La pub est un « risque social », c'est la justice qui le dit

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain, qui commente un arrêt de la Cour d'appel condamnant, avec réserves, les «casseurs de pub ».



La pub est un « risque social », c'est la justice qui le dit

 

Un arrêt de la Cour d'Appel de Paris a confirmé la condamnation à un euro symbolique de sept « déboulonneurs » qui avaient barbouillé des panneaux publicitaires... Les « déboulonneurs », ou «casseurs de pub », sont des ennemis de la pub et pratiquent le barbouillage, le déboulonnage, et plus subtilement le détournement qui est une autre manière de lutter contre la pub envahissante. Le «collectif des déboulonneurs » organise des actions dans les grandes villes. Ce ne sont pas des ultras : ils tolèrent la pub, mais de façon réduite : ils voudraient que l'affichage publicitaire soit limité à 50 cm sur 70, comme l'affichage associatif. 50 sur 70, c'est pas grand-chose : fini les grands placards qui, en général, représentent des voitures (la voiture est le premier objet promu par la pub.) Donc ces ennemis de la pub ont été condamnés à un euro symbolique par la 12° chambre correctionnelle de la Cour d'appel, ce qui n'est pas très méchant. C'est tout de même une condamnation, mais légère. Ce qui est intéressant ce sont les attendus de la Cour. Qui reconnaît que le «risque environnemental social et sanitaire de l'affichage publicitaire est sous-évalué. »

La pub fait courir un risque sanitaire
Autrement dit la pub ment ? Non, ça on le sait. Sinon ce ne serait pas de la pub. C'est pire que ça : la pub fait courir un risque sanitaire, environnemental et social à la population. Risque sanitaire, c'est évident : la pub fabrique des obèses, même quand elle indique dans la promotion des sucreries « faites de l'exercice ». On a démontré que l'obésité est proportionnelle au temps passé devant la télé : quand on est devant devant la télé, on mange, en regardant la télé, ce que propose la télé. Cqfd
Le risque environnemental est clair, lui aussi. Quand vous entrez dans une grande ville, vous pouvez admirez toutes ces magnifiques pub pour ceci ou cela qui encadrent votre avancée pas à pas dans le bruit et les vapeurs des embouteillages. C'est assez merveilleux. Certains préfèrent contempler des paysages, des forêts, des montagnes, le Louvre ou les tours de Notre-Dame. Mais ce sont des pervers !

La pub fabriquerait des idiots ?
Quant au risque social, que veut dire la Cour ? De quoi s'agit-il ? Du coût social énorme que représente la pub ? Les fabricants de médicaments dépenseraient plus pour la pub que pour la recherche ? S'agit-il de la frustration que procure la pub à des populations dont le pouvoir d'achat est en berne ? La pub présenterait alors un risque pour l'ordre public évident. S'agit-il de la manipulation des cerveaux insidieuse, subliminale, sournoise et cachée qui exacerberait les désirs et ferait de tout un chacun des frustrés et des insatiables ? Autrement dit la pub fabriquerait-elle des idiots ? La question est posée par la Cour d'Appel.

La phrase du jour : « Hermès, dieu des voleurs, des marchands et des joueurs, s'engagea à ne plus mentir, mais ne s'engagea pas à dire tout à fait la vérité ».


Retrouvez « L'autre économie » de Bernard Maris, en direct sur France Inter, du lundi au vendredi à 6h49.


Jeudi 06 Mars 2008 - 07:12

Bernard Maris





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