus pauvres - et là il faut quand même prendre des gants -, mais aussi émanant de sources bien plus faciles à transformer en boucs émissaires – et là on peut y aller plus franchement :
«[…] des fonctionnaires ou des salariés d'entreprises publiques peuvent, par la grève dans des secteurs clés, bloquer l'action gouvernementale. Des chefs d'entreprises protégées peuvent, par le lobbying, freiner la libéralisation commerciale.»

Mais enfin, le problème est tout de même de faire passer la pilule. C'est dans ce cadre que s'apprécie «la faisabilité politique» du programme. Notons bien qu'il n'est jamais question d'erreur (ce qui remettrait en cause le bien-fondé même du programme, question hors-sujet et non scientifique (on ne va tout de même pas faire de la politique). Cet évitement de la notion d'erreur au profit de celle d'échec est très utile, puisqu'il permet de garder le cap sur une politique désavouée par l'opinion ; encore plus fort : il permet de camper sur une politique désavouée par les électeurs … ! on leur dira par exemple qu'ils ont mal compris, qu'on s'est mal expliqué, qu'il y a eu défaut de communication, qu'on a adopté une mauvaise méthode.
Qu'est-ce que l'échec d'un programme de stabilisation économique ? On savourera ces exemples qui tiennent lieu de définition :
«Un programme interrompu par des grèves est un échec ; un programme appliqué au prix d'une répression faisant des centaines de morts est aussi un échec.»

Le concept d'échec permet de rendre commensurables les conséquences ordinaires d'une grève et celles d'une répression sanglante. On vous le disait bien : c'est scientifique puisque quantifiable, et en plus c'est plein de bons sentiments.

L'article aborde ensuite l'examen des conséquences politiques des mesures de stabilisation, sur la base d'études menées antérieurement. On examine les succès et échecs des divers programmes sur un échantillon de pays d'Amérique latine et d'Afrique. On y apprend que les mesures qui font le plus de vagues sont celles «qui touchent toute la population», comme les hausses de prix et que d'autres, étant invisibles (comme la réduction des investissements publics), passent comme une lettre à la poste. D'où l'idée d'un programme économique «politiquement optimal», traduisons : inaperçu. Ainsi une bonne note est décernée au Maroc des années 80 où le gouvernement a réussi à augmenter les prix alimentaires par des «modulations» épargnant certains secteurs et en menant une campagne habile qui «a su influencer opportunément l'opinion publique».

Un exemple de bonne méthode : comment démanteler les services publics en douceur
Le moment fort du texte est dans sa seconde partie, destinée à tirer les conséquences de ce tour d'horizon académique et à les projeter sur les pays d'Europe. Cela s'énonce en termes de stratégie et d'évitement des risques. Dans les stratégies préventives, on notera par exemple l'affaiblissement des corporatismes. Qui serait en désaccord avec ce louable objectif ? Sauf que la suite précise vraiment de quoi il s'agit :
«Cette politique [d'affaiblissement des corporatismes] peut prendre diverses formes : garantie d'un service minimum, formation d'un personnel qualifié complémentaire, privatisation ou division en plusieurs entreprises concurrentes, lorsque cela est possible.»

Vous avez compris qu'il s'agit du démantèlement des services publics ? Voyons, ne soyez pas grossiers, vous avez l'esprit mal tourné ; on peut dire cela avec plus de décence.
D'une manière générale, les fonctionnaires civils sont dans le collimateur. D'abord ils sont nombreux et il est aisé de réduire leurs salaires; ensuite il est très facile de monter une bonne part de la population contre eux ; enfin ils sont toujours hostiles à quoi que ce soit et ils ne votent jamais bien. Alors pourquoi se gêner ?
«Il est souhaitable, par exemple, de limiter les réductions de salaire aux fonctionnaires civils et d'accorder une aide bien adaptée à des familles pauvres (1). Cette stratégie permet de gagner des soutiens sans en perdre, puisque beaucoup de fonctionnaires civils auraient été de toute façon hostiles à l'ajustement.»
En cas de crise, le plus dangereux, dans un pays d'Europe, ce sont les grèves lorsqu'elles provoquent des manifestations. Surtout lorsqu'elles sont le fait de fonctionnaires «qui ont le temps», par exemple les enseignants… et qui sont susceptibles de mettre des étudiants et des lycéens dans la rue. On comprend que l'exemple de l'enseignement public est un cas d'école particulièrement intéressant : comment l'«ajuster» sans s'exposer aux «risques» ?

Les «mesures sans risque» : l'exemple parfait de l'enseignement
L'évocation des «mesures sans risque» est l'occasion d'une magnifique recette d'habileté :
«Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne comportent pas de risque politique. Si l'on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d'élèves ou d'étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d'inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l'enseignement et l'école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l'établissement voisin, de telle sorte que l'on évite un mécontentement général de la population.»

Baissez la qualité de l'enseignement graduellement et au coup par coup, en dissociant autant que possible les établissements et en vous gardant bien d'introduire une sélection. Cette mesure permettra à terme de rendre l'école exsangue de façon indolore et de tourner les familles vers la marchandisation de l'enseignement – comme on l'a déjà fait pour l'eau, les télécoms, les énergies, comme on est en train de le faire pour la santé. La voie est tracée.

Vous croyez que ce texte est tout récent et qu'il correspond aux objectifs actuels de la politique de notre pays – entre autres ? Mais non ! Il a été publié en 1996. On ne va tout de même pas nous faire croire que le gouvernement actuel, à la suite de quelques autres, vient de le découvrir.


(1) On notera l'extrême habileté de la rédaction. Il aurait été très «déstabilisant» d'écrire «aux familles pauvres». Aider «des familles pauvres» de manière «bien adaptée» coûte certainement moins cher et permet de faire une campagne de pub.

Retrouvez ici le site web de Catherine Kintzler.


Mardi 13 Mai 2008 - 00:10

Catherine Kintzler

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Dans certaines villes chinoises près de l'épicentre du séisme, "tout a été rasé"

Un survivant du tremblement de terre, le 13 mai à Beichuan, qui a ébranlé la Chine deuxjours plus tôt. | REUTERS/STRINGER/CHINA

REUTERS/STRINGER/CHINA

Un survivant du tremblement de terre, le 13 mai à Beichuan, qui a ébranlé la Chine deuxjours plus tôt.

Dans certaines villes chinoises près de l'épicentre du séisme, "tout a été rasé"

LARGAGE DE VIVRES SUR LES ZONES INACCESSIBLES

Plus de 100 000 policiers et soldats de l'Armée populaire de libération ont été déployés pour participer aux opérations de secours, a ajouté M. Jiaobao. Mais les pluies torrentielles qui se sont abattues sur la région ralentissent le travail des secouristes et l'acheminement de produits de première nécessité. Les sauveteurs tentent de s'approcher par air, par voie fluviale ou par la route, des zones ravagées par le violent séisme d'une magnitude de 7,9 qui a démoli des écoles, des habitations et des usines. L'armée a commencé, mercredi, des parachutages de vivres sur le district de Wenchuan et un premier groupe de cent soldats d'élite a été parachuté sur une zone inaccessible du centre du pays, selon les médias officiels.

Les recherches se sont en effet transformées en course contre le temps. Des milliers de personnes sont portées disparues, probablement ensevelies sous des tonnes de décombres, et les besoins en nourriture, médicaments et équipements de premiers secours sont urgents. Selon des responsables de la petite ville de Mianyang, proche de l'épicentre, 3 629 personnes ont été tuées et 18 645 personnes seraient ensevelies sous les décombres. L'agence Chine nouvelle a également indiqué qu'au moins 7 700 personnes sont mortes dans la ville de Yingxiu, une ville située dans l'épicentre du séisme. Seules 2 300 personnes sur les plus de 10 000 qui y vivaient ont survécu à la catastrophe, a déclaré un responsable local, cité par l'agence. Mais parmi les survivants, plus de 1 000 sont grièvement blessés, a ajouté Chine nouvelle.

Ce séisme est le plus grave qu'ait connu la Chine depuis celui de Tangshan, proche de Pékin, en 1976, qui avait fait 242 000 morts selon un bilan officiel.


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Intellectuels de gauche: où sont les femmes?

Intellectuels de gauche: où sont les femmes?

   

   

Terra Nova, qui se lance ce mardi 13 mai, se présente comme un nouveau Think Tank progressiste français. Ce sera l'équivalent, mais à gauche, de l'Institut Montaigne, think tank d'inspiration plus libérale, piloté par le talentueux Philippe Manière.

L'arrivée de Terra Nova dans le paysage est une très bonne nouvelle: d'abord parce que la France manque de centres de recherches indépendants, capables d'imaginer des politiques publiques et des projets de réformes. Ensuite parce que la gauche, désorientée, n'en finit pas de perdre la bataille des idées. L'ambition de Terra Nova est d'irriguer le débat à gauche, et de:

"Fédérer tous ceux qui se désespèrent de la déshérence intellectuelle de la gauche politique et qui cherchent en vain, depuis trop longtemps, une plateforme collective pour travailler sur le fond, à l’abri des joutes politiciennes, des manœuvres de courants, des enjeux de leadership."

Terra Nova est pour l'instant une association. Elle sera transformée prochainement en fondation, et dotée d'un million d'euros. Elle regroupe autour d'elle de nombreux intellectuels de gauche, déjà actifs dans le débat public (et pour certains dans les colonnes de Rue89).

En découvrant le site Internet de Terra Nova, un truc m'a toutefois un peu fait sursauter, c'est cette photo de la direction:

Comme dirait Patrick Juvet, où sont les femmes? Sur la mosaïque, Seybah Dagoma, avocate et adjointe au maire de de Paris Bertrand Delanoë, me semble bien minoritaire.  Dans l'organigramme de la direction c'est un peu mieux: 4 femmes sur 15. Mais je suis allé faire un tour sur la liste des experts du conseil d'orientation scientifique, et là c'est la cata:

Loin de moi l'idée de vouloir donner des leçons (je serais d'ailleurs mal placé pour le faire, les quatre fondateurs de Rue89 étant des hommes). Mais 40 ans après Mai 68, cette galerie de portraits tient du gag. Elle reflète la persistance d'un déséquilibre profond dans le monde intellectuel français, déséquilibre qui ne tend pas à se résorber, comme en témoigne cette une que Le Nouvel Observateur avait consacrée il y a un peu plus d'un an aux "nouveaux intellectuels qui veulent changer la gauche":

 

Eh oui: sur les onze "nouveaux intellectuels", L'Obs avait distingué onze hommes!


Olivier Ferrand
, le haut fonctionnaire qui dirige Terra Nova, fait aujourd'hui face à un vrai défi: comment refonder la gauche en partant d'un club qui ressemble à celui de Blake et Mortimer?


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