14 mai 2008
Le rejet de la loi sur les OGM
Le rejet de la loi sur les OGM
NOUVELOBS.COM | 14.05.2008 | 10:27
Les commentaires de la presse, mercredi 14 mai, sur le rejet du texte du gouvernement sur les OGM par les députés.
LIBERATION
Laurent Joffrin
"Nicolas Sarkozy voulait réévaluer le rôle du gouvernement. Sa majorité
vient d'exaucer ses voeux bien au-delà de ce qu'il souhaitait. C'est un
revers symbolique majeur que vient d'essuyer le gouvernement dans
l'affaire des OGM. Le ridicule ne tue pas et le texte peut encore
triompher de la course d'obstacles procédurale que lui infligent les
députés. Mais le président doit constater qu'une partie de sa majorité
est, politiquement - sinon génétiquement - modifiée par les
mésaventures sondagières et électorales de son leader. (...) Les OGM
contaminent la vie politique majoritaire. La division menace la
stratégie même des réformes. A terme, c'est tout le paysage national
qui pourrait en être changé."
LE PROGRES
Francis Brochet
"'Ce n'est pas foutu', jurait hier à Vienne notre Président. Oui, mais
c'est mal parti: dans l'après-midi, une fronde majoritaire fauchait la
loi OGM... On imagine la colère qui a ébranlé les colonnes de l'Elysée.
L'ennui est que notre Jupiter tonnant multiplie les colères sans
résultat. Il y a une semaine, il convoquait déjà sa majorité pour la
"remettre au pas". Mi-avril, toujours sur les OGM, il tempêtait en
conseil des ministres et foudroyait la jeune Kosciusko (rappelez-vous:
le "concours de lâcheté et d'inélégance" du duo Borloo-Copé)... Ca fait
désordre. Où va-t-on, si les députés de la majorité votent comme bon
leur semble, en leur âme et conscience, sans suivre les consignes du
Palais? Pourquoi pas une démocratie parlementaire, pendant qu'on y est!
Avec le Président en Reine d'Angleterre, façon Chirac... Monsieur le
Président, attention: en ce mois de mai, la chienlit guette".
LA NOUVELLE REPUBLIQUE
Denis Daumin
"(...) En obtenant, grâce à la motion de procédure introduite par André
Chassaigne, député communiste du Puy -de-Dôme, le rejet d'un texte très
controversé, la Gauche défait le patient mais fragile ravaudage que le
Gouvernement croyait avoir ficelé enfin. A une voix près, tout est à
reprendre! On imagine les noms d'oiseaux lâchés privément par
l'éxécutif tandis que Jean-Louis Borloo dépêché sur les plateaux des
journaux télévisés buvait le calice jusqu'à la lie. Remâchant une rage
froide, mais tenant ses nerfs François Fillon a pris l'affaire en main
et convoque la commission paritaire parlementaire dès aujourd'hui. Tout
n'est pas fortuit dans cette affaire cependant et l'absence volontaire
de députés UMP, élus de circonscriptions rurales pour la plupart, sonne
comme un avertissement cinglant à l'exécutif. Surfant avec jubilation
sur l'événement, le PS réclame sans délai une audience à l'Elysée.
Nicolas Sarkozy, que l'on sait pressé pourtant, n'imaginait
probablement pas s'exprimer aussi vite devant la représentation
nationale."
LA REPUBLIQUE DU CENTRE
Jacques Camus
"(...) Le monumental 'raté' d'hier fait d'autant plus désordre qu'il
intervient très précisément au moment où l'Élysée voulait reprendre le
contrôle de l'appareil UMP. C'est pour cela que Patrick Devedjian,
secrétaire général jugé insuffisamment offensif, a été flanqué de deux
adjoints, dont Xavier Bertrand, afin de stimuler les troupes. Mais au
fond, Nicolas Sarkozy a tort de s'agacer. Il ne fait que récolter ce
qu'il a semé. Cette affaire d'OGM, mal gérée du début à la fin, aura
surtout été le révélateur du mal-être des parlementaires de la majorité
trop souvent mis devant le fait accompli et snobés par le chef de
l'État lors de son premier anniversaire. Hier, ils lui ont administré
un avertissement sans frais. Ils lui ont aussi rendu la monnaie de sa
pièce en le laissant... en plant!"
LE REPUBLICAIN LORRAIN
Philippe Waucampt
"(...) c'est bien une baffe retentissante que sa majorité vient
d'administrer à Nicolas Sarkozy. Le vote a été serré, certes. Mais
c'est précisément parce qu'il l'a été que ça pose problème. Un groupe
UMP de plus de trois cents députés n'était pas destiné à se prendre les
pieds dans le tapis d'une vulgaire question préalable. (...) Depuis le
début, Nicolas Sarkozy a été à la peine avec une majorité rétive.
L'ouverture à des ministres socialistes a d'abord eu du mal à passer.
Ensuite, la réforme des institutions est devenue aussi impopulaire,
sinon plus, sur les bancs de l'UMP que sur ceux de l'opposition. Puis
les municipales ont douché les parlementaires de cette législature -
désormais réduite à cinq ans - qui se demandent comment l'exécutif
arrivera en quarante-huit mois à redresser une réputation dont dépend
si cruellement leur réélection. Le débat en première lecture du texte
sur les OGM a montré un groupe UMP au bord de l'explosion. A la
deuxième lecture, c'est le contraire qui s'est produit: il s'est
contenté d'imploser. (...)"
LE JOURNAL DE LA HAUTE-MARNE
Patrice Chabanet
"La procédure n'explique pas tout. Le rejet du projet de loi sur les
OGM fait jaillir au grand jour le malaise entre la majorité UMP et
l'exécutif. L'absence, lors du vote à l'Assemblée, de nombreux députés
du groupe traduit une certaine exaspération face à ce qu'ils ressentent
comme des oukazes de l'Elysée. (...) La question est de savoir si
Nicolas Sarkozy peut reprendre en main sa majorité. Cette dernière aura
observé non sans étonnement l'appréciation du chef de l'Etat sur la
question du pouvoir d'achat. Son 'ce n'est pas foutu' laissait poindre
un scepticisme en décalage avec ses précédents discours, plus tranchés,
plus convaincants, pour tout dire, plus mobilisateurs. Pas de quoi
fédérer une majorité qui commence à douter et à remuer."
L'INDEPENDANT DU MIDI
Bernard Revel
"(...) Suite à cette gifle retentissante et fort rare puisque c'est
seulement la sixième fois depuis 1961 qu'un texte est rejeté par une
motion de procédure, la sagesse voudrait que le gouvernement revoie sa
copie. D'autant qu'après les promesses du Grenelle de l'environnement,
il y aurait quelques risques à donner l'impression que la concertation
débouche finalement sur un passage en force. C'est pourtant la voie que
semble emprunter François Fillon qui, ne s'avouant pas vaincu, a décidé
de convoquer une commission mixte paritaire pour faire voter le même
texte avant la fin du mois de mai. Face à un tel entêtement,
l'opposition a aussitôt demandé une audience à Nicolas Sarkozy pour
qu'il réfrène les ardeurs de son Premier ministre. La situation n'est
pas banale. Mais le président de la République qui jugeait le texte sur
les OGM "équilibré" lors de sa dernière interview à la télévision,
semble bien être le seul, à présent, à pouvoir reconnaître qu'après
tout, il peut être encore amélioré. (...)"
L'EST REPUBLICAIN
Chantal Didier
"La gifle! Alors que l'adoption en seconde lecture du texte sur les OGM
ne devait être qu'une formalité, les députés ont voté une motion de
procédure qui rejette le projet de loi. D'une très courte majorité,
puisqu'une seule voix a fait la différence, mais la fronde
parlementaire témoigne à la fois du climat passionnel qui entoure le
sujet et de l'embarras de la droite en la matière. L'opposition exulte.
Sa joie pourrait n'être que de courte durée. Les organismes
génétiquement modifiés dans l'agriculture ont cessé de relever d'une
appréciation scientifique pour tomber dans l'irrationnel. Ils
véhiculent toutes les angoisses face à des 'manipulations' dont le
commun des mortels ignore les tenants et les aboutissants. Craintes
démultipliées par le fait qu'ils conforteraient le pouvoir des
'multinationales de l'agriculture', supposées prêtes à exercer une
domination alimentaire sur le monde. Comme elles sont américaines, la
menace s'amplifie. (...) Conséquence plus sûrement de la méfiance à
l'égard du "Grenelle de l'environnement", dont les parlementaires se
sentent écartés. Ils anticipent sur le renforcement de leurs
pouvoirs..."
PARIS-NORMANDIE
Michel Lépinay
"Décidément, c'est une véritable malédiction qui plane au-dessus de ce
texte sur les OGM. (...) Ce projet de loi, issu du Grenelle de
l'Environnement, à force d'être amendé, rogné, balancé a fini par
encombrer tout le monde. (...) On imagine que le gouvernement va
rapidement déposer un nouveau projet de loi, sans doute le même ou à
peu près, devant les assemblées. Et que Nicolas Sarkozy va
(re)convoquer les élus UMP pour les (re)rappeler à l'ordre et à la
discipline. On attend avec impatience les éclats du coup de gueule !
Seul résultat garanti : les députés et sénateurs auront réussi en
quelques semaines de bagarre parlementaire à embrouiller totalement le
dossier OGM sur lequel ils étaient censés éclairer les Français."
LA PRESSE DE LA MANCHE
Jean Levallois
"(...) Que l'on vote contre un texte parce qu'on est contre, ou pour,
parce qu'on est pour, c'est une démarche correcte et c'est, en effet,
la fonction et l'honneur des parlementaires d'émettre un vote en pleine
liberté et en pleine conscience. Si une majorité réelle de l'Assemblée
était contre la loi sur les OGM, et qu'elle la rejette, il n'y aurait
rien à dire, nous serions dans le fonctionnement normal de nos
institutions. Mais que, sur 577 députés, il ne s'en trouve que 271 dans
l'hémicycle, pour un vote solennel sur une loi majeure, ce n'est pas
acceptable. Le Parti communiste français a donc eu beau jeu (...) de
faire adopter cette motion par 136 voix contre 135. Ça fait désordre.
D'autant que la réalité politique est différente et que la majorité est
suffisante pour voter ce texte. Incident de procédure, estime le
président du groupe UMP à l'Assemblée, M. Jean-François Copé. Mais
image déplorable d'une incapacité à organiser le fonctionnement du
groupe le plus important de l'Assemblée nationale. L'opposition s'est
offert le luxe d'un camouflet à la majorité qui ne l'a pas volé."
LA VOIX DU NORD
Hervé Favre
"(...) Le camouflet infligé hier au gouvernement s'explique sans doute
plus par la mauvaise humeur du groupe que par la négligence. (...)
Entre ceux qui le trouvent trop vert à leur goût et ceux qui le
trouvent au contraire trop favorable aux lobbys agricoles, les risques
de défections étaient bien réels. Ils n'ont manifestement pas été
suffisamment anticipés par le président du groupe Jean-François Copé à
qui le gouvernement ne manquera pas de faire porter le chapeau dans
cette affaire. (...) Reste que si elle a gagné ce round contre tous les
pronostics, l'opposition ne peut dire qu'elle a eu la peau du projet de
loi de Jean-Louis Borloo. La riposte n'a pas tardé à s'organiser sur le
même terrain de la procédure parlementaire. François Fillon a aussitôt
convoqué une commission mixte paritaire de sept députés et sept
sénateurs, chargée de soumettre à nouveau aux deux assemblées le texte
tel qu'il a été voté en deuxième lecture par le Sénat. Au président du
groupe socialiste Jean-Marc Ayrault qui demande de 'jouer son rôle
d'arbitre', Nicolas Sarkozy répondra qu'il n'a pas été élu pour jouer
les arbitres!"
LA CHARENTE LIBRE
Jacques Guyon
""(...) Au-delà en effet de l'arithmétique, le coup de théâtre d'hier
traduit à la fois un effilochage de la fibre sarkozyste depuis le
revers des élections municipales mais, plus encore, le fait que la
question des OGM reste toujours comme une épine plantée dans le pied de
la majorité. Parce que c'est une question qui engage l'avenir de
l'homme, nombre d'élus UMP n'ont pas hésité à faire entendre des avis
dissonants du gouvernement. Hier, avant ce coup de Trafalgar,
Jean-Louis Borloo tentait bien de persuader que la loi 'conforme au
Grenelle' était la plus protectrice qu'on puisse rêver. Jean-François
Copé -_dont on imagine sans peine le savon qu'il a dû prendre hier soir
par l'Elysée - n'aura pas eu plus de succès en demandant à ses troupes
de ne pas céder aux pressions symbolisées par le pique-nique bio qui se
déroulait sur l'esplanade des Invalides. (...)
NICE MATIN
Marc Chevanche
"(...) Sur ces questions écologiques, la majorité est décidément bien
divisée. Pour tout dire, dans ce domaine, la majorité n'a pas de
doctrine. Autant à gauche, à quelques rares individualités près, on
consomme avec gourmandise la vulgate écologiste qui fait l'air du
temps, autant, à droite, on est ballotté entre trois attitudes peu
compatibles. Il y a d'abord ceux qui sont anti-OGM, soit par
conviction, soit par intérêt politique. Il n'échappe à personne, en
effet, que la sensibilité écologiste touche tous les électorats. Il y a
ensuite ceux que les ravages du principe de précaution, dans sa
généralité obtuse, effraient mais qui, peu téméraires, craignent en
invoquant la science, ses progrès et ses promesses, de paraître au
mieux ringards, au pire, apprentis sorciers. Et puis il y a, enfin,
ceux qui ne sont pas insensibles aux groupes de pression des
semenciers, disposition qui, celle-là n'est pas avouable. L'épisode
parlementaire apparaît donc, finalement, moins comme la victoire de
l'opposition que comme la défaite d'une majorité en débandade. (...)"
L'UNION
Hervé Chabaud
"Quelle défaillance et quel revers ! Mais où est la majorité ?
Existe-t-elle encore ou préfère-t-elle être au club Med plutôt que de
soutenir le gouvernement ? Le rejet du texte sur les OGM à l'Assemblée
est un rude échec pour François Fillon, un coup dur pour Jean-Louis
Borloo tandis qu'il ridiculise le président du groupe UMP,
Jean-François Copé. Lorsqu'on est le chef, on mouille la chemise, on
motive ses troupes, on se fait obéir et on anticipe le coup de pied de
l'âne. La motion de procédure est un grand classique du droit
parlementaire et le minimum lorsqu'on est un pro est de mobiliser ses
collègues pour en interdire l'adoption. Etre incapable d'avoir à
l'heure dite dans l'Hémicycle assez de parlementaires pour la rejeter
témoigne d'un amateurisme et d'une inconséquence coupables des
dirigeants du groupe UMP. A moins que ce couac ne dissimule une fronde
interne. Ce n'est pas une commission mixte paritaire qui va crever
l'abcès! (...)"
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Le néo-libéralisme, ou la politique du catimini
Le néo-libéralisme, ou la politique du catimini
par Catherine Kintzler. PLongée dans les textes de l'OCDE. Il s'agit moins de justifier la saignée des services publics, que de la rendre invisible: affaiblir les syndicats, communiquer, grignoter les investissements publics par petites touches.
La technostructure? Nous savons vaguement qu'elle existe, lointaine.
Alors ça fait du bien de pouvoir se dire qu'on l'a rencontrée, que son
existence est vraiment tangible. Même que c'est encore pire qu'on ne
l'avait imaginé.
Parcourant le site internet de l'OCDE (c'est un endroit où
on a quelques chances de rencontrer de la littérature technocratique),
je tombe ces jours-ci sur un article signé par Christian Morrisson : «La Faisabilité politique de l'ajustement».
Mélange d'intimidation (ça a l'air trappu) et de camouflage (les
non-initiés ne peuvent pas dire du premier coup de quoi ça parle au
juste), le titre a pour effet de décourager les béotiens dont je suis.
Mais voulant savoir ce qu'est une faisabilité politique, je m'arme de
patience pour me plonger dans un texte qui se révèle plus
qu'intéressant : édifiant.
L'article commente les mesures de
«stabilisation» appliquées par les gouvernements pour s'aligner sur une
politique économique que l'auteur ne définit pas (probablement parce
que c'est la seule possible?). On apprend très vite que cette politique
est tout simplement celle de la réduction des coûts et des déficits, et
de la libéralisation maximale de tout secteur susceptible de
marchandisation. Ces mesures sont en général impopulaires. Le problème
est donc de les mettre en oeuvre sans faire trop de dégâts. Par dégâts,
il faut entendre principalement le «foin» que font les gens qui en sont
les victimes. L'article se penche sur les manières douces de faire
passer ces mesures (c'est ça la faisabilité), et à cet effet il
distingue entre «stabilisation» et «ajustement»:
«En
effet, le programme de stabilisation a un caractère d'urgence et
comporte nécessairement beaucoup de mesures impopulaires puisque l'on
réduit brutalement les revenus et les consommations des ménages en
diminuant les salaires des fonctionnaires, les subventions ou l'emploi
dans le bâtiment. En revanche, les mesures d'ajustement structurel
peuvent être étalées sur de nombreuses années et chaque mesure fait en
même temps des gagnants et des perdants, de telle sorte que le
gouvernement peut s'appuyer facilement sur une coalition des
bénéficiaires pour défendre sa politique.»
C'est quand même très bien dit. L'ajustement ne se contente pas
d'ajouter des mesures de relance ou de compensation économique donnant
un volet positif à une politique brutale de réduction des coûts; il
peut présenter, habilement manié, deux vertus politiques importantes :
être indolore et permettre de diviser ses victimes en les touchant
inégalement. Tout l'art est de savoir s'en servir.
Bien entendu, l'auteur se défend d'un tel objectif et
prévient que sa démarche est à strict caractère scientifique. Je
n'hésiterai pas cependant à emprunter la mauvaise voie pour proposer
une lecture tendancieuse et délibérément «malinterprétante».
Pour la technostructure il n'y a pas d'erreur, mais des échecs dus à des maladresses
Loin d'être stupidement antisocial, le texte explique que les mesures
de stabilisation se heurtent à des résistances émanant des plus pauvres
- et là il faut quand même prendre des gants -, mais aussi émanant de
sources bien plus faciles à transformer en boucs émissaires – et là on
peut y aller plus franchement :
«[…] des
fonctionnaires ou des salariés d'entreprises publiques peuvent, par la
grève dans des secteurs clés, bloquer l'action gouvernementale. Des
chefs d'entreprises protégées peuvent, par le lobbying, freiner la
libéralisation commerciale.»
Mais enfin, le problème est tout de même de faire passer la pilule. C'est dans ce cadre que s'apprécie «la faisabilité politique»
du programme. Notons bien qu'il n'est jamais question d'erreur (ce qui
remettrait en cause le bien-fondé même du programme, question
hors-sujet et non scientifique (on ne va tout de même pas faire de la
politique). Cet évitement de la notion d'erreur au profit de celle
d'échec est très utile, puisqu'il permet de garder le cap sur une
politique désavouée par l'opinion ; encore plus fort : il permet de
camper sur une politique désavouée par les électeurs … ! on leur dira
par exemple qu'ils ont mal compris, qu'on s'est mal expliqué, qu'il y a
eu défaut de communication, qu'on a adopté une mauvaise méthode.
Qu'est-ce que l'échec d'un programme de stabilisation
économique ? On savourera ces exemples qui tiennent lieu de définition
:
«Un programme
interrompu par des grèves est un échec ; un programme appliqué au prix
d'une répression faisant des centaines de morts est aussi un échec.»
Le concept d'échec permet de rendre commensurables les conséquences
ordinaires d'une grève et celles d'une répression sanglante. On vous le
disait bien : c'est scientifique puisque quantifiable, et en plus c'est
plein de bons sentiments.
L'article aborde ensuite l'examen des
conséquences politiques des mesures de stabilisation, sur la base
d'études menées antérieurement. On examine les succès et échecs des
divers programmes sur un échantillon de pays d'Amérique latine et
d'Afrique. On y apprend que les mesures qui font le plus de vagues sont
celles «qui touchent toute la population»,
comme les hausses de prix et que d'autres, étant invisibles (comme la
réduction des investissements publics), passent comme une lettre à la
poste. D'où l'idée d'un programme économique «politiquement optimal»,
traduisons : inaperçu. Ainsi une bonne note est décernée au Maroc des
années 80 où le gouvernement a réussi à augmenter les prix alimentaires
par des «modulations» épargnant certains secteurs et en menant une
campagne habile qui «a su influencer opportunément l'opinion publique».
Un exemple de bonne méthode : comment démanteler les services publics en douceur
Le moment fort du texte est dans sa seconde partie, destinée à tirer
les conséquences de ce tour d'horizon académique et à les projeter sur
les pays d'Europe. Cela s'énonce en termes de stratégie et d'évitement
des risques. Dans les stratégies préventives, on notera par exemple
l'affaiblissement des corporatismes. Qui serait en désaccord avec ce
louable objectif ? Sauf que la suite précise vraiment de quoi il s'agit
:
«Cette politique [d'affaiblissement des corporatismes] peut
prendre diverses formes : garantie d'un service minimum, formation d'un
personnel qualifié complémentaire, privatisation ou division en
plusieurs entreprises concurrentes, lorsque cela est possible.»
Vous avez compris qu'il s'agit du démantèlement des services publics ?
Voyons, ne soyez pas grossiers, vous avez l'esprit mal tourné ; on peut
dire cela avec plus de décence.
D'une manière générale, les fonctionnaires civils sont
dans le collimateur. D'abord ils sont nombreux et il est aisé de
réduire leurs salaires; ensuite il est très facile de monter une bonne
part de la population contre eux ; enfin ils sont toujours hostiles à
quoi que ce soit et ils ne votent jamais bien. Alors pourquoi se gêner
?
«Il est
souhaitable, par exemple, de limiter les réductions de salaire aux
fonctionnaires civils et d'accorder une aide bien adaptée à des
familles pauvres (1). Cette stratégie permet de gagner des soutiens
sans en perdre, puisque beaucoup de fonctionnaires civils auraient été
de toute façon hostiles à l'ajustement.»
En cas de
crise, le plus dangereux, dans un pays d'Europe, ce sont les grèves
lorsqu'elles provoquent des manifestations. Surtout lorsqu'elles sont
le fait de fonctionnaires «qui ont le temps», par exemple les
enseignants… et qui sont susceptibles de mettre des étudiants et des
lycéens dans la rue. On comprend que l'exemple de l'enseignement public
est un cas d'école particulièrement intéressant : comment l'«ajuster»
sans s'exposer aux «risques» ?
Les «mesures sans risque» : l'exemple parfait de l'enseignement
L'évocation des «mesures sans risque» est l'occasion d'une magnifique recette d'habileté :
«Pour
réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des
investissements publics ou une diminution des dépenses de
fonctionnement ne comportent pas de risque politique. Si l'on diminue
les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la
quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut
réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux
universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d'élèves
ou d'étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus
d'inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la
qualité de l'enseignement et l'école peut progressivement et
ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer
telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non
dans l'établissement voisin, de telle sorte que l'on évite un
mécontentement général de la population.»
Baissez la qualité de l'enseignement graduellement et au coup par coup,
en dissociant autant que possible les établissements et en vous gardant
bien d'introduire une sélection. Cette mesure permettra à terme de
rendre l'école exsangue de façon indolore et de tourner les familles
vers la marchandisation de l'enseignement – comme on l'a déjà fait pour
l'eau, les télécoms, les énergies, comme on est en train de le faire
pour la santé. La voie est tracée.
Vous croyez que ce texte est tout
récent et qu'il correspond aux objectifs actuels de la politique de
notre pays – entre autres ? Mais non ! Il a été publié en 1996. On ne
va tout de même pas nous faire croire que le gouvernement actuel, à la
suite de quelques autres, vient de le découvrir.
(1) On notera
l'extrême habileté de la rédaction. Il aurait été très «déstabilisant»
d'écrire «aux familles pauvres». Aider «des familles pauvres» de
manière «bien adaptée» coûte certainement moins cher et permet de faire
une campagne de pub.
Retrouvez ici le site web de Catherine Kintzler.
Mardi 13 Mai 2008 - 00:10
Catherine Kintzler
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Dans certaines villes chinoises près de l'épicentre du séisme, "tout a été rasé"

REUTERS/STRINGER/CHINA
Un survivant du tremblement de terre, le 13 mai à Beichuan, qui a ébranlé la Chine deuxjours plus tôt.Dans certaines villes chinoises près de l'épicentre du séisme, "tout a été rasé"
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 14.05.08 | 07h16 • Mis à jour le 14.05.08 | 07h41
Le temps presse. Quarante-huit heures
après le violent séisme qui a ébranlé le centre de la Chine, lundi 12
mai, les secouristes fouillaient toujours, mercredi, des tonnes de
décombres pour tenter de retrouver des survivants. Le
dernier bilan officiel s'établissait à plus de 12 000 morts confirmés
et au
moins 9 400 personnes ensevelies sous les décombres. Mais les chiffres
continuent à s'alourdir au fur
et à mesure que les secours découvrent l'étendue de la catastrophe.
Un responsable de police a été jusqu'à dire que plusieurs villes ont été "rasées" autour de l'épicentre du
séisme, dans la province du Sichuan, dans le centre du pays. "Il n'y a plus de maisons dans plusieurs des villes et bourgs [du district de Wenchuan] ; tout a été rasé",
a affirmé Wang Yi, chef d'une unité de la police armée, cité par un
site Internet. Le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a lui-même
reconnu que la situation était
pire que les premières estimations, alors que des répliques continuent
à secouer la région. "A l'heure actuelle, nous rencontrons beaucoup de difficultés dans les opérations de secours", a-t-il indiqué lors d'une réunion de crise au centre des secours de Dujiangyan.
LARGAGE DE VIVRES SUR LES ZONES INACCESSIBLES
Plus
de 100 000 policiers et soldats de l'Armée
populaire de libération ont été déployés pour participer aux opérations
de secours, a ajouté M. Jiaobao. Mais les pluies torrentielles qui se
sont abattues sur la
région ralentissent le travail des secouristes et l'acheminement de
produits de première nécessité. Les sauveteurs tentent de s'approcher
par air, par
voie fluviale ou par la route, des zones ravagées par le violent séisme
d'une magnitude de 7,9 qui a démoli des écoles, des habitations et des
usines. L'armée a commencé, mercredi, des parachutages de vivres sur le
district de Wenchuan et un premier groupe de cent soldats d'élite a été
parachuté sur une zone inaccessible du centre du pays, selon les médias
officiels.
Les
recherches se sont en effet transformées en course contre le temps. Des
milliers de personnes sont portées disparues, probablement
ensevelies sous des tonnes de décombres, et les besoins en nourriture,
médicaments et équipements de premiers secours sont urgents. Selon des
responsables de la petite ville de Mianyang, proche de
l'épicentre, 3 629 personnes ont été tuées et 18 645 personnes seraient
ensevelies sous les décombres. L'agence Chine nouvelle a également
indiqué
qu'au moins 7 700 personnes sont mortes dans la ville de Yingxiu, une
ville située dans l'épicentre du séisme. Seules 2 300 personnes sur les
plus de 10 000 qui y vivaient ont survécu à la catastrophe, a
déclaré un responsable local,
cité par l'agence. Mais parmi les survivants, plus de 1 000 sont
grièvement
blessés, a ajouté Chine nouvelle.
Ce séisme est le plus grave qu'ait connu la Chine depuis celui de Tangshan, proche de Pékin, en 1976, qui avait fait 242 000 morts selon un bilan officiel.
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Intellectuels de gauche: où sont les femmes?
Intellectuels de gauche: où sont les femmes?
Par Pascal Riché | Rue89 | 12/05/2008 | 23H30
Terra Nova, qui se lance ce mardi 13 mai, se présente comme un nouveau Think Tank progressiste français. Ce sera l'équivalent, mais à gauche, de l'Institut Montaigne, think tank d'inspiration plus libérale, piloté par le talentueux Philippe Manière.
L'arrivée de Terra Nova dans le paysage est une très bonne nouvelle: d'abord parce que la France manque de centres de recherches indépendants, capables d'imaginer des politiques publiques et des projets de réformes. Ensuite parce que la gauche, désorientée, n'en finit pas de perdre la bataille des idées. L'ambition de Terra Nova est d'irriguer le débat à gauche, et de:
"Fédérer tous ceux qui se désespèrent de la déshérence intellectuelle de la gauche politique et qui cherchent en vain, depuis trop longtemps, une plateforme collective pour travailler sur le fond, à l’abri des joutes politiciennes, des manœuvres de courants, des enjeux de leadership."
Terra Nova est pour l'instant une association. Elle sera transformée prochainement en fondation, et dotée d'un million d'euros. Elle regroupe autour d'elle de nombreux intellectuels de gauche, déjà actifs dans le débat public (et pour certains dans les colonnes de Rue89).
En découvrant le site Internet de Terra Nova, un truc m'a toutefois un peu fait sursauter, c'est cette photo de la direction:
Comme dirait Patrick Juvet, où sont les femmes? Sur la mosaïque, Seybah Dagoma, avocate et adjointe au maire de de Paris Bertrand Delanoë, me semble bien minoritaire. Dans l'organigramme de la direction c'est un peu mieux: 4 femmes sur 15. Mais je suis allé faire un tour sur la liste des experts du conseil d'orientation scientifique, et là c'est la cata:
Loin de moi l'idée de vouloir donner des leçons (je serais d'ailleurs mal placé pour le faire, les quatre fondateurs de Rue89 étant des hommes). Mais 40 ans après Mai 68, cette galerie de portraits tient du gag. Elle reflète la persistance d'un déséquilibre profond dans le monde intellectuel français, déséquilibre qui ne tend pas à se résorber, comme en témoigne cette une que Le Nouvel Observateur avait consacrée il y a un peu plus d'un an aux "nouveaux intellectuels qui veulent changer la gauche":
Eh oui: sur les onze "nouveaux intellectuels", L'Obs avait distingué onze hommes!
Olivier Ferrand,
le haut fonctionnaire qui dirige Terra Nova, fait aujourd'hui face à un
vrai défi: comment refonder la gauche en partant d'un club qui
ressemble à celui de Blake et Mortimer?
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